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Mort de Naomi Musenga: l'opératrice du Samu refuse de "porter le chapeau"

Photo d'illustration

Photo d'illustration - JEAN-PIERRE MULLER / AFP

L'opératrice du Samu qui a négligé l'appel de détresse de Naomi Musenga reconnaît des propos "malvenus", mais refuse de "porter le chapeau" pour l'ensemble d'un système, défaillant selon elle.

Elle était à l'autre bout du fil lorsque Naomi Musenga, jeune femme de 22 ans, a appelé le Samu le 29 décembre dernier sans que sa détresse ne soit entendue, avant de mourir quelques heures plus tard à l'hôpital. L'opératrice du Samu, visée par une enquête préliminaire pour "non-assistance à personne en péril", s'est exprimée pour la première fois dimanche dans l'émission 66 minutes de M6.

Propos "malvenus"

"Bouleversée" selon son avocat, qui s'exprimait vendredi sur BFMTV, l'opératrice reconnaît des phrases "malvenues" dans son échange avec Naomi Musenga. Elle assume cependant d'avoir renvoyé la jeune femme vers SOS médecin.

"Leur échange, en réalité, c'est 'Cette jeune femme est indisposée'. (...) Quand vous avez 2000 appels en moyenne (...) par jour et qu'on vous dit 'J'ai mal au ventre' (...) c’est vrai que le premier réflexe c’est de penser qu’il n’y a pas d’urgence absolue et qu’il faut aller voir son médecin traitant", rappelait l'avocat de l'opératrice sur BFMTV.

"Pression permanente"

Aux yeux de cette dernière, il est hors de question d'endosser l'entière responsabilité de ce dysfonctionnement:

"Ça suffit de porter toujours le chapeau pour le système!", clame l'opératrice du Samu, qui explique sa réaction par le contexte de cet appel.
"On est sous pression en permanence. On travaille douze heures d’affilée. Ce sont des conditions de travail qui sont pénibles. Je peux rester deux ou trois heures accrochée à mon téléphone, parce que je n’ai pas le temps de me lever tellement ça déborde de partout. Quand on passe en procédure dégradée parce qu’il y a beaucoup plus d’appels que de monde censé les gérer, on n’y arrive pas !"

"Apaisement"

L'opératrice s'inquiète enfin des réactions violentes suscitées par ce cas, et craint pour sa sécurité et celle de ses collègues:

"Je suis lynchée sur la place publique. Je pense que si les gens connaissaient mon visage et mon nom, je ne serais plus de ce monde aujourd’hui. Je suis à la maison, mais j’ai des collègues qui ont eu des menaces, bien sûr. Les équipes qui vont intervenir sur le terrain risquent aussi de se faire caillasser."

Les frères de Naomi Musenga, qui estiment "ne pas pouvoir en vouloir" à l'opératrice en raison de ses conditions de travail, appellent à l'apaisement, comme le reste de leur famille.

Louis Nadau