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Mort de Naomi Musenga: le récit d'une journée à l'issue tragique

La jeune femme est morte fin décembre après avoir essayé vainement d'alerter le Samu sur son état de santé. Ses proches tentent de reconstituer le déroulé de cette journée qui a viré au drame.

Que s'est-il passé précisément ce jour du 29 décembre 2017 à Strasbourg, lorsque Naomi Musenga appelle à l'aide? Cinq mois après la mort de cette jeune femme de 22 ans, éconduite au téléphone par une opératrice du Samu, sa famille tente de retracer le déroulé de cette journée.

Il est environ 11 heures lorsque la jeune femme, qui se sent mal, décide d'appeler la police. Elle est alors redirigée vers les pompiers. L'opératrice passe l'appel au Samu. C'est à ce moment que Naomi échange quelques mots avec l'assistante de régulation médicale: il s'agit de la conversation dont l'enregistrement est diffusé par un site alsacien fin avril.

"J'ai très mal au ventre", "j'ai mal partout", "je vais mourir", souffle la jeune femme. Elle peine à s'exprimer. De l'autre côté du fil, l'opératrice est péremptoire: "Si vous ne me dites pas ce qui se passe, je raccroche." Puis, moqueuse: "Oui vous allez mourir, certainement un jour comme tout le monde." Au téléphone, l'opératrice lui demande d'appeler SOS Médecins.

La famille veut les enregistrements de tous les appels

En détresse, Naomi appelle son frère, qui ne répond pas. Elle finit par joindre sa belle-sœur. Celle-ci se rend à son domicile et s'aperçoit de son état de santé. Elle appelle tout d'abord le Samu, qui la renvoie, comme Naomi, vers SOS Médecins. D'après le communiqué de l'organisation, le médecin arrive dans l'heure qui suit l'appel et constate la gravité de l'état de Naomi. Il appelle le Samu.

A 16 heures, la jeune femme arrive à l'hôpital, elle est encore consciente. A 17h30, elle décède après avoir fait un infarctus. Son autopsie ne sera réalisée que le 3 janvier.

Comment 5 heures ont-elles pu se passer entre le premier appel et la prise en charge de Naomi à l'hôpital? C'est cette question que la famille de Naomi veut éclaircir. A cet effet, elle réclame l'accès aux enregistrements de tous les appels passés par la jeune femme ce jour du 29 décembre.

Le directeur des hôpitaux universitaires de Strasbourg les a reçus la semaine dernière, et leur a assuré de les recevoir à nouveau dans deux semaines pour leur faire part des éléments en sa possession. Il a également annoncé l'ouverture d'une enquête administrative. La ministre de la Santé Agnès Buzyn, a saisi de son côté l'Inspection générale des affaires sociales.

Une enquête préliminaire pour "non-assistance à personne en péril" a été ouverte par le parquet de Strasbourg, et la famille de Naomi va porter plainte ce vendredi "contre X et contre les Hôpitaux universitaires de Strasbourg" pour "non-assistance à personne en danger" et "mise en danger de la vie d'autrui". Une marche blanche devrait avoir lieu mercredi prochain à Strasbourg.

A. K. avec Kelly Laffin