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Pourquoi le froid semble favoriser la transmission du Covid-19

Les virus respiratoires circulent bien plus par températures froides, et la Covid-19 semble ne pas faire exception à cette règle.

La circulation du Covid-19 augmente depuis plusieurs semaines en France, et plus généralement en Europe, et parmi les raisons pouvant expliquer cette poussée du nombre de nouveaux cas recensés, les températures basses enregistrées depuis fin septembre.

"Le premier accélérateur ça a été le brassage de population et le relâchement des mesures barrières cet été, les rentrées univesitaires avec les étudiants", explique samedi Christophe Rapp, infectiologue à l'hôpital américain de Paris, consultant santé pour BFMTV. "Là on est à la troisième semaine d'octobre, et donc il y a un phénomène important pour les virus respiratoires, c'est la saison."

Des températures plus froides ces dernières semaines

"On entre aujourd'hui à l'heure d'hiver et fin septembre il y a eu en Europe globalement une météo un peu plus fraîche, et on sait que chez les virus à transmission respiratoire, dès que la température baisse la transmission est facilitée", continue Christophe Rapp. "Cela peut expliquer un peu l'accélération début octobre que l'on constate dans toute l'Europe."

En septembre, une météo particulièrement chaude a laissé brutalement place à des températures automnales à la fin du mois. "La dernière semaine de septembre et les deux premières d'octobre correspondent à la période la plus froide depuis l'automne 1974, exceptionnellement froid", écrivait Météo France le 15 octobre.

En parallèle l'augmentation du nombre de patients hospitalisés pour Covid-19 a bondi, passant de 4204 patients hospitalisés la semaine du 21 au 27 septembre, à 7530 celle du 12 au 18 octobre, selon les derniers chiffres de Santé Publique France. Le taux de positivité des tests est lui passé de 5% mi-septembre à 15,1% selon le dernier bilan vendredi.

"Ce qui a changé, depuis quinze jours, alors qu'on était sur une maîtrise de l'épidémie et que les courbes commençaient à s'infléchir, c'est que tout à coup on a assisté à une (courbe) exponentielle", a exposé jeudi le ministre de la Santé Olivier Véran, devant des députés.

Pourquoi les virus respiratoires se transmettent-ils plus l'hiver?

En hiver, "les gens sont en milieu confiné de façon évidente, c'est quand même moins l'époque des terrasses", explique Christophe Rapp. "Comme les autres virus respiratoires, en période d'hiver on vit plus en zone confinée, on se met à l'intérieur, on est plus nombreux et c'est là où ce virus se transmet", détaillait vendredi sur BFMTV Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique.

Si la Covid-19 se transmet plus facilement dans les lieux fermés, c'est parce que "le virus reste en suspension dans les aérosols dans une pièce, si une personne contaminée y est présente", a continué Arnaud Fontanet.

Le froid amène chaque hiver son cortège de virus qui "sont chaque année à l’origine d’épidémies de grippe, de gastro-entérite et de bronchiolite", explique Santé Publique France. Pour Yves Gaudin, virologue à l'Institut de biologie intégrative de la cellule de Paris-Saclay, avec la circulation de plusieurs virus par temps froid, "l'organisme est plus fragile car le système immunitaire au niveau de la structure respiratoire est plus sensible et il s'affaiblit face à tous les pathogènes", explique-t-il au Parisien ce samedi. Le corps pourrait ainsi être moins à même de se défendre contre la Covid-19.

Dans son point du 19 octobre, le conseil scientifique écrit que "plusieurs éléments invitent à penser que les mois d’hiver seront difficiles vis-à-vis de la circulation du SARS-CoV-2". Parmi eux, "la notion que les virus respiratoires circulent plus en saison hivernale, notion corroborée par l’activité épidémique intense observée dans les pays de l’hémisphère sud pendant l’hiver austral, et la reprise épidémique forte en Europe avec le refroidissement de la semaine du 5 octobre".

Porter un masque et aérer

Les conséquences de la baisse des températures sur la circulation du coronavirus restent toutefois encore à mesurer. En mai, l'Académie nationale de médecine s'était interessée à différentes études liant climat et Covid-19. "L’importance de cette corrélation a pu être quantifiée, une augmentation de 1 degré de température étant associée à une diminution de 3,1 % des nouveaux cas et de 1,2 % des décès", expliquait l'institution, attendant toutefois plus de données sur le sujet.

En attendant l'évolution des travaux scientifiques, cet automne et cet hiver, "en milieu confiné, il faut porter des masques et il faut ouvrir les fenêtres. L'aération est une des choses qu'on a apprises dans les trois derniers mois qui semble avoir un impact sur le risque d'être infecté", explique Arnaud Fontanet. "Vous ouvrez les fenêtres cinq à dix minutes toutes les heures et vous faites déjà beaucoup pour limiter la circulation du virus".

L'aération des pièces a officiellement rejoint la liste des gestes barrières en France cette semaine. Mais ces mesures seront-elles suffisantes cet hiver? Aux vues des indicateurs actuels, "la situation va s'alourdir dans les prochains jours et prochaines semaines", a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran ce samedi.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV