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Viande de cheval : le Français Spanghero dans la tourmente

Le siège de la société Sanghero, principal coupable désigné du scandale de la viande de cheval.

Le siège de la société Sanghero, principal coupable désigné du scandale de la viande de cheval. - -

Directement mise en cause par le gouvernement jeudi, Spanghero est l'entreprise qui a fourni les pains de viande à l'origine du scandale de la viande de cheval. Retour sur le rôle du principal coupable désigné.

La société Spanghero "savait" qu'elle revendait de la viande chevaline à la place de la viande de boeuf et s'est rendue coupable d'une "tromperie" : le gouvernement français n'a pas mâché ses mots jeudi pour pointer les manquements de Spanghero, dont l'agrément sanitaire qui lui permet d'exercer a été immédiatement suspendu.

Mais qui est exactement cette ancienne société familiale et quel a été son rôle précis dans ce sandale qui a secoué la filière agroalimentaire dans plusieurs pays européens ? On fait le point.

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> A qui appartient Spanghero ?

Une société familiale. La maison Spanghero est une société basée à Castelnaudary dans l'Aude, spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de produits à base de viande. "A la table de Spanghero", de son nom officiel, a été fondée en 1970 par les frères Claude et Laurent Spanghero, deux figures du rugby français. En 2009 la société a été revendue à une coopérative basque, Lur Berri. Cette dernière, également propriétaire des foies gras et du saumon Labeyrie, emploie aujourd'hui quelque 360 salariés.

Les frères Spanghero dévastés. Sur BFMTV, Laurent et Walter Spanghero ont déclaré, visiblement très émus, être "atterrés" et " traumatisés" par ce scandale.

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> Quel est le métier de Spanghero ?

Spanghero est spécialisé dans les plats cuisinés et dans la viande fraîche transformée (viande tranchée, steaks hachés, saucisses). C'est aussi une conserverie qui transforme des produits, notamment des cassoulets et d'autres plats cuisinés.

> Quel a été le rôle de la société dans cette affaire ?

Spanghero intervient en amont de la préparation. L'enquête de la DGCCRF l'a rappelé, Spanghero a fourni la viande dont s'est servie ensuite la société Comigel pour préparer les fameuses "lasagnes à la viande de cheval", notamment pour le compte de Findus ou de Picard.

Un producteur roumain via un trader chrypriote. Ce "minerai de bœuf" aurait été vendu à Spanghero par un trader chypriote, la société Draap. Mais la viande provient, à l'origine, d'un producteur roumain. Benoît Hamon, le ministre délégué à la consommation a pointé ce jeudi une "architecture commerciale compliquée".

Un trafic de plusieurs mois. D'après Benoît Hamon, la tromperie a porté sur 750 tonnes de viande qui a permis à la société Spanghero de réaliser 550.000 euros de profit.

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> De quoi Spanghero est-elle accusée ?

L'entreprise est, selon les mots de Benoît Hamon, qui s'appuie sur les résultats de l'enquête de la DGCCRF qu'il présentait ce jeudi lors d'une conférence de presse, accusée de "tromperie économique".

Tromperie économique. Pour le ministre, "Spanghero savait qu'il étiquetait de la viande de cheval sous l'étiquette de viande de bœuf". Selon le quotidien Le Parisien, Spanghero aurait acheté début janvier 42 tonnes de cheval à la société chypriote Draap, facture à l'appui.

L'enquête a aussi pointé des étiquetages non conformes et des ré-étiquetage, une pratique interdite.

Un précédent ? Pour mémoire, Spanghero avait, en 2011, fait l'objet d'une fausse alerte à la bactérie E. Coli. Elle avait alors dû rappeler douze tonnes de produits.

> Quelle est la ligne de défense de la société ?

Spanghero plaide "sa bonne foi". La société assure qu'elle "n'a jamais su qu'elle revendait de la viande de cheval", a déclaré un porte-parole de l'entreprise. "Il y a une enquête en cours qui déterminera les éventuels erreurs et manquements", a ajouté le porte-parole.

Dès vendredi, une brigade nationale de vétérinaires va être envoyée dans les locaux de l'entreprise pour poursuivre les investigations et expertises dont les résultats devraient être rendus dans une semaine.

> Que risque Spanghero ?

La société sera poursuivie a assuré le ministre délégué à la consommation. Le dossier va donc être transmis au parquet.

Une sanction pénale. En correctionnelle, la société risque en tant que personne morale, si la fraude est avérée, quelque 187.500 euros d'amende.

Perte du droit d'exercer. Elle risque aussi une suspension définitive de son agrément sanitaire, c’est-à-dire son permis d'exercer son activité. L'enquête des vétérinaires dira si la suspension de l'agrément est temporaire ou définitive, a expliqué ce jeudi le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll.

Des dommages et intérêts. L'association interprofessionnelle de la viande, Interbev, a dénoncé "l'irresponsabilité des entreprises Comigel et Spanghero", "se portera partie civile et demandera réparation pour le préjudice causé à la filière". Pour rassurer les consommateurs face à ce scandale, le ministre de l'Agroalimentaire va réunir mardi pour la deuxième fois les professionnels du secteur.

> Des conséquences difficilement mesurables

Pour l'Ania (Association nationale des industries alimentaires) "cette affaire de fraude ne doit pas remettre en cause la qualité et l'excellence des produits alimentaires français" car "le système de traçabilité et de sécurité sanitaire français est l'un des plus fiables au monde".

Les marques se défendent. Findus n'a pas tardé non plus à se manifester, assurant par voie de communiqué avoir pris trois mesures, dont des contrôles ADN sur tous ses lots de produits contenant du bœuf.

L'entreprise française Comigel, accusée de "négligences" par le gouvernement dans l'affaire de la viande de cheval trouvée dans des plats au boeuf, a estimé jeudi que la "tromperie organisée" dont elle a été victime était difficilement détectable.

Atteinte à l'image de toute une filière. "Cette lamentable affaire porte un coup dur à toutes les filières", a reconnu Coop de France qui représente toutes les coopératives agricoles françaises, dont Lur Berri. "Comment ne pas réfléchir et dénoncer cette course folle à la recherche des prix toujours plus bas avec la conséquence de susciter de tels risques?", se demande-t-elle.

Vers une fermeture de Spanghero ? La suspension de l'agrément sanitaire de la société Spanghero fait peser une lourde incertitude sur l'avenir de cette importante entreprise et de ses salariés basés à Castelnaudary. "C'est sûr que cette décision aura des conséquences, mais je ne peux pas les quantifier", a noté le porte-parole de la société.

David Namias et Antoine Pollez (sujet vidéo)