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Nouvelle mission de Thomas Pesquet: quel protocole pour éviter de propager le Covid-19 dans l'ISS?

Photo fournie le 27 juillet 2020 par la NASA, mais datant du 23 juin 2020, de l'astronaute Thomas Pesquet lors d'un exercice d'urgence au centre spatial à Houston (Texas)

Photo fournie le 27 juillet 2020 par la NASA, mais datant du 23 juin 2020, de l'astronaute Thomas Pesquet lors d'un exercice d'urgence au centre spatial à Houston (Texas) - Robert MARKOWITZ © 2019 AFP

Différentes mesures de protection font déjà partie du protocole que les astronautes doivent respecter avant tout départ vers l'ISS, mais certaines ont été renforcées avec la pandémie de Covid.

Alors que l'astronaute français Thomas Pesquet doit s'envoler pour la Station Spatiale Internationale vendredi, les déplacements sont restreints pour une bonne partie de la planète en raison de la pandémie de Covid-19. Ce coronavirus continue de circuler un an après son apparition, mais n'a pas empêché le départ de plusieurs navettes à destination de l'ISS.

"Évidemment, cette fois, c’est différent puisqu’il y a la pandémie de Covid. Tout l’équipage a été vacciné, ce serait une catastrophe d’apporter le Covid dans la Station Spatiale Internationale", déclarait Thomas Pesquet lundi, lors d'une conférence de presse.

"Il y a toujours une quarantaine avant le lancement"

Mais avant qu'un vaccin soit élaboré et diffusé, d'autres vols ont eu lieu à destination de l'ISS. Pour éviter de transmettre le virus à d'autres membres d'équipage, les astronautes ont respecté une quarantaine, comme d'habitude, car amener une maladie dans cet espace clos, c'est mettre en danger tous les membres d'équipage. Pour éviter le développement d'une quelconque infection, les astronautes doivent d'ailleurs être immunisés pour un certain nombre de maladies.

"Il y a toujours une quarantaine avant le lancement, c’était le cas la dernière fois quand on est partis avec le Soyouz", déclare Thomas Pesquet, faisant référence à sa dernière mission pour l'ISS, en 2017. "Je ne pouvais pas voir ma famille, on est suivis par un médecin, on est séparés de tout le monde, les contacts sont très limités... Donc rien de nouveau pour moi. J’ai déjà fait cette expérience la dernière fois, c’est ce que l’on voit avant chaque lancement".

Thomas Pesquet partira cette fois du centre spatial Kennedy, en Floride, mais la dernière fois, il avait emprunté un vaisseau Soyouz, avec un départ depuis Baïkonour, au Kazakhstan. À cause de la pandémie, la quarantaine, habituellement de deux semaines, a été allongée jusqu'à un mois pour les astronautes décollant de cette base de lancement russe.

"Pas en mesure de maintenir une distance de deux mètres"

Les cérémonies habituelles précédant le départ, comme la tradition russe de se rendre sur la place Rouge et d'aller déposer des fleurs au pied du monument à Iouri Gagarine - premier homme à avoir effectué un vol dans l'espace - ont par exemple été annulées. Aux États-Unis, les astronautes seront testés pour le Covid-19 "deux fois par précaution" pendant cette période, précise de son côté la NASA.

Car une fois dans la Station Spatiale, difficile de garder ses distances, et ses habitants n'y portent pas de masque.

"Hurley et Behnken s'entraînent côte à côte, travailleront et vivront en équipe sur la station spatiale avec leurs coéquipiers, ils ne seront pas en mesure de maintenir une distance de deux mètres", écrivait la NASA en mai dernier au sujet de deux astronautes prêts à décoller pour l'ISS.

Les règles concernant le ravitaillement vers la Station Spatiale ont elles été durcies. En temps normal déjà, le personnel qui le prépare "est toujours équipé de combinaisons spéciales et de masques", avait expliqué à l'hebdomadaire Le Point Frank De Winne, directeur du Centre des astronautes européens. "Nous avons renforcé ces mesures en insistant encore plus sur le nettoyage des produits devant être embarqués sur le cargo, en limitant l'accès au véhicule lui-même et en augmentant encore les précautions pour ceux qui y ont accès. Les risques sont donc véritablement extrêmement faibles".

Que se passerait-il si quelqu'un était malade à bord?

Malgré ces mutliples précautions, dont les astronautes ont l'habitude, un protocole est pensé en cas de malade, ou de blessé à bord de l'ISS. Tous les astronautes reçoivent une formation médicale pour être capable d'apporter certains soins à leurs co-équipiers, et ils sont en liaison avec des médecins si besoin. De plus, des capsules de secours pour un retour sur Terre sont prévues en cas de personne gravement touchée, mais ce scénario ne s'est encore jamais produit, expliquait Thomas Pesquet fin 2016.

"Pour nous, le questionnement est toujours le même : est-ce que l'on peut traiter sur place?", explique Frank De Winne. Avec le Covid-19, "étant donné qu'il n'y a pas véritablement de traitement, ce pourrait être le cas pour les formes légères de la maladie".

Interrogé sur le même sujet, Thomas Pesquet s'était montré plus alarmiste quant aux conséquences potentielles de contaminations dans la Station Spatiale. "Il faudrait rappatrier tout le monde, et nous ne savons pas s’il est possible de tout nettoyer si c’était infecté, donc on ne pourrait pas renvoyer quelqu’un facilement", avait-il expliqué lundi. Les protocoles actuels semblent en tout cas avoir fonctionné jusque-là, la pandémie de Covid-19 s'étant limitée à une propagation sur Terre.

"La pandémie de Covid n'a pas rendu l'entraînement facile", expliquait toutefois Thomas Pesquet lors de sa conférence de presse. "On se prépare à quitter la Terre et nos proches pour six mois et malheureusement cela fait déjà presque un an qu'on est quasi en isolation. J'aurais bien aimé avoir comme tout le monde plus de liberté pendant l'année qui vient de s'écouler, mais quand on va dans l'espace, on ne peut pas se plaindre!"
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV