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"Avant de savoir, on ne sait pas": Jérôme Salomon dément avoir voulu tromper les Français sur l'utilité du port du masque

"Avant de savoir, on ne sait pas", s'est d'abord défendu le Directeur général de la Santé.

Interrogé ce mardi par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale qui débute ses travaux sur la gestion de la crise du Covid-19, le Directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a dû revenir sur les premiers jours de l'épidémie en France.

"Le monde entier a été surpris par cette crise inédite, massive, brutale, mondiale", a-t-il souligné, assurant qu'aucun pays ne pouvait "se targuer d'avoir été prêt et d'avoir parfaitement géré cette pandémie". Il a néanmoins dit vouloir "tirer toutes les leçons en toute humilité", pour se préparer à une éventuelle "deuxième vague".

"On ne savait pas" 

Il a notamment été questionné par le patron du groupe LR à l'Assemblée nationale, Damien Abad, sur d'éventuels regrets quant à ses propos tenus sur le port du masque le 4 mars dernier, qui selon lui n'avait pas d'intérêt pour le grand public.

Jérôme Salomon s'est défendu en citant, dans un premier temps, Voltaire. "Avant de savoir, on ne sait pas", a-t-il assuré. 

"On a toujours respecté les recommandations internationales, l’OMS a beaucoup hésité et ne recommande le port du masque dans certaines conditions que depuis le 5 juin", a-t-il ajouté, soulignant que les autorités s'étaient appuyées sur un article issu d'une revue scientifique canadienne de "très haut niveau" qui reprend "l'ensemble des connaissances (...) pour savoir quelles sont les meilleures mesures de prévention."

"On ne savait pas (...) si ce virus pouvait être transmis par des aérosols. (...) Donc nous avons suivi les recommandations des experts internationaux", a-t-il conclu. 

Pourquoi un manque de masques?

Le directeur général de la Santé a également dû justifier la pénurie de masques à laquelle la France a dû faire face. Jérôme Salomon a retracé la chronologie des stocks stratégiques d'État de ces équipements de protection, commandés massivement au moment de la menace de grippe H1N1 puis détruits en partie après un audit de 2017 ayant conclu au mauvais état d'une majorité d'entre eux.

Une commande de 100 millions de masques est alors passée fin 2018, avec décision d'évoluer "vers un stock dynamique, tournant", plutôt qu'un stock massif "dormant".

Mais avec l'irruption de la pandémie en France, les besoins pour les soignants sont passés brutalement de 3 à 5 millions par semaine à 30 voire 40 millions, alors que tous les pays voyaient aussi leurs besoins augmenter et que le principal pays producteur, la Chine, voyait son économie paralysée, a-t-il souligné.

D'autres auditions à venir

Jérôme Salomon n'est que le premier responsable public à s'exprimer ainsi devant la commission. Elle entendra ce mercredi l'ancien patron de Santé publique France François Bourdillon et Geneviève Chêne, qui lui a succédé en novembre. Suivra, jeudi, Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique, dont les avis ont incité le gouvernement à décréter le confinement puis guidé sa fin progressive.

Viendra ensuite le tour de deux anciens directeurs généraux, des scientifiques, dont le controversé professeur marseillais Didier Raoult, et des politiques, après le second tour des élections municipales, avec Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, et plusieurs de ses prédécesseurs.

Hugo Septier avec AFP