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 20 juillet 1969: une aventure lunaire suivie des quatre coins de la Terre

Le 20 juillet 1969 (le 21 en Europe), Neil Armstrong et Buzz Aldrin marchent sur la Lune.

Le 20 juillet 1969 (le 21 en Europe), Neil Armstrong et Buzz Aldrin marchent sur la Lune. - Domaine public

Dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, Neil Amstrong et Buzz Aldrin posent le pied sur la Lune pour la première fois. Un événement qui a tenu en haleine pendant plusieurs jours le monde entier.

"Cinq, quatre, trois, deux, un... Ignition!" A l’ORTF, le journaliste Jacques Sallebert répète les dernières consignes du décollage égrenées par le centre de commandement de la Nasa. Le 16 juillet 1969, la fusée Saturn V prend son envol, les trois astronautes de la mission Apollo 11 à son bord.

"C’est le grand départ vers la Lune", s’écrie le journaliste, la voix pleine d’excitation couverte par le bruit des moteurs du monstre de 110 mètres de haut et plus de 3000 tonnes. 

Tout autour de la base de lancement de Cap Canaveral, sous le grand soleil de Floride, plus d’un million de personnes sont venues assister au décollage de la fusée. Parmi eux, lunettes de soleil sur le nez, main en casquette au-dessus des yeux, des journalistes du monde entier, des badauds, des célébrités et des politiques qui lèvent tous ensemble le regard vers le ciel. 

Des milliers de personnes regardent le décollage d'Apollo 11 près des plages et routes aux abords du Kennedy Space Center, le 16 juillet 1969.
Des milliers de personnes regardent le décollage d'Apollo 11 près des plages et routes aux abords du Kennedy Space Center, le 16 juillet 1969. © NASA - AFP
“Cette affluence énorme, pour un peuple qui a déjà assisté de son fauteuil à des dizaines d'envols de fusées hors de l'orbite terrestre, ne s'explique pas par la simple curiosité. Elle témoigne d'un besoin d'être là, de participer, fût-ce parmi les papiers gras et les bouteilles de bière jetées dans la broussaille, à l'expérience d'un nomadisme cosmique, tout comme si les descendants des hommes qui ont déserté l'Europe prenaient mentalement la file pour laisser derrière eux la planète et s'embarquer, par astronautes interposés, pour un astre épuré des contingences et des détritus qu'ils ont accumulé sur leur continent d'adoption”, écrit Le Monde le lendemain du décollage.

Tout aussi lyrique, on peut lire dans L’Express: “Plus d'un million d'hommes et de femmes se sont déversés la semaine dernière sur la lande sableuse qui borde le cosmodrome de Cap Kennedy. Ils ne croyaient plus à la télévision. Il leur fallait entrer dans le voyage, mettre la combustion humaine au diapason des moteurs”. 

Partout dans le monde, le décollage est suivi de près. Dans les rues, à Paris, à Rome ou New York, on se presse autour des télévisions pour voir en direct ces images. Le Pape invite même les fidèles à prier pour les astronautes et pour l’humanité. 

L'épilogue d'une longue bataille

C’est peu dire que l’exploration spatiale a passionné les foules au cours des années 1960. En pleine Guerre froide, les Etats-Unis et l’URSS se sont lancés dans une bataille sans précédent pour devenir les maîtres de l’espace. Pendant près de dix ans, les Soviétiques vont enchaîner les succès: premier satellite artificiel, premier chien dans l’espace, premier homme dans l’espace. L’objectif suivant est tout trouvé: les hommes iront sur la Lune. 

“Je collectionnais des photos des yaourts Mamie Nova et ils avaient distribué un petit calepin où il y avait l'emplacement pour chaque photo, c'était comme un collector. Gagarine, Tereshkova, Leonov, Apollo… Il y avait aussi les stations Shell qui distribuaient des pièces dorées qui reflétaient l'histoire de la conquête spatiale”, se remémore au micro de BFMTV.com Jean-François Clervoy, devenu des années plus tard astronaute.

Jusque-là toujours arrivés avec un coup de retard, les Etats-Unis se lancent le plus grand défi du XXe siècle, sous l’impulsion du président John F. Kennedy en 1962: "We choose to go to the moon" ("Nous choisissons d’aller sur la Lune").

Six ans plus tard, en décembre 1968, la mission Apollo 8 est pour la première fois en orbite autour de la Lune. Puis, en mai 1969, Apollo 10 réalise une dernière répétition générale, avec une descente jusqu’à 15 km de la surface de la Lune. En juillet, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins embarquent à bord de la fusée Saturn V. Avec la ferme intention de planter la bannière étoilée sur le sol lunaire. 

Un atterrissage en mondovision 

Après 76 heures de voyage, Apollo 11 entre en orbite lunaire le 19 juillet. Le 20, le module, surnommé "l'Aigle", se décroche de Columbia pour entamer sa descente vers la Lune. Sous les yeux de Michael Collins, qui reste en orbite, le LEM s'éloigne.

A seulement quelques kilomètres de la surface, Armstrong reprend les commandes. Il se rend compte que le pilotage automatique est en train de les diriger sur un cratère escarpé. Le carburant diminue, le temps presse. L’astronaute survole le paysage lunaire avant de trouver un endroit propice à l'alunissage. 

L'Aigle finit par se poser à 21h17, heure française, sur la mer de Tranquillité. A Houston, la salle de contrôle reste concentrée, sous le regard des caméras, même une fois le LEM posé. La mission est loin d'être finie: il faut encore quelques heures avant que Neil Armstrong s'aventure dehors. Sur certaines images, on peut revoir l'astronaute ajuster la caméra, qui filmait à l'envers.

Partout dans le monde, des centaines de millions d'êtres humains retiennent leur souffle devant les écrans de télévision. L'homme s'apprête à poser le pied sur un astre, tout là-haut dans le ciel. 

Cinq heures en avance sur le programme, Neil Armstrong descend enfin les barreaux. Il tâte le sol lunaire du bout du pied - à l’époque, on craint de voir les astronautes s’enfoncer dans la poussière. Avec précaution, l’astronaute devient le premier être humain à marcher sur la Lune, le 21 juillet 1969 à 3h56, heure de Paris. "C'est un petit pas pour l'Homme, un bond de géant pour l'Humanité", lance-t-il, une fois assuré de la solidité du sol.

Une phrase entrée dans la légende, que les présentateurs français Michel Anfrol et Jean-Pierre Chapel ne relèvent pas. Il faut dire que la liaison est un peu brouillon. Depuis plusieurs heures, ils font vivre l'événement sans images. Seul le commentaire de Jacques Sallebert à Houston et les sons du vaisseau leur parviennent. Les images ne parviennent qu’à l'atterrissage du module.

Neil Amstrong assuré sur le sol lunaire, Buzz Aldrin lui passe un appareil photo. La première mission sur la base de la Tranquillité est de ramasser des échantillons, en cas d'un départ précipité. Neil Armstrong se déplace devant la caméra. A cause de la très faible gravité lunaire, "il a l'air d'une danseuse sur les pointes", commente-t-on à la télé française. 

"Les Américains ont toujours insisté sur le fait qu'il ne fallait pas mal interpréter la présence du drapeau américain sur le sol lunaire", rappelle-t-on également quand les deux astronautes s’échinent à le planter dans le sol. "La présence du drapeau américain ne signifie absolument pas qu'il s'agit d'une conquête américaine mais simplement d'un symbole laissé par les astronautes", poursuit le présentateur.

Après les sauts de kangourou de Buzz Aldrin, les astronautes reçoivent un coup de téléphone de Richard Nixon, leur signifiant sa "fierté" et celle des Américains.

"Je l'ai vécu comme une prouesse de l'humanité"

En France, il est exactement 3 heures 56 minutes et vingt secondes quand Neil Amstrong pose enfin le pied sur la Lune. Une heure tardive qui n’a pas empêché des millions de Français de suivre l’événement en direct. Dans les foyers, on campe dans le salon, devant la télévision pour ceux qui en ont, l’oreille tendue vers le transistor pour les autres. 

"Les fenêtres, en demeurant bien souvent éclairées jusqu'aux approches de l'aube, ont confirmé que de nombreux Français avaient décidé de passer devant l'écran de leur poste de télévision tout ou partie de cette douce nuit d'été", raconte Le Monde dans son édition du 22 juillet, largement consacré à cet exploit.

Preuve absolue de cet engouement selon le journal du soir: “à 4 heures du matin, l'EDF constatait que la consommation d'électricité non seulement dépassait la normale, mais était supérieure à celle de la nuit du 14 juillet”.

"J'avais 11 ans, mes parents nous avaient réveillés, mon frère jumeau et ma soeur, vers 3-4 heures du matin, on était à la maison. On a assisté en direct, mon père est pilote et nous expliquait", se souvient Jean-François Clervoy. "Je l'ai vraiment ressenti 'Nous les humains, nous avons été capables de faire ça'. Je l'ai vécu comme une prouesse de l'humanité". 

Le lendemain de cet exploit, la photo des astronautes sur la Lune est à la une de tous les quotidiens. "Fantastique! L'homme sur la Lune", se réjouit le journal Ouest-France. "La plus sensationnelle photo de tous les temps", s’exclame L’Indépendant. "Armstrong a marché sur la Lune à 3h55", titre Le Parisien libéré qui propose de conserver "cette photo historique".

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La Guerre Froide n’est cependant pas totalement occultée. "A 21h20, le LEM avait atterri comme prévu (malgré la présence du satellite espion soviétique qui pouvait troubler les communications)", écrit le quotidien. Un "satellite espion" dont l'URSS a pourtant communiqué les coordonnées à la Nasa. 

Plus factuel, et sans image, Le Monde souligne "une étape dans l’histoire de l’humanité: deux hommes ont foulé le sol de la Lune devant des centaines de millions de téléspectateurs", tandis que Le Figaro choisit de réinterpréter le célèbre album de Tintin: "Ils ont marché sur la Lune". 

France Soir célèbre de son côté "la fantastique danse sur la Lune" et anticipe déjà la suite de la périlleuse mission: "le monde a encore peur", met en garde le quotidien alors que Neil Armstrong et Buzz Aldrin doivent rejoindre Michael Collins en orbite autour de la Lune avant de revenir sur Terre. 

Une conquête spatiale dans une décennie agitée

Aux Etats-Unis, atterrir sur la Lune était évidemment une immense fierté. Toutefois, rappelle Smithsonian.com, tous les Américains ne soutenaient pas le programme spatial, à une époque où la guerre du Vietnam s'enlisait, et où les émeutes, assassinats et violences racistes étaient monnaie courante.

"Des hommes marchent sur la Lune: les astronautes atterrissent sur une plaine, ramassent des pierres et plantent le drapeau", titre le 21 juillet 1969, très factuel, le New York Times. "'L'Aigle a atterri' - deux hommes marchent sur la Lune", affiche de son côté le Washington PostLe Denver Post note aussi que le redécollage s'est bien passé.

Publié le 11 août 1969, le mythique magazine américain Life met en couverture Buzz Aldrin sur la base de la Tranquillité. "To the Moon and back", titre le magazine pour cette édition spéciale qui regorge d'images prises là-haut. 

Le 25 juillet 1969, Time Magazine préfère lui un dessin de Neil Armstrong tenant une caméra, avec simplement les mots "Man on the Moon". L'effet est évidemment moins spectaculaire qu'avec les images réelles.

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Un succès relayé jusqu'en URSS

Là-haut, Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont laissé une plaque, avec pour message: "Ici, des hommes de la planète Terre ont mis le premier pas sur la Lune en juillet 1969. Nous sommes venus en paix, au nom de toute l'Humanité". 

"Des hommes de la planète Terre": cette manière de désigner les astronautes fait écho à celle employée par l'URSS. L'Union soviétique, contrairement à la légende, n'a pas boudé le succès spatial ou remplacé la diffusion par un dessin animé - la télévision ne transmettait tout simplement pas la nuit.

Dès le lendemain, la Pravda met en une: "Des Terriens sur la Lune" (земляне на луне). Plusieurs articles, dont une interview de spécialiste, viennent illustrer le succès de "la première expédition lunaire".

De peur que les communications de la sonde soviétique Luna 15 n'interfèrent avec la mission Apollo, la Nasa a d'ailleurs demandé à ce qu'ils leur fournissent des données. Ce que l'URSS a transmis par télégramme, assurant qu'elle les tiendrait au courant si ces données évoluaient. Une première marque de coopération en 12 ans de conquête spatiale, note Smithsonian.com.

Dans les autres pays de l’Est, l’événement n’est pas passé inaperçu, rapporte Le Monde à l’époque. En Yougoslavie, le journal Borba titre en une: "L’Homme a commencé à écrire sa légende cosmique". Si le quotidien estime qu’il s’agit de la "plus grande réalisation de l’homme (...) nous ne pouvons oublier - tout au moins pour le moment - les rivalités et la méfiance mutuelle". 

Cette tension entre les blocs de l’Est et de l’Ouest n’a cependant pas empêché des centaines d’habitants de Varsovie d’applaudir devant l’ambassade américaine au moment de l’atterrissage des astronautes.

A Prague, l’atterrissage a été annoncé à la radio: "C'est un moment historique et, en même temps, le fantastique triomphe de la technique qui ouvre une nouvelle ère cosmique". De son côté, la télévision tchécoslovaque a diffusé les images en direct du centre spatial de Houston. 

A l’inverse, la Chine n’a donné absolument aucun écho à l’exploit américain. "L'événement a été complètement ignoré par la radio et la télévision", note Le Monde au lendemain de l’exploit. Deux jours et demi plus tard, alors que les trois astronautes reviennent sur Terre sains et saufs, la radio chinoise ne donne toujours pas de nouvelles

Pourtant, comme le reste de cette expédition, le retour a lui aussi été vécu comme un exploit extraordinaire. Le 24 juillet 1969, Neil Amstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins atterrissent sans encombre dans l’océan Pacifique après une chute de quinze minutes.

Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins peu après leur amerrissage dans l'océan Pacifique, accompagnés d'un militaire chargé de les décontaminer.
Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins peu après leur amerrissage dans l'océan Pacifique, accompagnés d'un militaire chargé de les décontaminer. © NASA - AFP

Récupérés par la marine américaine, les trois héros sont placés en quarantaine. Sans connaissance particulière de la Lune, les scientifiques se méfient de la présence de microbes. La situation donne lieu à une image célèbre. Serré derrière une petite vitre, les trois astronautes américains sont salués par le président Richard Nixon. 

La photographie est reprise en première page de nombreux journaux pour célébrer le "grand retour" de ces "hommes de la Lune (qui) mettent pied à Terre". "Les conquérants de la Lune redeviennent des hommes", titre Sud-Ouest. C'est sous-estimer l’impact de cette mission. Dès leur retour sur Terre, les trois astronautes accèdent au statut de légendes vivantes.

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"des hommes sur la lune: 50 ans d'épopée spatiale"

Cet article est le deuxième volet d'une série qui célèbre le 50e anniversaire de la mission Apollo 11,qui a vu les premiers astronautes poser le pied sur notre satellite naturel le 20 juillet 1969.

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Benjamin Rieth et Liv Audigane