BFMTV

Après les masques et les médicaments, les soignants dénoncent un manque de surblouses

Des soignants dans un hôpital à Tours le 31 mars dernier.

Des soignants dans un hôpital à Tours le 31 mars dernier. - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Depuis plusieurs jours, les personnels soignants se plaignent d'un manque de surblouses, des équipements pourtant indispensables pour les protéger. La Direction Générale de la Santé (DGS) les encouragent même à laver et réutiliser ces vêtements, pourtant à usage unique.

De Reims à Lyon en passant par Marseille, Lille, Colmar ou encore Montreuil, les personnels soignants français font désormais état, après les masques et les médicaments, d'une importante pénurie de surblouses. Un équipement pourtant indispensable pour les protéger. 

Le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI CFE-CGC) a réalisé, entre le 31 mars et le 4 avril, une enquête en ligne sur le manque de matériels dans les hôpitaux, récoltant 32.047 réponses. Selon l'Agence France-Presse (AFP), qui a diffusé mardi l'enquête, plus de la moitié des personnels soignants interrogés (59%) ont ainsi constaté un manque de surblouses. 

Pour le SNPI, ces résultats sont "loin des jolis contes du gouvernement", qui a communiqué à de nombreuses reprises sur ses déstockages et ses commandes massives.

Emmanuel Macron, en visitant mardi la Maison de santé pluridisciplinaire de Pantin, en Seine-Saint-Denis, a été directement confronté à ce nouveau besoin. Un responsable lui a expliqué que son équipe manquait de certains équipements de base, avec "de grosses difficultés pour les surblouses".

"Je n'en n'ai pas assez", a témoigné une infirmière, en indiquant qu'elle lavait ses deux blouses "tous les soirs" pour les porter à tour de rôle.

Le président lui a alors répondu que les soignants faisaient un travail "formidable" et que l'État cherchait à les "soulager" en "démultipliant" la production et les importations. "Même les plans les mieux pensés n'avaient pas envisagé que les pays seraient touchés en même temps", a-t-il ajouté pour justifier le déficit de masques et d'équipements.

"Ce qu'on pensait sans valeur il y a six mois ou un an, d'un seul coup" est devenu rare, selon lui.

"La situation est extrêmement tendue"

"Au niveau des surblouses, la situation est extrêmement tendue", a confirmé Frédéric Adnet, chef des urgences de l'hôpital d'Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis) et directeur médical du Samu 93, interrogé mardi sur BFMTV. 

"On utilise celles du bloc opératoire, comme les programmes opératoires ont été abandonnées pour les opérations non-urgentes. On a recours à toutes les surblouses disponibles mais il existe une véritable tension...", a-t-il ajouté.

Même son de cloche du côté de Montreuil (Seine-Saint-Denis), où le maire Patrice Bessac a appelé, vendredi, à la solidarité de ses administrés pour faire don à l'hôpital de sa ville de surblouses

"Je lance aujourd'hui un appel urgent aux entreprises de Montreuil, notamment les restaurants, les entreprises de peinture ou de chimie", a déclaré le maire PCF dans une vidéo publiée sur Twitter. "Notre hôpital a un besoin urgent de surblouses pour assurer la sécurité les soignants dans les jours qui viennent", a-t-il ajouté.

La semaine dernière, c'est le centre hospitalier universitaire de Lille qui annonçait déjà manquer cruellement de surblouses en papier jetables pour protéger les soignants. 

"Nous ne disposons plus que de quatre jours de stock!", résumait alors le chef des urgences de l'hôpital, Patrick Goldstein, dans La Voix du Nord.

À Marseille, si le personnel soignant a pu recevoir des surblouses, il s'est avéré qu'une partie d'entre elles étaient défectueuses. Dans deux vidéos publiées sur les réseaux sociaux le week-end dernier, les infirmières de l'hôpital marseillais de La Timone ont ainsi montré qu'en essayant des blouses de protection, ces dernières partaient en lambeaux. L'AP-HM (Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille), dans un communiqué diffusé lundi, a reconnu que ces blouses étaient défectueuses et assuré qu'elles n'avaient pas été "utilisées" et qu'elles "ont été remplacées par des produits sans aucun défaut".

Des surblouses à usage unique lavées et réutilisées

La pénurie de ce matériel de protection est telle que des initiatives se multiplient pour pallier ce manque. À Reims, par exemple, les soignants vont recevoir des surblouses confectionnées à l'aide de sacs-poubelles transparents, a rapporté la semaine dernière le quotidien L'Union.

Situation similaire à Lyon, où le personnel des Hospices Civils de Lyon (HCL) a quant à lui reçu, vendredi dernier, un mail de sa direction dans lequel se trouvait un tutoriel pour la "fabrication de tabliers à partir de sacs poubelles transparents de 110 L", a révélé France 3 Auvergne Rhônes-Alpes. La direction demande également à ses personnels soignants de récupérer, de laver et de remettre en circulation les tabliers à usage unique et les surblouses à usage unique.

France 3 Auvergne Rhônes-Alpes a dévoilé que les soignants des HCL sont invités "dans les unités accueillant des patients atteints du COVID-19, à garder la même surblouse pour un tour de soins, pour plusieurs patients, si elle n’est pas souillée".

Dans un hôpital parisien, les blouses sont également rationnées et réutilisées, comme en a témoigné une infirmière auprès de Mediapart.

"Concernant les surblouses, jetables en tant normal, eh bien on nous dit qu’elles commencent à manquer depuis le début de la semaine, que ce sera une par soignant jusqu’à nouvel ordre. On note notre nom au Stabilo dessus et on la réutilise tant que possible. On essayait déjà de réduire leur utilisation au maximum en début de crise. Mais là, cela en devient dérisoire", a-t-elle raconté au média d'investigation.

À Colmar, même chose, pour palier la pénurie, les surrblouses à usage unique sont lavées et réutilisées, comme l'a révélé La Voix du Nord

Une réutilisation encouragée par la DGS

Lyon, Paris et Colmar s'appuient toutes sur les conseils de la Direction générale de la santé (DGS). Cette dernière a, en effet, diffusé un document aux hôpitaux dans lequel il est stipulé que "dans le contexte actuel d'utilisation massive des surblouses et afin de faire face au risque de pénurie, la société française d'hygiène hospitalière (SF2H) a rendu un avis concernant la possibilité de réutilisation des surblouses à usage unique".

Le document donne alors les étapes pour bien laver sa surblourse:

"Il en ressort que le traitement des surblouses à usage unique imperméables à manches longues est acceptable à condition de faire l'objet d'un circuit spécifique et de respecter l'ensemble des étapes suivantes  - Lavage (à 60°C, temps > 30min) - Séchage en tambour (à 50°C, 20min) - Vérification de l'intégrité - Conditionnement (pliage, sachet) - Stérilisation (autoclavage à 125°C pendant 20min)"

Interrogé par CheckNews, le service de fact-checking de Libération, la DGS a confirmé que ce document, qui circule sur les réseaux sociaux, est authentique. Bruno Grandbastien, président de la SF2H, a précisé à CheckNews que les blouses lavables et réutilisables sont celles en matière intissé et imperméables. 

"Elles sont enduites sur la face externe, ce qui leur permet de résister à deux lavages, voire trois", selon des tests menés par des hôpitaux. "Celles qui sont trop fines ne résisteraient pas. Mais il y a des critères de validation", a-t-il expliqué.

5 millions de surblouses commandées

La DGS a assuré à Mediapart que le ministère de la Santé a commandé, fin mars, "plus de 5 millions de surblouses auprès de différents fournisseurs pour répondre aux besoins des soignants". 

Ces commandes ont "vocation à constituer le stock national stratégique à partir duquel le ministère de la Santé complète l’approvisionnement des établissements de santé, qui disposent de leur propre canal d’approvisionnement". 

La DGS a cependant expliqué au média d'investigation que la production mondiale de ce matériel est concentrée en Asie. Or, la "production mondiale a été fortement réduite" depuis février, devant l’extension de l’épidémie. 

"Cela a entraîné de fortes tensions sur le marché mondial. Pour ce produit, comme pour de nombreux autres, la France fait donc face aux mêmes difficultés que bon nombre de ses voisins", a conclu la Direction Générale de la Santé.
Clément Boutin