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Apollo 11, une aventure spatiale en 6 intox

Buzz Aldrin en train de déployer le matériel scientifique de la Nasa, le 21 juillet 1969 sur la Lune.

Buzz Aldrin en train de déployer le matériel scientifique de la Nasa, le 21 juillet 1969 sur la Lune. - Project Apollo Archive Flickr

Drapeau, ombres, module lunaire, arrière-plan... Les "lunosceptiques" traquent les moindres détails pour mettre en doute les premiers pas de l'homme sur la Lune en juillet 1969.

A-t-on vraiment marché sur la Lune? La question a de quoi faire sourire, soupirer, s'énerver, intriguer. Et pourtant, elle est là. Peu après le succès d'Apollo 11, la contre-théorie est née: celle d'un complot du gouvernement américain pour ne pas perdre la face de la conquête spatiale, d'une opération montée de bout en bout en studio. 

Né dans les années 1970, le "moon hoax" a entre autres été ravivé par plusieurs documentaires dans les années 2000. La crédibilité en la "parole officielle" sur le programme spatial n'a pas été aidée par des affaires comme le Watergate, les rumeurs sur les attentats du 11 septembre, ou encore le discours de Colin Powell à l'ONU avant l'invasion de l'Irak.

Les doutes sur l'exploration lunaire ont même conduit le poing de Buzz Aldrin à atterrir sur le visage d'un complotiste qui le suivait partout. Plus digeste que les 19.000 heures d'enregistrements d'Apollo 11 mises en ligne par la Nasa, nous vous proposons un tour d'horizon des théories les plus courantes - et pourquoi elles ne tiennent pas debout. 

  • L'illusion du drapeau flottant 

Il s’agit d’une des “preuves” les plus souvent brandies par les complotistes: comment expliquer que le drapeau planté par les astronautes flotte au vent, alors même qu’il n’y a pas un souffle d’air sur la Lune? 

En l’absence d'atmosphère, il est effectivement impossible qu’un drapeau puisse voler à l’horizontale. Sur la Lune, il y a bien quelques traces de gaz rares - argon, néon ou hélium - , notamment issus du dégazage des cailloux chauffés au soleil, mais bien insuffisantes pour former une atmosphère capable de supporter un simple drapeau. 

Pour réussir cet “exploit”, la Nasa a simplement eu recours à une barre horizontale, facilement visible sur les clichés pris sur place. Quant à cette impression de drapeau soulevé par du vent, elle vient simplement des plis du drapeau resté froissé. Il suffit de comparer des photos prises à quelques moments d’intervalles pour constater que le drapeau présente exactement la même apparence. 

Si on aperçoit le drapeau bouger sur certaines vidéos, le phénomène n’a aucune explication surnaturelle. Le mouvement était imprimé par l’astronaute au moment de le planter dans sol et les images tournées juste après ce moment. Il fallait d’ailleurs une certaine énergie pour réussir à planter le drapeau comme le racontait Buzz Aldrin. 

"Enfoncer la hampe du drapeau dans le sol lunaire était plus difficile que prévu (...) Pour la première fois, un vent de panique m'a saisi. Depuis mon enfance j'avais vu les grands explorateurs planter leurs drapeaux dans leurs nouveaux mondes. Serais-je le premier à planter un drapeau qui retomberait?", raconte l’astronaute de la mission Apollo 11 dans Magnificent Desolation, un livre autobiographique. 

Cinquante ans plus tard, les drapeaux des missions Apollo - achetés 5,50$ à l’époque - sont toujours dressés sur la Lune.... sauf celui d’Apollo 11. Situé trop près de la capsule, il a été soufflé au moment du décollage de Buzz Aldrin et Neil Amstrong. 

  • GoPro et selfie sticks avant l'heure

Le nombre de clichés et de vidéos de la mission d'Apollo 11, tout comme leur qualité, peuvent poser question à une époque où les téléspectateurs ont souvent dû se déplacer chez des voisins pour regarder ces premiers pas, chaque foyer n'ayant pas sa propre télé. 

Comment les astronautes ont-ils pu se filmer avec autant de précision, alors qu'ils ne devaient avoir qu'une vague idée du rendu? Comment a-t-on pu voir Neil Armstrong descendre le premier l'échelle du module lunaire et poser son pied sur la Lune? Qui a filmé le décollage d'Apollo 17, la dernière mission à avoir été sur la Lune? Autant d'interrogations qui renforcent les fans d'un alunissage filmé et monté par Stanley Kubrick. 

Certains outils étaient simples, voire carrément rudimentaires. Par exemple, la caméra filmant les premiers pas de Neil Armstrong était accrochée au module lunaire par un bras articulé dépassant du vaisseau. Sur les images originales, on peut d'ailleurs voir le moment où, grâce à une sorte de fil à linge, l'astronaute tire sur ce selfie stick des années 1960 pour réajuster la caméra.

Une fois en phase d'exploration, les astronautes avaient beaucoup à faire. Pour faciliter les prises de vue, il était possible de fixer certains appareils directement sur les costumes des astronautes, un peu comme une GoPro. Pendant les entraînements, il fallait donc que les spationautes s'entraînent à "viser" avec leur corps pour photographier ce qu'ils voulaient. Si les images les plus spectaculaires ont été diffusées, le Flickr des archives des différentes missions Apollo comporte 154 pages de clichés, dont beaucoup identiques, flous, ou mal cadrés.

Le matériel photo avait été amélioré avant la mission afin de pouvoir résister à toutes les contraintes de l'espace: écarts de température, électricité statique, etc. Les boutons avaient aussi été surdimensionnés pour pouvoir être manipulés avec des gants.

Une fois sur Terre, une dernière manipulation technique a permis de diffuser la séquence, quasiment en direct, sur les télévisions du monde en entier. Les images en provenance de la Lune étaient au format SSTV, incompatible avec le format NTSC des télévisions. C'est donc une caméra, sur Terre, qui a filmé un écran sur lequel arrivaient les images reçues et dont le signal a ensuite été retransmis dans le monde entier.

L'équipement photo a été amélioré au fil des missions. Par exemple, grâce à une caméra télécommandée laissée sur la Jeep lunaire, la Nasa a pu filmer le décollage du module d'Apollo 17, le dernier à avoir été sur la Lune. Et non, aucun cameraman n'est resté là-haut. 

  • La disparition des pellicules originales 

Un des principaux arguments des complotistes est… un fait réel. Les images brutes en SSTV ont été sauvegardées sur des bandes à leur arrivée sur Terre. Mais les personnes présentes devant l'écran les réceptionnant (à son tour filmé par la caméra citée plus haut pour la diffusion mondiale) sont les seules à avoir vu les premiers pas sur la Lune dans une qualité optimale. Ces bobines d'archives, méconnues du public qui a été familiarisé avec les célèbres images un peu floues et granuleuses, ont disparu de la circulation. 

En 2009, après des années de recherches intensives, l'agence spatiale déclare que ces pellicules ont probablement été réutilisées et d'autres choses réenregistrées sur les images d'origine. Dans les années 1980, l'agence connaît une forte pénurie de bandes magnétiques, ce qui la conduit à réutiliser un peu ce qui lui tombait sous la main. 

Cela peut paraître étrange que la Nasa prête si peu attention à des images aussi historiques mais elle n'a pas la réputation de très bien gérer ses archives. En 1976, un ancien stagiaire acquiert aux enchères un lot de bobines - dont il a vendu une partie aux stations de télé locales, elles aussi friandes de pellicules d'occasion -. (Grosse) surprise quand, en 2008, il découvre que ce sont des bandes originales enregistrées à Houston en 1969, à la réception du signal australien (en NTSC).

  • Des zones d’ombres loin d’être mystérieuses 

Pour les tenants de la théorie du complot, les zones d’ombres sont un véritable point noir. Selon eux, ces ombres devraient être parallèles et ne devraient pas permettre de faire des images aussi bien éclairées. Deux “incohérences” relevées sur les photos des missions Apollo qui sont pour les sceptiques la preuve que l’alunissage n’a eu lieu qu’en studio sous la lumière des projecteurs. 

Effectivement, avec le Soleil comme seule source de lumière, les ombres projetées doivent être parallèles. Mais cet argument est valable sur un sol plat, sans relief, ni éléments perturbateurs. Sur la Lune, les ombres convergent ou divergent à cause du relief. Les creux, les petites bosses, et les trous ont tendance à déformer les ombres.

L’autre problème soulevé par les zones d’ombres vient de la quantité de lumière visible. Certaines photos montrent des astronautes parfaitement éclairés alors même qu’ils se trouvent à l’ombre du LEM. Là encore, pas de mystère. 

Si la lumière est uniquement émise par le Soleil, elle se réfléchit sur un grand nombre de surfaces: les parties métalliques, du LEM, le sol lunaire ou encore la combinaison blanche des astronautes. Tous jouent le rôle de miroir et renvoient la lumière dans toutes les directions. C’est ce qui permet aux astronautes d’être parfaitement éclairés sur certaines photographies. 

En 2010, l’émission américaine Mythbusters - l’équivalent de C’est Pas Sorcier - avait ainsi réussi à récréer une photo prise sur la Lune. Enfin, notons que s’il existait plusieurs sources de lumière - comme des projecteurs de cinéma à en croire certains "lunosceptiques" - il y aurait des ombres dédoublées.

  • Un arrière-plan trop noir, trop similaire

L'arrière-plan des photos prises sur la Lune a lui aussi été sujet à plusieurs controverses. D'une, l'absence d'étoiles, de deux le fait que plusieurs décors sur des photographies différentes seraient "superposables". Pour les complotistes, ces clichés auraient été pris en réalité au même endroit.

Il n'y a pas besoin d'avoir un doctorat en physique pour savoir que si l'on prend en photo un ciel noir avec un flash, ou si on lève les yeux au ciel la nuit en ville, les étoiles ne seront pas franchement visibles. Le Soleil est une source de lumière très puissante, d'autant plus qu'Apollo 11 a exploré le satellite à la lumière du jour lunaire. Les appareils photo étaient pré-réglés pour une exposition en plein jour, ce qui obscurcit l'arrière-plan afin de favoriser le premier plan. Sur certains clichés, on peut toutefois repérer des points lumineux, comme ici en haut à droite.

La similitude des arrière-plans tient du fait que les distances sont difficilement appréciables sur la Lune, faute de repères. Il est aussi parfaitement possible sur Terre d'avoir, et ce sur des centaines de kilomètres, un arrière-plan semblable avec des premiers plans totalement différents. Près des Rocheuses du Midwest américain, par exemple: on a beau se rapprocher de cet arrière-plan, il semble immobile tellement il est loin. 

  • Un module lunaire aux capacités "irréalistes"

Pour défendre leur théorie, les "lunosceptiques" se sont souvent appuyés sur le comportement supposé irréel du module lunaire. Cette espèce d’araignée géante de plusieurs tonnes qui abrite les astronautes chargés d’explorer la Lune cumulerait les incohérences. Ces moteurs ne font pas de bruit, aucune poussière ne recouvre ses pieds et son atterrissage ne laisse ni traces, ni cratère.

Pourtant, tous ces arguments semblent oublier une donnée importante: la Lune. Beaucoup de théorie du complot s’appuient sur des phénomènes physiques visibles sur la Terre mais qui n’ont plus de sens une fois dans le vide de l’espace. 

Il en va ainsi de l’absence supposée de bruit du moteur du LEM. Pour qu’il y ait un son, il faut pouvoir faire vibrer de l’air. Or, sur la Lune, nulle atmosphère pour faire résonner le moteur rugissant du LEM. Par ailleurs, dans l’habitacle, les astronautes utilisaient des micros, situés juste devant leur bouche, conçus pour neutraliser les bruits parasites. 

De même, l’absence de poussière sur les pieds du LEM est également liée à l’absence d’atmosphère. Dans ces conditions, la poussière n’est pas freinée mais elle est éjectée au loin sans rien pour la retenir. Une fois le moteur éteint, elle retombe instantanément, comme un caillou. 

"Il n'y avait jamais de nuage de poussière là-bas. Cela se produirait s'il y avait une atmosphère, mais quand il n'y en a pas, il n'y a aucun nuage de poussière. J'étais absolument stupéfait, quand j'ai arrêté le moteur de fusée, de voir que les particules qui étaient jusque là éjectées de façon radiale de sous le moteur jusqu'à l'horizon, une fois le moteur éteint, ces particules sont parties au-delà de l'horizon et ont disparu instantanément, comme si le moteur avait été éteint depuis une semaine. C'était incroyable", a raconté Neil Amstrong, bien des années après avoir posé le pied sur la Lune. 

Enfin, des complotistes pointent du doigt l’absence de cratère sous un LEM. En réalité, le moteur du LEM était coupé quelques secondes avant de poser pour éviter qu’il ne rebondisse ou ne se renverse. Une fois la poussière chassée par le souffle du moteur, le module se posait sur une couche de régolithe dur.

De nombreuses ressources sont disponibles aujourd'hui pour qui veut mener sa propre "enquête" et voir de lui-même les innombrables photos et vidéos des missions Apollo. Cette mine d'or en ligne, accessible par tous, n'a pour autant pas éclipsé les rumeurs. Loin de la caricature du complotiste harcelant les astronautes pour obtenir des "aveux", les intox persistent aussi grâce à l'humour - et YouTube. Pour le New York Times, le "moon hoax" est devenu une sorte de plaisanterie, crue à demi-mots, qui lui permet de subsister dans l'imaginaire collectif. 

"des hommes sur la lune: 50 ans d'épopée spatiale"

Cet article est le troisième volet d'une série qui célèbre le 50e anniversaire de la mission Apollo 11, qui a vu les premiers astronautes poser le pied sur notre satellite naturel le 20 juillet 1969.

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Benjamin Rieth et Liv Audigane