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Les médicaments à base de codéine détournés en drogue et prisés par les adolescents

En augmentation, la prise de médicaments à base de codéine est prisée par les adolescents et les jeunes adultes, qui en font une usage récréatif, ignorant les conséquences sur la santé.

Popularisé dans les années 90 par certains rappeurs américains sous le nom de "purple drank", la prise de médicaments à base de codéine mélangés avec une boisson et détournés en drogue récréative, est en augmentation chez les adolescents et les jeunes adultes français. Une étude publiée mardi par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), dresse le portrait de ces jeunes usagers, qui peuvent se procurer facilement des médicaments contenant de la codéine en pharmacie, comme du sirop pour la toux.

A quelques exceptions près, la consommation de codéine ne commencerait pas avant le lycée: "C'est les 17-19 ans, Ils en ont entendu parler dans les chansons de hip-hop, c'est plus les lycéens que les collégiens", selon un témoin cité dans le rapport. 

Toutes les catégories sociales seraient touchées, selon le rapport qui affirme qu'à Marseille notamment, la consommation de mélanges codéinés s'observe aussi bien chez des lycéens de filières généralistes que ceux des filières technologiques, ainsi que "parmi des jeunes adultes (19-22 ans) ayant une activité professionnelle précaire (apprentis, petits jobs)". À Bordeaux, les intervenants scolaires affirment "ne pas repérer de différences de comportements d’usage entre filles et garçons".

Consommation à l'occasion d'examens

La prise de cocktails à la codéine est prisée dans le cadre de soirées privées. Les consommations ont lieu en majorité en soirée de fin de semaine et pendant l'été, et les mix sont faciles à réaliser et à se procurer: "Un sirop codéiné est mélangé à une spécialité antihistaminique et un soda, grenadine ou bonbons sont parfois ajoutés. Le mélange peut être bu à petites gorgées pendant deux heures".

Selon le rapport, "les usagers de de mélanges codéinés ne sont pas usagers de drogues illicites, hormis le cannabis. En revanche, ces jeunes consomment souvent de l'alcool par ailleurs".

L'OFDT pointe également l'usage de médicaments codéinés à l'occasion d'examens au lycée ou à l'université, avec "une banalisation de l'usage des médicaments au moment du baccalauréat".

Deux décès depuis janvier

Si des conséquences sur la santé existent, elles sont très peu connues des jeunes, qui s'exposent à "des troubles sanitaires plus ou moins sévères", comme une altération du sommeil, des démangeaisons voire des crises convulsives généralisées. L'usage à long terme peu entraîner une dépendance. "Il semble que ces conséquences soient peu connues des jeunes consommateurs, en partie parce que les substances consommées sont des médicaments", alerte le rapport.

Mais la codéine peut tuer, et la prise en masse en totale ignorance des conséquences augmente le risque d'accident: "Le nombre de cas graves est en augmentation depuis septembre 2015. Depuis janvier, cinq cas d’intoxication ont été répertoriés dont deux décès d’adolescents", pointe l'OFDT.

G.D.