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Lancement de la fusée Falcon 9: pourquoi la nouvelle mission de SpaceX est historique

Le décollage de la fusée Falcon 9 de SpaceX, avec à son sommet la capsule Crew Dragon, est le premier vol habité de la société spatiale et le premier aux Etats-Unis depuis 9 ans. Le lancement prévu ce mercredi soir a été reporté à samedi en raison du mauvais temps.

Les Etats-Unis repartent à la conquête de l’espace. SpaceX propulsera deux astronautes de la Nasa mercredi vers la Station spatiale internationale (ISS). Un décollage historique car il s’agit du premier vol habité lancé depuis les Etats-Unis en neuf longues années. 

À 16h33 (22h33 en France), la fusée Falcon 9 de SpaceX devait décoller du pas 39A du centre Kennedy, sur la côte floridienne, avec à son sommet la capsule Crew Dragon, développée par les ingénieurs d'Elon Musk grâce à plus de trois milliards de contrats accordés par la Nasa depuis 2011. Le lancement a cependant été reporté au dernier moment, en raison du mauvais temps sur la Floride. Le nouveau rendez-vous a été fixé à samedi soir à 21h22, heure française.

Premier vol habité pour SpaceX

Bob Behnken, 49 ans, et Doug Hurley, 53 ans, tous deux aguerris aux voyages spatiaux, seront présents dans la capsule et s’amarreront 19 heures plus tard à l’ISS, où deux Russes et un Américain les attendent. 

La Space Exploration Technologies Corp. - communément appelée SpaceX - n'a pas 20 ans mais est déjà un mythe fondateur. Créée en 2002 par le Sud-Africain Elon Musk, son but est de construire des fusées low-cost, pour aller un jour sur Mars, et au-delà. La capsule Dragon qu'elle a conçue est très différente de ce que les astronautes ont connu jusqu’ici. 

Un vaisseau moins coûteux et "plus sûr"

"Le vaisseau qui transporte ces astronautes n’a pas d’ailes, donc il ne se posera pas sur une piste comme la navette spatiale. Il est ensuite beaucoup plus petit, ce qui présente un avantage majeur: il est plus sûr parce qu’il est placé au sommet de la fusée. A tout moment lors du lancement, on peut séparer la capsule pour sauvegarder l’équipage, c’est un système qui est beaucoup plus sûr que celui de la navette spatiale", explique ce mardi matin sur BFMTV Jean-François Clervois, astronaute et fondateur d’Air Zero G.

En 22 ans, seuls deux vaisseaux développés par les agences russe et américaine se sont amarrés à l’ISS. Dans les années 2010, la Nasa a confié à deux entreprises privées, le géant Boeing et la jeune SpaceX fondée en 2002 par le Sud-Africain Elon Musk, le soin de concevoir et de construire des capsules qui prendront le relais des illustres navettes spatiales américaines.

Les navettes étaient d'immenses appareils ailés, extrêmement complexes, qui ont assuré le transport de dizaines d'astronautes pendant trente ans. Mais leur coût faramineux (200 milliards de dollars pour 135 vols) et deux explosions en vol ont eu raison du programme. La dernière navette, Atlantis, a atterri le 21 juillet 2011. 

La course à l'espace relancée

Depuis, seuls les Russes disposaient d'un moyen de transport vers l'ISS, et des dizaines d'astronautes américains (et d'autres pays) ont appris le russe et emprunté les fusées Soyouz, au départ du cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, pour se rendre dans la station, occupée en permanence depuis 2000 par des Américains et des Russes.

Le hiatus aura finalement duré neuf ans avant que SpaceX finisse par s'imposer avec sa fusée Falcon 9, moins chère et dont le premier étage revient se poser à la verticale sur une barge dans l'Atlantique.

Donald Trump assistera au lancement de la mission habitée, baptisée Demo-2, qui est cruciale à double titre pour Washington. Le président américain y voit un symbole de sa stratégie de domination américaine de l'espace, aux plans militaire (création de la Space Force) et civil: il a ordonné à la Nasa de retourner sur la Lune en 2024, un calendrier improbable mais qui a donné un coup de fouet à la vieille agence spatiale. Par ailleurs, cette mission catalyse un marché privé de "l'orbite basse", ouvert aux touristes et aux entreprises.

Vers une "espèce multiplanétaire"?

"Nous imaginons un avenir où une dizaine de stations spatiales sont en orbite terrestre basse, toutes opérées par le secteur privé", entrevoit Jim Bridenstine, patron de la Nasa. 

Elon Musk vise encore plus loin: il veut aussi envoyer des touristes dans l'espace, une mission avec trois passagers privés est planifiée pour la seconde moitié de 2021. Le PDG de SpaceX construit une énorme fusée, Starship, pour aller autour de la Lune, voire sur Mars, et faire de l'humanité une "espèce multiplanétaire". Le billet vaudra sans doute des dizaines de millions de dollars. 

Ambre Lepoivre avec AFP