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L'Agence du médicament cherche à empêcher l'usage de codéine comme stupéfiant

Deux adolescents sont morts d'une overdose de codéine depuis le début de l'année. (Photo d'illustration)

Deux adolescents sont morts d'une overdose de codéine depuis le début de l'année. (Photo d'illustration) - AFP

L'Agence nationale de sécurité du médicament réfléchit à un moyen de restreindre la vente libre en pharmacie de codéine, après plusieurs cas graves de surconsommation chez les mineurs.

L'inquiétude n'est pas nouvelle, mais les cas semblent se multiplier. Depuis le début de l'année, la consommation de médicaments contenant de la codéine à des fins récréatives a déjà fait l'objet de cinq signalements d'utilisation abusive chez les mineurs auprès de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). 

Sur les cinq cas, deux adolescents sont décédés à la suite d'une overdose, dont Pauline, 16 ans. La mère de l'adolescente a lancé une pétition réclamant l'interdiction de la vente libre sans ordonnance en pharmacie de l'opiacé, qui a réuni plus de 45.000 signatures à ce jour. 

Ces chiffres ne sont pourtant "pas exhaustifs" selon Nathalie Richard, directrice adjointe du pôle de l'ANSM chargé des antalgiques et des stupéfiants. "Il est fort probable qu'il y ait d'autres cas, pas déclarés".

L'Agence du médicament réfléchit aux moyens de "restreindre l'accès trop facile" à ces produits, devant l'augmentation des détournements d'usage, particulièrement chez les adolescents qui s'en servent pour concocter des "Purple drank". 

Vers la fin de la vente libre?

L'une des pistes envisagées pourrait être, comme le réclame la mère de Pauline, d'interdire la délivrance de ces médicaments sans ordonnance, mais d'autres leviers sont aussi envisagés, a précisé Nathalie Richard.

La codéine, un antidouleur de la même famille que l'opium, est aujourd'hui disponible en vente libre en France sous forme de sirops contre la toux et en comprimés, si la dose ne dépasse pas 30 mg par comprimé. Des médicaments antidouleur associant paracétamol et codéine, comme le Codoliprane, le Klipal et le Padéryl, sont aussi dans le viseur à cause de leur faible coût (de deux à trois euros la boîte).

En mars 2016, l'ANSM alertait déjà sur une "nette augmentation" de "demandes de délivrance suspectes rapportées par des pharmaciens d'officine mais aussi de cas de dépendance ou d'abus ayant pu conduire à une hospitalisation".

L'agence lancera dans les prochains mois "une étude spécifique sur ce phénomène", auprès des pharmacies et des services d'urgence pédiatriques, qui permettra d'avoir "des précisions sur la typologie" de ces usages détournés et leurs "conséquences sanitaires", a expliqué Nathalie Richard.

L'agence entend aussi renouveler l'appel à la vigilance des pharmaciens, qui "peuvent refuser une vente quand ils jugent que la délivrance du médicament peut avoir des conséquences sanitaires", et sensibiliser les professionnels de santé en contact avec les jeunes et les enseignants.

Liv Audigane avec AFP