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Vaccination obligatoire pour tous: ce qu'en pensent les soignants

Une infirmière prépare une dose du vaccin Pfizer-BioNtech le 31 mai 2021 à Garlan, dans le Finistère, en France

Une infirmière prépare une dose du vaccin Pfizer-BioNtech le 31 mai 2021 à Garlan, dans le Finistère, en France - Fred TANNEAU © 2019 AFP

Le variant Delta, très contagieux, continue de se propager en France et fait craindre une quatrième vague dès cet été. L'exécutif assure néanmoins ne pas vouloir rendre la vaccination obligatoire pour l'ensemble de la population. Reste que l'immunité collective est encore loin d'être atteinte.

Alors que la vaccination obligatoire des soignants pourrait être décidée sous peu, l'étape supérieure de la campagne vaccinale est déjà sur la table: l'obligation vaccinale pour tous les Français dès l'âge de 12 ans. Cela "constitue la seule option réaliste" face à la pandémie, écrivaient vendredi les académies nationales de pharmacie et de médecine. L'exécutif a toutefois écarté à plusieurs reprises cette possibilité.

"Nous ne contraindrons pas les Français à se faire vacciner, la vaccination n'a pas à être obligatoire en population générale", a toutefois assuré le ministre de la Santé Olivier Véran la semaine dernière.

"Une couverture vaccinale de près de 90%, on en est très loin"

40,4% de la population française a été vaccinée, selon le dernier bilan samedi soir, et 53% a reçu au moins une injection. Or pour établir une immunité collective face à des variants plus contagieux, comme le Delta qui progresse fortement en France, "il faut une couverture vaccinale de près de 90%, et on en est très loin", expliquait samedi sur BFMTV Jean-François Corty, médecin généraliste, coordinateur d'un centre de vaccination à Paris.

En ce sens, aujourd'hui, "ne pas se faire vacciner ce n'est pas qu'un choix pour soi-même c'est faire le choix aussi de ne pas atteindre cette immunité collective", explique sur notre antenne Anne Sénéquier, médecin et co-directrice de l'observatoire pour la santé mondiale de l'IRIS.

Car le vaccin est pour le moment la seule méthode connue à notre disposition qui est efficace contre le Covid-19, mais aussi ses variants, et aujourd'hui "c'est la seule chose qui, au niveau national nous permettra vraiment de faire barrière à ce virus", souligne Anne Sénéquier. "J'entends, on est dans un pays libre on fait ce que l'on veut, mais le problème c'est que c'est la vaccination qui nous ramènera la possibilité de faire ce que l'on veut", ajoute-t-elle.

"Il faudra une loi"

Alors que le variant Delta se propage chaque jour un peu plus sur le territoire et qu'une quatrième vague dès cet été est redoutée, "il faut passer à la vitesse supérieure, on ne va pas attendre le mois d'août ou le mois de septembre, la quatrième vague est déjà là. Il faut donc très vite vacciner le plus grand nombre possible de Français", déclare sur notre antenne François Chast, président honoraire de l'Académie nationale de pharmacie.

"Pour mener cette bataille de santé publique, [la vaccination] est notre seule alliée. Nous n'y arriverons pas sans ces injections", déclare au JDD Bernard Kouchner, ex-ministre de la Santé. Pour lui "la refuser, c'est une trahison. Il faudra une loi" pour la rendre obligatoire.

Pour rappel, en France, 11 vaccins sont déjà obligatoires, et certains sont également obligatoires pour certaines professions, notamment les soignants. "En matière de maladie infectieuse, on n'a jamais fait aussi bien que la vaccination, et chaque fois qu'on a extensivement vacciné, on est arrivé au bout des épidémies", rappelle de son côté François Chast. "Il faut en finir avec cette maladie, la seule solution c'est la vaccination".

"Les vaccins sont gratuits, les tests sont gratuits", rappelle Patrick Pelloux, président de l'association des médecins urgentistes de France. "Remettre en cause la vaccination, c'est vraiment d'une prétention incroyable et irresponsable. On doit arrêter cette épidémie". Il rappelle également que face à des maladies infectieuses, les vaccins "ont sauvé l'humanité".

Inciter fortement à la vaccination

En attendant une potentielle obligation vaccinale, qui peut-être n'arrivera pas, Jean-François Corty appelle à renforcer l'accès au vaccin pour tous en développant "davantage de dispositifs opérationnels de proximité au plus près des zones où l'accès aux soins est difficile, rendre la vaccination de la deuxième dose possible même là où l'on n'a pas fait la deuxième dose, augmenter le nombre de centres sans rendez-vous..."

Avant d'en passser par l'obligation pour tout le monde, il est également possible de l'étendre progressivement à différentes professions plus à risques, comme "les pompiers ou d'autres professions", explique sur BFMTV Robert Cohen, infectiologue à l'hôpital intercommunal de Créteil (Val-de-Marne). La vaccination obligatoire pour tous "sera faite" pour Bernard Kouchner, mais "avec des nuances au début, peut-être, selon les professions".

Pour Patrick Pelloux, l'incitation vaccinale, et donc l'obligation arrivera aussi par d'autres biais: "vous ne pourrez pas prendre l'avion si vous n'êtes pas vacciné, les compagnies aériennes ne feront pas monter des gens qui ne sont pas vaccinés" à l'avenir, peut-être par peur de ne plus être suivis par leurs assurances.

Dans son communiqué vendredi, les Académies de pharmacie et de médecine avaient également souligné l'importance de mettre en place "une campagne nationale de communication favorisant une pédagogie ciblée de la responsabilité partagée, évitant toute stigmatisation, dans le cadre d’un engagement démocratique".

Une immunité internationale nécessaire

Les deux institutions insistent également sur la nécessité d'une "solidarité vaccinale" au plan international, soit de partager les vaccins avec des pays qui n'y aurait pas eu accès.

Car "il y a des pans entiers de l'humanité qui aujourd'hui ne sont pas vaccinés, cela favorise le fait qu'il y aura toujours l'émergence de nouveaux variants", explique Anne Sénéquier. Il faut donc réfléchir au niveau national, et international en même temps, car "si on vaccine 100% des Français, on peut être sûr que d'ici quelques mois il faudra se faire revacciner parce qu'il y aura un variant qui challengera notre immunité collective par de nouvelles capacités".

Selon un sondage Elabe cette semaine pour BFMTV, 61% des personnes interrogées sont pour une vaccination obligatoire pour tous, et 72% se disent favorables à l'idée d'une immunisation obligatoire pour les soignants.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV