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Les autorités sanitaires s'inquiètent d'une crise des opioïdes

Les overdoses liées à la consommation d'antalgiques opioïdes ont fortement progressé ces quinze dernières années en France. De quoi alarmer les autorités sanitaires, qui s'inquiètent d'un phénomène similaire à celui que connaissent les Etats-Unis actuellement.

Codéine, morphine, tramadol… Ces dix dernières années, l'exposition des Français aux analgésiques opioïdes a fortement augmenté, de même que les overdoses qui y sont liées. Ainsi, entre 2000 et 2015, les hospitalisations associées à une prescription d'opioïdes ont progressé de 128%, selon l'Observatoire français des médicaments antalgiques (Ofma), même si le nombre global de traitements a baissé après le retrait d'un médicament précis (le dextropropoxyphène) du marché.

Sur cette consommation croissante -notamment du tramadol, de la codéine et de la poudre d'opium-, plane le fantôme de la crise américaine des opiacés. En 2016, 63.600 personnes sont mortes d'une overdose aux Etats-Unis, les opioïdes synthétiques en tête des médicaments en cause, avec un taux qui a doublé entre 2015 et 2016. Pour la deuxième année consécutive, l'espérance de vie des Américains a baissé, notamment à cause de ce phénomène: une première depuis le début des années 1960.

Retrait des médicaments à base de codéine de la vente libre

La France pourrait-elle connaître une crise de telle ampleur? Probablement pas, même si les autorités restent vigilantes sur les risques de dépendance et d'overdoses liés à cette consommation. Ainsi, en juillet dernier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a retiré de la vente libre les médicaments à base de codéine, après la mort de deux adolescents par overdose.

Les profils des patients dépendants des opiacés sont loin de coller aux clichés de la toxicomanie.

"Il y a un profil qui est celui d’une population plutôt féminine, plutôt d’environ 60 ans et qui serait des patients ou des patientes douloureux chroniques, non atteints de cancer", détaille Nicolas Authier, directeur de Ofma.

En juin 2017, il notait dans Libération que "l'ampleur (des overdoses) en France est bien inférieure à celle des Etats-Unis", mais que "la courbe de croissance (était) la même".

L'inquiétude des pharmaciens

Ces médicaments anti-douleur sont aussi détournés pour soulager l'anxiété ou les troubles du sommeil.

"On va s'interroger par exemple si le patient revient beaucoup trop tôt, au bout de 15 jours alors qu’il a eu un mois de traitement, ou quand on a une demande de renouvellement sans ordonnance où la personne nous dit 'mais j’ai encore très mal, j’en ai encore besoin, aidez-moi'. Il faut que là, on voit ensuite comment on peut trouver une alternative efficace", explique Eric Myon, président de l'Union nationale des pharmacies de France.

Les autorités sanitaires françaises appellent justement les médecins et pharmaciens à une prise de conscience pour repérer les patients dépendants, même si le système de santé permet de contenir le phénomène. 

Liv Audigane