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Covid-19: faut-il faire plus de dépistage et moins d'isolement à l'école?

Elèves d'une école à Eysines (Gironde), faisant la queue pour un test salivaire, le 25 février 2021

Elèves d'une école à Eysines (Gironde), faisant la queue pour un test salivaire, le 25 février 2021 - PHILIPPE LOPEZ / AFP

Le Conseil scientifique et le COSV proposent dans un avis de tester systématiquement et de façon hebdomadaire les élèves d'école primaire et de n'isoler que les cas positifs au Covid-19 au collège et lycée.

La rentrée scolaire 2021 fait craindre un rebond épidémique lié au brassage de population des enfants et adolescents. Pour contrôler la circulation de ce virus, le Conseil scientifique et le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV) recommandent, dans un avis du 13 septembre, de faire davantage de dépistages dans les écoles, mais surtout de n'isoler chez eux que les élèves positifs au Covid-19.

Cette recommandation, non publique, a pu être consultée par le quotidien Le Monde, qui détaille les propositions de ces deux conseils.

Il s'agit, dans les écoles primaires, de dépister - avec un test salivaire - les élèves systématiquement toutes les semaines, et de ne renvoyer chez eux que ceux qui sont positifs. Dans les collèges et lycées - où les élèves de plus de 12 ans sont vaccinés à plus de 69% avec au moins une dose - tous les adolescents d'un même niveau seront testés dès l'apparition d'un cas. Ensuite, seuls les élèves positifs seront isolés.

"Éviter que l'on ferme des écoles et des classes"

Cette stratégie, caractérisée de "gagnant-gagnant" par les auteurs de l'avis, a surtout pour but de ne pas fermer de classes, et permet également d'éviter d'opérer un tri entre élèves vaccinés et non vaccinés dans le secondaire. Pour rappel, actuellement, seules les personnes de plus de 12 ans peuvent être vaccinées en France.

"Moi je suis très favorable à cette politique de dépistage, elle a été testée avec beaucoup de succès au Royaume-Uni l'année dernière", a déclaré ce lundi sur BFMTV l'épidémiologiste Antoine Flahault. "Cela permet d'éviter que l'on ferme des écoles et des classes ce qui est évidemment à privilégier aujourd'hui, et cela permet aussi de réduire les contaminations dans la communauté".

Dans une modélisation fin août, l'Inserm souligne également les bénéfices du dépistage hebdomadaire, avec isolement si le résultat est positif. L'institut écrit ainsi que "dans une population scolaire partiellement vaccinée, le dépistage par autotests hebdomadaires des écoliers parviendrait à réduire le nombre de cas en moyenne de 24% dans l’enseignement primaire et de 53% dans l’enseignement secondaire, avec une adhésion de 50%". De plus il y aurait "90% de jours de classe perdus en moins par élèves par rapport au scénario d’une fermeture de la classe après la détection d’un cas".

D'après le dernier point de situation du ministère de l'Éducation vendredi 17 septembre, 3299 classes sont fermées en France. Le protocole en place actuellement demande la fermeture d'une classe dès la détection d'un premier cas de Covid-19, seuls les élèves complètement vaccinés en collège et lycée peuvent continuer en présentiel.

La politique de dépistage du ministère de l'Éducation prévoit "des campagnes de tests salivaires dans les écoles primaires et la distribution d’autotests pour les collégiens et lycéens et les personnels, en cas d’apparition de cas confirmés ou dans le cas d’une circulation particulièrement active dans un secteur géographique, en lien avec les autorités sanitaires et préfectorales".

"Légitime de ne pas isoler tout le monde"

Pour l'infectiologue Benjamin Davido, il est aujourd'hui "légitime de ne pas isoler tout le monde. Si le masque est porté en classe, que la pièce est correctement aérée, la probabilité de se contaminer est relativement faible" à l'école explique-t-il à BFMTV.com. Il met toutefois un bémol sur les cantines scolaires qui restent, encore aujourd'hui, des lieux où la contamination est plus facile en raison du brassage de population et du retrait du masque.

"Aller en amont avec du dépistage systématique salivaire permettrait un bien meilleur contrôle de la circulation du virus, plutôt qu'un diagnostic qui est fait quand il y a des cas symptomatiques, un peu après la bataille", expliquait déjà mercredi dernier sur LCI l'épidémiologiste, et membre du Conseil scientifique, Arnaud Fontanet. "Dans les écoles le virus se transmet beaucoup par des enfants qui eux ont très peu de symptômes, quand vous en diagnostiquez un qui est déjà symptomatique en fait le virus a déjà pas mal circulé".

Avec ces dépistages en amont, les autorités sanitaires "tentent d'imaginer des mesures pérennes, de faire un pas de plus vers le retour à la vie normale", déclare Benjamin Davido. De plus, cette stratégie de dépistage permet d'appréhender l'arrivée, avec le froid, des infections respiratoires qui ont des symptômes similaires au Covid-19, et de distinguer une maladie de l'autre.

Ces tests récurrents et gratuits dans les écoles, "permettront de sortir de cette situation délicate", explique l'infectiologue.

Des "enjeux opérationnels" difficiles

Reste à savoir si cette politique sanitaire est réalisable. Dans l'avis, les deux conseils scientifiques écrivent d'ailleurs avoir conscience des "enjeux opérationnels" de leur proposition. Le gouvernement a ainsi fixé un objectif de 600.000 tests salivaires dans les écoles primaires, pour environ 4 millions d'élèves, mais "pour l'instant, même aux pires moments du Covid-19, le gouvernement est toujours resté très éloigné de ce chiffre", explique auprès de BFMTV.com, le vice-président du syndicat des biologistes François Blanchecotte.

Pour pouvoir tester davantage, il est proposé dans l'avis de "pooler" les tests, soit d'analyser en une seule fois les échantillons de plusieurs élèves. Dix écoliers crachent ainsi dans le même tube, si le contenu est positif, chacun des élèves ayant participé à ce pool est dans un second testé individuellement pour trouver qui est positif.

Lionel Barraud, président du syndicat des jeunes biologistes, rappelle que les syndicats de biologistes s'étaient opposés à cette possibilité en février dernier. "D'une part avec l'utilisation de tests salivaires et du poolage, il y a une baisse de sensibilité, donc des risques de faux négatif. D'autre part, tester d'abord dix d'élèves, puis dans un second temps les dépister un par un, ça risque d'être une perte de temps", pendant laquelle le virus peut continuer à circuler, déclare-t-il.

Pour le moment, la rentrée scolaire ne semble de toute façon pas avoir entrainé davantage de cas de Covid-19, toutefois, il faut attendre encore quelques jours afin d'évaluer son incidence réelle sur la circulation de l'épidémie. Quoi qu'il en soit, "c'est bien d'être dans l'anticipation", note Benjamin Davido, "c'est quand ça va mieux qu'il faut assurer le contrôle de l'épidémie, pas quand elle redémarre et qu'on est acculé".

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV