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Covid-19: pourquoi Macron persiste dans sa stratégie malgré les messages d'alerte des soignants

Le président français Emmanuel Macron à Brest le 19 janvier 2021

Le président français Emmanuel Macron à Brest le 19 janvier 2021 - STEPHANE MAHE © 2019 AFP

Le chef de l'Etat veut se donner encore quelques jours pour décider ou non d'un nouveau tour de vis dans les régions les plus touchées par la troisième vague de l'épidémie. Du temps précieux pour les médecins qui redoutent le pire face à la hausse continue d'admissions en réanimation.

"Rien n'est décidé". Les inquiétudes et impatiences des soignants n'ont toujours pas eu raison de la ligne d'Emmanuel Macron sur la gestion du coronavirus. S'il n'écarte pas dans le Journal du Dimanche un énième tour de vis sanitaire, il ne le confirme pas pour autant. Le président de la République a indiqué que les autorités allaient regarder dans les prochains jours "l'efficacité des mesures de freinage et prendre si nécessaire de nouvelles restrictions".

Dans l'attente des effets ou non des mesures de freinage

Une position qui n'est plus tenable pour 41 directeurs de crise de l'AP-HP qui assurent qu'il n'y a plus de temps à perdre alors qu'un tri de patients, Covid ou non Covid, dans les hôpitaux est redouté dans les jours qui viennent. S'ils considèrent que les mesures mises en place sont insuffisantes pour soulager la tension hospitalière, Emmanuel Macron se laisse encore quelques jours avant que de nouvelles décisions ne soient prises.

"Toute la question pour l'exécutif est de savoir si on a déjà atteint le pic maintenant ou si cela va monter encore dans les prochains jours"', explique Anne Saurat-Dubois, journaliste politique à BFMTV, "il (l'exécutif, ndlr) va scruter très étroitement les chiffres qui paraîtront mardi soir parce qu'on sera en plus à dix jours de l'instauration des mesures de freinage pour les seize premiers départements".

Les prévisions des épidémiologistes donnent tort à Macron

Comme une énième semaine décisive qui viendrait une nouvelle fois confirmer ou non la stratégie entreprise par l'exécutif au cours de ces derniers mois: le fameux "freiner sans enfermer". Une manœuvre qui a tout l'air d'un pari malgré ce que peut penser le ministre de la Santé Olivier Véran. Emmanuel Macron fait donc le choix ici d'attendre au lieu d'anticiper, s'interrogeant à la même occasion sur les "prévisions" des épidémiologistes. Pour le président, "l’unanimité scientifique n’a jamais été au rendez-vous". "Certains nous disaient: 'en février, vous allez prendre le mur'. On ne s’est pas pris le mur", a-t-il ajouté.

"Peut-être qu'on s'est trompés de trois ou quatre jours mais on annonçait entre 40.000 et 50.000 contaminations journalières", lui répond Philippe Amouyel sur BFMTV. Le professeur de santé publique au CHU de Lille a également rappelé sur notre antenne qu'il s'agissait là de prévisions pour la mi-mars et non pas pour le mois de février.

Pas besoin toutefois pour l'exécutif d'aller chercher loin les prévisions d'une reprise de l'épidémie en mars. Dans un avis du Conseil scientifique du 12 janvier, l'instance rappelait que plus les décisions sont prises rapidement, plus elles sont efficaces et permettent d’éviter des mesures de restrictions sanitaires plus dures dans un second temps".

Fin janvier, c'est le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy qui soulignait devant l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques que l'arrivée du variant anglais "pourrait conduire à la mi-mars à [...] des conséquences sanitaires importantes en termes d’hospitalisations et d’entrées en réanimation". Des modélisations qui donnent encore tort au chef de l'Etat.

Le mauvais exemple de l'Allemagne

Vient alors un autre argument: celui des voisins italiens et allemands. Emmanuel Macron cite ces deux pays pour récuser la piste d'un nouveau confinement dur depuis la fin 2020, mesure qui n'a pas suffi selon le président pour que l'épidémie ne reparte pas dans ces pays.

Problème: il n'a jamais été question d'un confinement strict en Allemagne depuis décembre. "Les Allemands ont toujours eu le droit de sortir de chez eux, sans limite et sans attestation. Berlin préfère miser sur la limite de contacts et la fermeture de lieux accueillant du public ", explique Violette Bonnebas, correspondante de BFMTV en Allemagne.

Une stratégie qui a porté ses fruits pendant un temps, mais l'épidémie repart à nouveau, notamment depuis la réouverture des écoles. Reste que le niveau épidémique est bien plus bas en Allemagne qu'en France, le taux d'incidence y étant presque trois fois moins élevé selon les données collectées par Our world in data et publiée sur le site Covid Tracker. En outre l'Italie, bien que sa situation sanitaire reste préoccupante, connaît également une circulation du virus moindre qu'en France.

"Tout va se passer entre mardi et mercredi"

"La stratégie à long terme d'Emmanuel Macron ce sont les beaux jours et les vaccins, et en vérité l'épidémie peut être rattrapée par la campagne de vaccination et le réchauffement du climat", avance Benjamin Morel. Le maître de conférences en droit constitutionnel à l'université Paris II Panthéon Assas note qu'il s'agit là d'une stratégie "entendable, mais à court terme se pose très rapidement un problème de surcharge hospitalière".

Pas question toutefois pour le président de changer de doctrine, notamment sur les écoles où les protocoles sanitaires ont été renforcés pour en éviter la fermeture.

"Il maintient sa stratégie. Il l'a redit à deux reprises ces trois derniers jours, ça appuie aussi la puissance avec laquelle il veut marquer ce point", note Anne Saurat-Dubois. "Tout va se passer entre mardi et mercredi", date à laquelle un nouveau Conseil de défense doit se tenir pour décider d'un éventuel durcissement des mesures.

Dans l'attente des chiffres de mardi, ceux de ce dimanche ne sont pas rassurants: le nombre de malades en réanimation s'élève désormais à 4872 personnes et frise le pic de la deuxième vague le 16 novembre 2020. L'ensemble du pays était alors confiné depuis plus de deux semaines.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV