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Quels sont les dangers des médicaments codéinés détournés en drogue?

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- - iStock - DNY59

La consommation de médicaments codéinés seuls ou en association tend à augmenter sur les dix dernières années dans diverses classes d’âge. Mais ce sont les jeunes qui sont le plus adeptes d'un usage détourné de ces derniers à des fins récréatives, comme la boisson "Purple Drunk". L'OFDT a dressé un état des lieux de leurs profils et de leurs motivations.

Depuis le début de l'année, cinq cas d'intoxication liés au détournement des médicaments à base de codéine ont été recensés, dont deux décès d’adolescents. La mère de l'une des victimes morte d'un arrêt cardiaque en mai dernier a par la suite lancé une pétition pour interdire la vente libre de substances à base de codéine. Car cet antalgique de la même famille que l'opium est utilisé dans certains médicaments vendus sans ordonnance (antidouleur, sirop contre la toux) et depuis plusieurs années par les jeunes, à des fins de "défonce".

L'exemple le plus connu est le "Purple Drank", une boisson qui comprend un sirop contre la toux à base de codéine et un antihistaminique mélangé avec un soda. Mais qui sont ces jeunes usagers qui inquiètent de plus en plus les autorités sanitaires? L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) en dresse le portrait dans une étude publiée sur son site.

Les auteurs expliquent ainsi que le "Purple Drank" popularisé en 2013 est toujours utilisé, mais sous d'autres appellations comme "Lean", "Codé", "Codé Sprite" ou "Cocktail bleu". Malgré les différents messages d'information et de prévention de l'ANSM à destination des pharmacies, il semblerait que ces conduites préoccupantes se multiplient et prennent désormais "la forme de consommations non diluées de substances codéinées et d’usages hors de tout contexte festif", écrivent-ils.

Quels contextes de consommation?

Ainsi, ces usages de médicaments codéinés par des adolescents et des étudiants sont particulièrement observés sur la façade atlantique depuis 2013 (Nouvelle Aquitaine) mais signalés depuis à Paris, Lyon, Marseille et Rennes. Les signalements issus principalement des pharmacies permettent d'établir que ce type d'achat est souvent effectué par des jeunes allant de 17 à 25 ans, en particulier le week-end.

"Si des collégiens se montrent intéressés et posent un grand nombre de questions concernant les cocktails à base de codéinés en contexte scolaire, les intervenants estiment que, hormis quelques cas, les consommations ne débutent pas avant le lycée.", atteste l'OFDT. Ces jeunes ne sont pourtant pas, de manière générale, des usagers de drogues illicites hormis le cannabis mais consomment souvent de l'alcool.

En ce qui concerne le contexte de consommations, celles-ci se font plutôt dans le cadre de soirées privées, particulièrement en fin de semaine et pendant l’été. Mais certains usages se font aussi à l'occasion d'examens au lycée ou à l'université "pour se détendre". Un phénomène qui ne concerne pas uniquement les médicaments à base de codéine puisqu'en juin dernier, l'Inserm alertait sur une hausse du nombre d'étudiants utilisant du méthylphénidate (Ritaline), prescrit pour soigner les troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité chez l’enfant.

Des conséquences sanitaires très peu connues

Au titre de leur motivation, ces jeunes évoquent la recherche "d'effets planants" proches de ceux du cannabis. "Les jeunes évoquent aussi des sensations d’ivresse analogues aux effets de l’alcool, le mélange de médicaments devenant une alternative choisie par ceux qui ne consomment pas d’alcool, y compris pour des raisons culturelles.", ajoute l'OFDT. Contrairement aux autres drogues, ces médicaments apportent l'avantage d'être faciles d'accès et ce à un faible coût.

Des critères attractifs pour les plus jeunes qui peuvent éviter les dealers, un critère important dans leur choix. Ces derniers ont ainsi l'impression "de se procurer une substance moins puissante que les drogues ou non frelatée." Quant aux recettes de fabrication, du Purple Drank notamment, ces jeunes n'ont pas besoin de chercher bien loin puisqu'ils s'inspirent de celles relayées par les rappeurs américains sans se réclamer forcément de la culture hip-hop.

Comme l'explique l'APHP, "c’est dans le sud des Etats-unis que cette boisson est née (Houston, Texas) dans les années 60-70, avant de devenir populaire dans les années 1990 et 2000. De nombreux rappeurs ont fait la promotion de ce cocktail dans leurs textes (DJ Screw, Eminem, Kanye West, Lil Wayne…), arborant dans leurs clips musicaux des bouteilles ou des gobelets contenant un liquide violet et ventant les vertus de ce breuvage".

Si l'usage détourné de ces médicaments ne donne pas nécessairement lieu à des dommages graves, il expose ces jeunes à des effets secondaires plus ou moins sévères. Sur le court terme, ces derniers sont à risque de présenter une altération de la qualité du sommeil, des démangeaisons, des troubles de la vigilance ou du comportement (agitation, confusion, ébriété...) et des crises convulsives généralisées.

Sur le long terme, ils peuvent présenter une accoutumance voire une dépendance et un risque de surdose entraînant une dépression respiratoire. Des conséquences peu connues ou qui n'éveillent pas de craintes pour la plupart de ces jeunes consommateurs, qui les perçoivent à tort comme des produits de santé sûrs car préparés en laboratoire, vendus en pharmacie et ayant fait l’objet d’une série de tests avant d’être mis sur le marché.

Alexandra Bresson