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D'"inutile" à bientôt "obligatoire": comment la France a changé de doctrine sur le masque

Des masques de protection FFP2

Des masques de protection FFP2 - FRED DUFOUR / AFP

Emmanuel Macron a déclaré ce mardi qu'il souhaitait que le port du masque devienne "obligatoire dans tous les lieux publics clos" dans les prochaines semaines.

"Inutile" pour tout un chacun au début de l'épidémie, le port du masque est aujourd'hui obligatoire dans les transports en commun. Il le sera très bientôt dans les lieux publics clos, a annoncé Emmanuel Macron ce mardi lors de son interview du 14-Juillet. Cet objet en tissu s'est imposé comme l'un des symboles de la crise sanitaire du Covid-19, au gré des changements de discours à son sujet.

• Au début de l'épidémie, priorité aux soignants

Au début de l'épidémie, le message des autorités sanitaires est clair: les masques sont destinés aux soignants et aux malades du Covid-19.

"C'est vraiment une denrée rare, une ressource précieuse pour les soignants, et totalement inutile pour toute personne dans la rue", déclare le directeur général de la Santé Jérôme Salomon le 18 mars, au lendemain du début du confinement.

Pour les promoteurs de la première heure de son port généralisé, ce discours, en France comme dans d'autres pays occidentaux, est avant tout destiné à éviter que le grand public ne s'accapare les masques dont manquent cruellement les professionnels de santé.

Mi-juin, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, Jérôme Salomon s'est justifié, assurant que pour le grand public, la France a "toujours suivi les recommandations internationales", notamment de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette dernière, qui alerte alors sur un épuisement des équipements de protection au niveau mondial, recommande toujours aujourd'hui le port des masques chirurgicaux uniquement aux soignants, aux malades et aux personnes à risque.

• Le masque ensuite rendu obligatoire dans les transports

Au fil des semaines, le discours change, renforcé par le fait qu'une part significative des personnes contaminées développent peu de symptômes, voire aucun.

Mais malgré les commandes de milliards de masques chirurgicaux à l'étranger, il y a toujours des tensions sur ce produit convoité.

Alors fin mars, le gouvernement met en avant la production de masques alternatifs, en tissu. Un guide de l'association de normalisation Afnor liste les exigences minimales de confection et d'usage de ces masques grand public, guide à destination des entreprises textiles mais aussi des particuliers qui peuvent le fabriquer eux-mêmes.

Le 28 avril, les nouvelles consignes du déconfinement tombent: le masque sera obligatoire dès le 11 mai dans les transports en commun ou les collèges, et recommandé dans les commerces.

"Les scientifiques ont eux-mêmes évolué", et jugent maintenant le port du masque "préférable dans de nombreuses circonstances", justifie alors le Premier ministre Édouard Philippe.

Mais certains préconisaient déjà d'aller plus loin. L'Académie de médecine plaidait ainsi pour que le port d'un masque anti-projection "obligatoire dans l'espace public", jugeant "évidente" la nécessité d'une telle mesure pour limiter la propagation du virus.

• L'obligation bientôt élargie aux lieux publics clos

L'OMS, qui souligne toujours l'absence de "preuves scientifiques" pour soutenir un "port généralisé du masque partout", dit désormais qu'un masque grand public peut être "utile" dans les transports, les magasins ou les lieux clos et bondés, en complément des gestes barrière.

Début juillet, alors que plusieurs pays, comme la Belgique et le Royaume-Uni, ont décidé d'élargir le port obligatoire du masque, les appels à faire de même en France se multiplient face au relâchement observé des Français.

Dans ce contexte, notant que l'épidémie "repart un peu", Emmanuel Macron a annoncé mardi que "dans les prochaines semaines", "par exemple à partir du 1er août", le masque sera obligatoire "dans tous les lieux publics clos", comme les commerces.

"Mettez des masques!", a lancé le président, le recommandant aussi à l'extérieur lorsque la distanciation n'est pas possible: "C'est plus prudent".

• La question du stock toujours cruciale

Alors que le gouvernement a été très critiqué pour l'absence d'un stock stratégique suffisant, la nouvelle consigne est désormais de "décentraliser", selon le ministre de la Santé Olivier Véran. Avec notamment des stocks de 10 semaines dans les entreprises pour protéger les salariés.

Il est difficile aujourd'hui de connaître le nombre de masques chirurgicaux et grands publics disponibles en France, entre les stocks faits par les entreprises ou la grande distribution.

Selon Bercy, la production de masques chirurgicaux en France était de 20 millions par semaine fin mai, avec un objectif d'environ 60 millions d'ici fin septembre/début octobre, contre 3,5 millions avant la crise. Un chiffre auquel il faut ajouter les importations et les masques en tissu.

Les quelque 400 entreprises textiles française qui s'étaient lancées dans la fabrication de masques grand public pour pallier la pénurie se sont retrouvées avec des invendus conséquents en juin de 40 millions de masques. Ce stock est désormais de "22 ou 23 millions", a indiqué lundi à l'AFP Yves Dubief, président de l'Union des industries textiles.

• L'importance des gestes barrières

Obligatoire ou non, le port du masque, qui ne dispense pas des gestes barrière et de la distanciation physique, s'accompagne de quelques règles de bonne pratique, notamment pour éviter de se contaminer soi-même.

Il est nécessaire de se laver les mains avant de le mettre et après l'avoir enlevé. Ne jamais toucher l'avant du masque, et si c'est le cas, se relaver impérativement les mains.

Il doit se porter de façon à couvrir le nez, la bouche et le menton, pas sous le nez, ni autour du cou ou sur le front. En France, la durée d'utilisation maximale recommandée est de 4 heures.

C.M. avec AFP