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TOUT COMPRENDRE - Coronavirus: faut-il s'inquiéter de la "mutation" observée chez des visons?

Des visons dans une ferme d'élevage à Gjol, le 8 octore 2020 au Danemark

Des visons dans une ferme d'élevage à Gjol, le 8 octore 2020 au Danemark - Henning Bagger / AFP

La Première ministre danoise a annoncé mercredi l'abattage de la totalité des plus de 15 millions de visons du pays, affirmant qu'une version mutée du SARS-Cov-2 avait été transmise par ces animaux à douze personnes.

Faut-il s'inquiéter de la mutation du nouveau coronavirus chez les animaux? Mercredi, la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a annoncé que les autorités allaient procéder à l'abattage de la totalité des plus de 15 millions de visons du pays.

La dirigeante a affirmé qu'une version mutée du Covid-19 avait été transmise à douze personnes par ces petits mammifères, ce qui pourrait compromettre l'efficacité d'un éventuel futur vaccin.

Onze cas ont été identifiés dans la seule région du Jylland du Nord, où ont depuis été imposées des restrictions drastiques par rapport aux standards scandinaves. Dans sept municipalités, les 280.000 habitants sont sommés de ne pas sortir de leur commune et les transports en commun sont mis à l'arrêt, quand les bars et restaurants ferment.

Alors que la pandémie de coronavirus a fait plus de 1,2 million de morts à travers le monde depuis un an, cette annonce a suscité de prime abord une grande inquiétude, que plusieurs scientifiques tendent depuis à relativiser.

· Pourquoi les virus mutent-ils?

Il est très fréquent que les virus constitués d'une molécule d'acide ribonucléique (ARN), comme c'est le cas du SARS-Cov-2 apparu fin 2019 en Chine, mutent, souligne l'Agence France-Presse (AFP).

Ces mutations n'entraînent pas nécessairement de conséquences manifestes sur la dangerosité ou la contagiosité du virus.

Aucune étude scientifique ne démontre d'ailleurs à ce stade qu'une des nombreuses mutations du SARS-Cov-2 ait pu modifier ces caractéristiques, mais la communauté scientifique reste sur le qui-vive malgré le fait que les mutations de virus se révèlent souvent anodines.

· Faut-il s'inquiéter de la mutation chez les visons?

"Cluster 5", le nom de cette souche mutante constatée chez des visons au Danemark, n'est pas la première mutation du Covid-19: quatre autres en provenance du vison ont déjà été relevées, sans qu'elles ne soient considérées comme étant problématiques.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) "Cluster 5" implique, selon les premières études, une moindre efficacité des anticorps humains, ce qui pourrait mettre en péril la mise au point d'un vaccin contre le Covid-19.

"D'après les informations des autorités danoises, ce virus n'est pas plus pathogène ni plus virulent", a toutefois déclaré à l'AFP Gilles Salvat, expert de l'agence sanitaire française Anses.

Une crainte est qu'il "émerge comme second virus dominant dans la population (...). Faire un vaccin pour une souche est déjà compliqué, si on doit en faire contre deux, quatre ou six souches c'est encore plus compliqué", poursuit le spécialiste, qualifiant la décision danoise d'abattage des visons de "précaution".

"Cette mesure est entièrement justifiable d'un point de vue sanitaire pour éliminer une source de transmission du virus conséquente", corrobore le Pr François Balloux, de l'University College de Londres, auprès de l'AFP également.

Mais "évoquer le risque que les visons pourraient générer une seconde pandémie paraît excessif et contre-productif dans le climat anxiogène actuel", indique-t-il à l'AFP, notant que des mutations similaires existent déjà dans la population sans s'être répandues.

"Il est trop tôt pour dire que ce changement provoquera un échec des vaccins ou de l'immunité", estime quant à lui James Wood, professeur de médecine vétérinaire à l'université de Cambridge, cité par l'organisme britannique Science Media Centre.

· Y a-t-il d'autres pays touchés que le Danemark?

Selon l'OMS, six pays ont déjà fait état de contaminations au sein d'élevages de visons. Outre le Danemark, il s'agit des Pays-Bas, de l'Espagne, de la Suède, l'Italie, et des États-Unis.

Samedi, les autorités britanniques ont fermé leurs frontières aux voyageurs devenant du Danemark:

"Tous les voyageurs non-Britanniques ou résidents permanents qui ont été au Danemark ou y ont transité au cours des 14 derniers jours se verront refuser l'entrée par les forces frontalières à leur arrivée" à partir de samedi 4 heures heure locale (5 heures en France), a indiqué le ministère dans un communiqué.

Les Britanniques et résidents permanents au Royaume-Uni seront autorisés à rentrer chez eux, a précisé le ministère des Transports, mais ils seront soumis à une quarantaine de 14 jours plus stricte que pour les autres destinations soumises à ce régime.

· Des contaminations ont-elles déjà été constatées chez d'autres animaux?

Des cas de contaminations par le nouveau virus ont été recensés chez d'autres espèces carnivores. Il s'agit surtout des chats, mais aussi des chiens, et même des tigres et des lions d'un zoo de New York.

À ce jour, "le risque d'une propagation du Covid-19 des animaux aux Hommes est considéré comme très faible", estiment toutefois les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC).

Le chien ou le chat "sont des culs-de-sac épidémiologiques, c'est-à-dire qu'ils peuvent héberger le virus provisoirement mais ils ne le multiplient pas suffisamment pour être contagieux", insiste Gilles Salvat auprès de l'AFP.

"Rien ne prouve que les animaux de compagnie participent à la propagation de la pandémie chez l'homme", a estimé le président de l'Académie vétérinaire de France Jean-Luc Angot auprès du Parisien.

Après les annonces danoises, l'Académie de médecine française a tout de même appelé vendredi les personnes infectées à "éviter tout contact" avec leurs animaux de compagnie, en particulier les furets, de la même famille que les visons, à l'instar de l'Académie vétérinaire de France.

Clarisse Martin avec AFP