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INFOGRAPHIES. Covid-19: deux semaines après la rentrée, les cas ont-ils augmenté chez les jeunes?

Infographies sur la circulation du virus depuis la rentrée selon les tranches d'âge

Infographies sur la circulation du virus depuis la rentrée selon les tranches d'âge - BFMTV

De nombreux experts craignaient que les écoliers, collégiens et lycéens ne soient à l'origine d'une flambée épidémique à la rentrée 2021.

"On pense qu'il y aura 50.000 contaminations d'enfants par jour à la rentrée scolaire ou après la rentrée", estimait fin août Lila Bouadma, réanimatrice à l'Hôpital Bichat à Paris et membre du Conseil scientifique, se basant sur un modèle mathématique. Une quinzaine de jours après la rentrée du 2 septembre, force est de constater que le nombre de cas détectés est bien plus faible.

Depuis le début du mois, on recense environ 3000 cas par jour chez les 0-19 ans, un chiffre qui baisse de manière continue depuis le mois d'août.

"Si nous devions avoir un impact négatif de la rentrée scolaire, nous le saurions dans les jours actuels ou les jours à venir", expliquait jeudi matin sur RTL le ministre de la Santé Olivier Véran. "Il est trop tôt pour être optimiste, mais en tout cas à ce stade je n’ai pas d’indicateurs laissant à penser que la rentrée ait eu un effet négatif sur l’épidémie".

Des chiffres plus inquiétants qu'ils ne le paraissent?

Si ces chiffres bruts paraissent rassurants à première vue, ils restent néanmoins élevés. Le taux d'incidence des 10-19 ans était en effet de 125 la semaine de la rentrée (5 au 11 septembre), soit 30% plus élevé que celui des "adultes" (incidence de 94,5 pour les personnes âgées de plus de 20 ans).

Autre point d'inquiétude: l'évolution du taux d'incidence des 0-9 ans, qui stagne depuis le début du mois de septembre, autour de 110, alors qu'elle baisse dans toutes les autres classes d'âges. Pour rappel, de nombreux pays estiment que le Covid-19 circule activement à partir du moment où le taux d'incidence est supérieur à 50.

"Pour l'instant, on ne sait pas exactement ce qu'il se passe dans les classes" au niveau de la circulation du virus car, "les données de Santé Publique France datent de la semaine dernière", note auprès de BFMTV.com Renaud Piarroux, épidémiologiste à l'AP-HP et professeur à la Sorbonne Université.
"Il faut encore attendre au moins une semaine", déclare à BFMTV.com Philippe Amouyel, épidémiologiste et professeur de santé publique au CHU de Lille. "La première semaine les enfants se contaminent, puis ils transmettent le virus à la maison, et les premiers symptômes des personnes malades arriveraient la troisième semaine".

"Il est trop tôt pour conclure, on est encore trop près de la rentrée scolaire", abonde Renaud Piarroux. D'autre part "il faut voir ce qu'il va se passer quand la température va baisser, l'année dernière c'était plutôt fin septembre". Depuis le début de l'épidémie, il a en effet été remarqué que le virus circule davantage lorsque les températures sont plus fraîches en automne et en hiver.

À quoi ressemblaient les rentrées précédentes?

Lors des rentrées précédentes, en septembre 2020, en novembre 2020 (après les vacances de la Toussaint) et en janvier 2021 (après les fêtes de Noël), le taux d'incidence des 0-19 ans était toujours plus faible que celui du reste de la population et suivait plus ou moins sa tendance. Mais, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, en cette rentrée 2021, le taux d'incidence des 0-19 ans est légèrement supérieur et commence à stagner alors que celui des plus de 20 ans continue de diminuer.

"Les moins de douze ans ne sont pas encore vaccinés, alors il y a encore forcément de la circulation" du virus, rappelle Philippe Amouyel. Renaud Piarroux note au passage que les parents de ces enfants, soit les 20 - 50 ans, affichent un taux de vaccination complet de 85%, et qu'ils sont donc très immunisés.

La population à surveiller est celle des personnes fragiles, comme les grands-parents, qui ne serait pas vaccinée. 10% des plus de 75 ans n'ont ainsi reçu aucune dose pour le moment.

3000 classes fermées actuellement, contre 2000 en septembre 2020

Autre indicateur en cette rentrée: le nombre de classes fermées. Lundi 13 septembre, le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, indiquait qu'"un peu plus de 3000" classes étaient fermées.

"Nous nous attendons à ce que cela augmente ces prochains jours puis se stabilise, avant de redescendre, si cela suit la courbe que nous avons eue à chaque retour de vacances", a précisé le ministre de l'Éducation nationale.

Une semaine plus tôt, mardi 7 septembre, Jean-Michel Blanquer déclarait devant l'Assemblée que "seulement" 545 classes étaient concernées. Selon lui, ce chiffre montrait "que pour l'instant, on est dans une gestion de la situation qui ressemble à celle de l'année dernière". Comme le montre l'infographie ci-dessous, les chiffres de 2021 sont tout de même nettement supérieurs à ceux de l'année dernière.

Difficile cependant de réellement comparer ces deux rentrées. Depuis l'année dernière, le protocole sanitaire a été renforcé et les classes ferment donc plus rapidement en 2021 qu'en 2020. La situation épidémique est également différente cette année, à cause notamment du variant Delta, bien plus contagieux que la souche originelle du Covid-19 qui circulait à l'été 2020. La vaccination change également la donne puisque 56% des 12-17 ans étaient complètement vaccinés au 13 septembre.

"La semaine prochaine, on pourra avoir une idée de la situation épidémique", déclare Philippe Amouyel qui fait preuve, en attendant, d'un "optimisme tempéré". "Les signaux préliminaires sont bons et avec l'augmentation de l'immunité dans la population, on a une marge de sécurité", déclare Renaud Piarroux. "Mais est-ce qu'elle suffira à contrer un nouveau rebond? On n'aura pas la réponse aujourd'hui".
Louis Tanca avec Salomé Vincendon