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Pourquoi les tests antigéniques ne vont pas sauver nos fêtes de Noël

Un employé médical montre un écouvillon utilisé pour les tests antigéniques à l'hôpital Saint-Andre à Bordeaux, le 20 octobre 2020

Un employé médical montre un écouvillon utilisé pour les tests antigéniques à l'hôpital Saint-Andre à Bordeaux, le 20 octobre 2020 - Philippe LOPEZ © 2019 AFP

Alors que des tests antigéniques sont déployés en France, la question de leur usage à grande échelle se pose, mais cet outil contre l'épidémie comporte des limites, et son utilisation reste très encadrée.

Les tests antigéniques sont déployés en France depuis la fin du mois d'octobre. Plus rapides que le test PCR - un résultat en une vingtaine de minutes contre plusieurs jours pour ce dernier - ils sont toutefois moins sensibles, et des professionnels de santé ont alerté sur les résultats négatifs qu'ils pouvaient donner, alors que la personne testée est bel et bien contaminée.

Alors que la France a commandé près de 20 millions de tests antigéniques, serait-il envisageable de faire des dépistages de masse avant les fêtes pour savoir si l'on est positif avant de rejoindre papi ou mamie?

Le risque du "faux négatif"

Ces tests sont pour le moment réservés aux personnes symptomatiques de moins de 65 ans et ne présentant pas de profil à risque face au Covid-19, explique l'Assurance Maladie. Ils peuvent être utilisés pour les personnes asymptomatiques dans le cadre de dépistages collectifs ciblés, comme c'est par exemple le cas dans certains aéroports, ou bientôt dans les établissements scolaires, où ils seront proposés aux personnels.

Les tests antigéniques "ont l’avantage de donner un résultat rapide, et en cas de test positif, de prendre en charge rapidement le patient", explique, dans une réponse à BFMTV.com, Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens.

"Toutefois, il faut rester vigilant notamment en cas de résultat négatif en raison du risque de faux négatifs".

Ces mauvais résultats peuvent en effet conduire à la création de clusters. "Nous avons eu l'exemple d'une adolescente américaine de 13 ans qui était cas contact et qui a fait un test antigénique avant la survenue des symptômes du Covid", raconte dans Le Parisien Anne-Claude Crémieux, professeure en maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis de Paris.

"Il s'est révélé négatif et elle a participé le lendemain à une fête familiale où elle a contaminé onze personnes".

"Le risque qu’une personne identifiée comme négative soit effectivement porteuse du virus pourrait aller jusqu’à une personne sur trois", écrivait mardi dans un communiqué la section de biologie médicale de l’Ordre national des pharmaciens, ajoutant que "la réalisation de ces tests antigéniques sans respect de leur bonne utilisation présente en effet des risques potentiellement graves de mésusage pour la population testée".

Un test de la contagion

Le problème des faux négatifs se pose aussi avec les tests rapides en Angleterre, mais le pays a tout de même décidé de dépister en masse ses étudiants avant qu'ils ne retournent dans leurs familles pour les fêtes de fin d'année, comme le rapporte la BBC.

"Bien que les tests ne détectent pas tous les cas positifs, ils fonctionnent extrêmement bien pour trouver les cas avec des charges virales plus élevées - qui sont ceux qui sont les plus contagieux", écrit la ministre des Universités dans une lettre aux Facultés.

La charge virale de la maladie du Covid-19 augmente d'abord chez un individu, puis diminue "avec le nombre de jours après apparition des symptômes", explique la Haute Autorité de la Santé dans un rapport d'octobre 2020. Or, l'efficacité du test antigénique est liée à la charge virale d'un individu. Une charge virale trop faible pourrait ne pas être détectée correctement.

"Il n’enlève aucune consigne en place"

Ce test antigénique, aussi novateur soit-il dans la lutte contre le Covid-19, reste "un moyen complémentaire dans les stratégies de dépistage", explique Carine Wolf-Thal.

"Ils sont réalisés en complément des tests RT-PCR, qui restent la référence, notamment dans le cas de personnes asymptomatiques".

Elle ajoute qu'en "vue des fêtes de fin d'année, il est primordial de respecter rigoureusement les gestes barrières et le confinement".

Les tests antigéniques sont "formidables, c’est un game changer qui va changer beaucoup de choses dans notre capacité à reprendre nos activités", explique sur BFMTV Didier Pittet, président de la mission d’évaluation sur la gestion de crise du coronavirus. Mais il rappelle que "s’ils sont négatifs aujourd’hui, ils peuvent être positifs demain".

"Si vous faites ce test, vous devez le faire après d’autres précautions et surtout, il n’enlève aucune consigne en place, dont la distanciation sociale et le lavage des mains", déclare-t-il.

Si le gouvernement a déclaré plusieurs fois vouloir sauver Noël, et permettre aux Français de le passer en famille, des restrictions seront à prévoir. "Il ne serait pas raisonnable d'espérer pouvoir organiser de grandes fêtes à plusieurs dizaines de personnes" lors des célébrations de fin d'année, a encore déclaré jeudi soir le Premier ministre Jean Castex.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV