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INFOGRAPHIES. Covid-19: la deuxième vague est-elle moins intense que la première?

INFOGRAPHIES. Covid-19: la deuxième vague est-elle moins intense que la première?

INFOGRAPHIES. Covid-19: la deuxième vague est-elle moins intense que la première? - BFMTV

Après plusieurs semaines de dégradation, la plupart des indicateurs de l'épidémie commencent à s'améliorer.

Plus de 20 jours après le reconfinement, les autorités se montrent un peu plus optimistes vis-à-vis de l'épidémie de Covid-19. Selon le ministre de la Santé Olivier Véran, interrogé mardi 17 novembre sur BFMTV, "un pic épidémique" est passé.

La circulation du virus est un petit peu moins rapide aujourd'hui. Depuis 15 jours, nous étions en phase de croissance de l'épidémie. Aujourd'hui nous sommes en phase de décroissance de l'épidémie. (...) Ca ne veut pas dire que l'épidémie est terminée. Nous sommes toujours en phase de circulation active importante mais nous sommes en train de reprendre le contrôle de la dynamique de l'épidémie.

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Ce pic épidémique a-t-il été plus fort que celui de la première vague au printemps? À l'occasion de l'allocution d'Emmanuel Macron, qui doit annoncer ce mardi à 20h un assouplissement du confinement, BFMTV.com s'est penché sur quatre indicateurs : les nombre de cas positifs, les malades hospitalisés, les patients admis en réanimation et les morts à l'hôpital et dans les Ehpad.

• Les cas: bien plus nombreux aujourd'hui qu'au printemps mais...

L'écart entre les chiffres actuels et ceux du printemps semble immense au premier regard. Entre le 26 octobre et le 1 novembre, 333.060 personnes ont été déclarées positives au coronavirus en France après un test PCR, selon les données du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Soit dix fois plus que lors du pic atteint durant le premier confinement (31.030 tests PCR positifs entre le 30 mars et le 5 avril).

La comparaison entre le printemps et la période actuelle est cependant faussée par la politique de dépistage: comme on peut le constater sur l'infographie ci-dessous, le nombre de tests a en effet considérablement augmenté entre temps, biaisant complètement une telle comparaison.

Lorsqu'on compare le taux de posivité de tests, on s'aperçoit qu'il était plus élevé lors du pic de la première vague (32,3% de tests positifs entre le 30 mars et le 5 avril) que lors de la deuxième (26,7% entre le 26 octobre et 1 novembre). Même s'il s'agit d'une donnée plus fiable que le nombre brut de tests positifs, ces indicateurs restent moins pertinents que le nombre de cas graves de Covid-19 car des milliers de personnes asymptômatiques ne sont pas testées.

• Les hospitalisations: un pic similaire entre les deux vagues, mais un rythme plus lent cet automne

En apparence, le chiffre laisse à penser à des vagues similaires: un pic semble avoir été atteint le 16 novembre, avec 33.466 patients hospitalisés simultanément, soit un peu plus que le record de la première vague (32.131). Cette statistique masque la principale différence entre le printemps et l'automne 2020: il s'agit de la répartition géographique du virus, comme l'explique Jean-Stéphane Dhersin, spécialiste de la modélisation des épidémies au CNRS.

Si vous comparez les hospitalisations à Paris et Lyon au printemps et maintenant, ce n'est pas du tout la même chose: la répartition du virus dans le pays n'est pas la même. (...) En dehors de ces inégalités territoriales, les pics des deux vagues sont à peu près similaires."

En effet, alors que la première vague était principalement concentrée en Île-de-France et dans le Grand Est, la deuxième vague a déferlé partout sur le territoire, y compris dans des zones jusque là relativement épargnées : Auvergne-Rhône-Alpes, Paca, Hauts-de-France... Dans les deux régions durement touchées au printemps, les chiffres similaires entre le printemps et l'automne.

Autre différence, si l'on se focalise sur le nombre de personnes entrant à l'hôpital chaque jour, visualisés sur l'infographie ci-dessous, on constate que la première vague s'est installée beaucoup plus vite que la deuxième. En moins d'un mois, entre le 20 mars et le 14 avril, le nombre de personnes hospitalisées a été multiplié par six, passant de 5200 à 32.000. La deuxième vague a mis deux fois plus de temps pour atteindre le même niveau.

• Les admissions en réanimation: nettement moins nombreuses qu'au printemps

En s'appuyant sur les modélisations les plus pessimistes de l’Institut Pasteur, Emmanuel Macron annoncait au moment de reconfiner les Français que "quoi que nous fassions, près de 9000 personnes seront en réanimation mi-novembre". Force est de constater que le président de la République s'est trompé, le pic semblant avoir été atteint le 16 novembre avec "seulement" 4903 patients en soins intensifs.

Des chiffres nettement plus faibles que ceux du printemps, rappelle l'épidémioligiste Catherine Hill:

"On a actuellement le même nombre de patients à l'hôpital que pendant la première vague (environ 33.000, NDLR) mais moins de patients en soins intensifs (7019 le 8 avril, 4903 le 16 novembre, NDLR). Donc oui, on met moins de gens en réanimation. Cela s'explique notamment par le fait qu'on gère mieux la détresse respiratoire aïgue maintenant qu'au début de l'épidémie."

• Les morts à l'hôpital: moins nombreuses à l'heure actuelle

À première vue, la courbe du nombre de morts quotidiennes semble être la seule à ne pas s'être inversée durant cette seconde. Ce décalage avec les autres indicateurs est logique rappelle le mathématicien Jean-Stéphane Dhersin, spécialiste de la modélisation des épidémies:

"Les données sur les tests mettent environ une semaine à remonter. Les malades gravement atteints sont généralement hospitalisés au bout de 15 jours. Certains décèdent très rapidement après leur arrivée, d'autres mettent plusieurs jours mais en moyenne les décès surviennent trois semaines après la contamination."

Les dernières données disponibles laissent à penser que les pics de mortalité ont cependent été atteints à la fois dans les hôpitaux et les Ehpad, où les chiffres se stabilisent. Difficile cependant d'exploiter les données des morts dans les Ehpad: celles-ci sont généralement communiquées deux fois par semaine et uniquement depuis le mois d'avril, contrairement aux données hospitalières, quotidiennes et partagées depuis le mois de mars.

• En résumé: un pic épidémique moins fort que le premier mais...

La plupart des indicateurs le montrent: le pic actuel est moins fort que celui du printemps. Pour Jean-Stéphane Dhersin, la situation a été "mieux gérée" cet automne:

"La première vague était caractérisée par une panique totale et des mesures très fortes. Là, la situation a été mieux gérée (...) le couvre-feu avait déjà eu un certain effet dans les métropoles avant le confinement. (...) Et même si le confinement est plus léger aujourd'hui qu'au printemps, les Français font désormais beaucoup plus attention. Avec le masque et les gestes barrières, une personne qui travaille en novembre contamine beaucoup moins de collègues qu'une personne qui travaillait en février."

À en croire le spécialiste, un pic épidémique est donc bien passé, comme l'a affirmé Olivier Véran sur BFMTV le 17 novembre. Mais attention, nous n'en avons pas terminé avec le virus pour autant: un autre pic peut survenir, prévient Jean-Stéphane Dhersin.

La descente dépendra de la façon dont on déconfine. Si les gestes barrières sont respectés, que les gens évitent de se rencontrer, qu'il n'y a pas de grands rassemblements... Alors les indicateurs devraient continuer à descendre.

L'épidémiologiste Catherine Hill est plus pessimiste, à l'approche des fêtes de fin d'année:

Le pic épidémique du moment est dépassé. Mais si on déconfine, ça va repartir. Avec Noël, les gens vont aller dans les magasins puis dans leur famille... ce qui fera circuler le virus.

Des craintes dont Jean Castex lui-même s'est fait écho ce lundi soir, lors du bureau exécutif de LaREM. Si "la situation s'améliore", a concédé le Premier ministre, "elle n'est pas aussi bonne qu'au 11 mai dernier" - au moment du premier déconfinement, les hôpitaux étaient bien moins engorgés qu'aujourd'hui. Il s'est particulièrement inquiété du réveillon du Nouvel an, qu'il a qualifié d'"usine à Covid".

Louis Tanca Journaliste BFMTV