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Covid-19: pas de lien établi après des décès post-vaccin, selon les autorités sanitaires norvégiennes

Un flacon de vaccin Pfizer BioNTech contre le Covid-19 à l'hôpital du Mans, en France, le 15 janvier 2021

Un flacon de vaccin Pfizer BioNTech contre le Covid-19 à l'hôpital du Mans, en France, le 15 janvier 2021 - JEAN-FRANCOIS MONIER © 2019 AFP

La Norvège a souligné ce lundi qu'il n'y avait pas de lien établi entre le vaccin Pfizer/BioNTech et la mort de personnes vaccinées. Le Royaume recommande toutefois une évaluation médicale avant de vacciner les personnes âgées et très fragiles.

Depuis le début de la campagne de vaccination contre le Covid-19 en Norvège fin décembre, le pays scandinave a enregistré 33 décès de personnes âgées ayant reçu une première dose, selon le dernier pointage des autorités.

Toutefois, la Norvège a souligné ce lundi qu'il n'y avait pas de lien établi entre le vaccin Pfizer/BioNTech et ces décès, tout en recommandant une évaluation médicale avant de vacciner les personnes âgées et très fragiles.

Parmi les 13 cas étudiés de plus près pour l'instant, "ce sont tous des gens qui étaient très âgés, fragiles et avaient des maladies graves", a souligné la directrice de l'autorité norvégienne de santé publique, Camilla Stoltenberg, lors d'une conférence de presse.

"Concernant la cause des décès il n'y a pas eu d'analyse", a-t-elle également précisé. "Le plus important c'est de se souvenir qu'il y a 45 personnes qui meurent chaque jour dans les établissements médicalisés en Norvège. Donc ce n'est pas établi qu'il y ait une surmortalité ou que ce soit lié aux vaccins", a souligné la responsable sanitaire.

Recommandations plus strictes

Après le signalement de décès, la Norvège a toutefois reprécisé ces derniers jours sa recommandation d'une évaluation médicale avant l'administration du vaccin à une personne très fragile ou en fin de vie, comme c'est déjà le cas dans d'autres pays.

"Ce n'est pas impossible qu'une partie de ceux à qui on propose la vaccination soient si fragiles (...) que ça ne vaut pas la peine de les vacciner car ils peuvent potentiellement voir leur état se dégrader à cause des effets secondaires normaux", a émis Camilla Stoltenberg.

L'autorité norvégienne du médicament avait suscité des inquiétudes en fin de semaine dernière en affirmant que des effets secondaires habituels des vaccins à ARN messager, tels que la fièvre et la nausée, pouvaient "avoir contribué à une issue fatale chez certains patients fragiles" dans le pays.

"Les rapports pourraient montrer que les effets secondaires courants des vaccins à ARNm, comme la fièvre ou les nausées, auraient pu conduire à la mort de certains patients fragiles", avait déclaré Sigurd Hortemo, médecin responsable de l'Agence norvégienne des médicaments, cité par Norway Today.

Pas d'inquiétude affichée en France

Ces annonces, scrutées dans l'Hexagone, n'inquiètent pas outre-mesure les autorités sanitaires françaises.

"Il faut bien avoir conscience que, malheureusement c'est inéluctable, chaque jour, il y a de très nombreux décès dans les maisons de retraite et dans les Ehpad, spécifiquement en France de l'ordre de 400, en Norvège, de l'ordre, si on rapporte à la population, plusieurs dizaines", a rappelé ce lundi matin Alain Fischer sur RTL.

Pour le professeur, chargé par le gouvernement de coordonner la stratégie vaccinale en France, il n'est pas possible d'imputer directement le décès de ces patients norvégiens à la vaccination contre le Covid-19.

"Lorsqu'il y a des événements de décès qui surviennent dans la journée qui suit une vaccination, ils pourraient en théorie être dus à la vaccination mais ils ont une beaucoup plus grande probabilité d'être dus à une évolution naturelle de la vie et des maladies que présentent ces gens. Les informations que nous avons sont que ces personnes étaient extrêmement faibles, avaient de multiples comorbidités, certaines étaient en soins palliatifs donc ce sont beaucoup d'éléments qui laissent penser plutôt que le vaccin n'est pas impliqué", a assuré l'immunologue.

Et le "Monsieur Vaccin" français de préciser que ces annonces sont prises au sérieux et analysées, en plus des autorités norvégiennes, par leurs homologues européennes et françaises. "Je pense qu'il faut simplement poursuivre la vigilance et remettre dans le contexte ces événements, et certainement pas pour l'instant modifier quoi que ce soit à une politique de vaccination qui est hautement bénéfique", a conclu Alain Fischer sur ce sujet.

"Faire la part des choses"

Des assertions approuvées par Joëlle Micaleff-Roll, pharmacologue à l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM), chargée du suivi national des effets indésirables du vaccin Pfizer contre la Covid-19.

"Il faut faire la part des choses entre ce qui est un événement, c'est-à-dire qui peut survenir indépendamment de toute prise de médicament, ou ce qui peut être relié à ce médicament et donc à l'effet que l'on a", a-t-elle expliqué ce lundi matin sur BFMTV.
"Au sein des Ehpad en France, il y a par jour 450 décès et plus de 1000 hospitalisations (...). Donc on voit bien que indépendamment de la situation Covid, puisque les chiffres que je viens de vous donner c'est sur les années 2018 - 2019, donc ça ne concernait pas ni l'année 2020 et a fortiori l'année 2021 qui n'est pas finie, on voit bien que ces chiffres sont très importants pour la population de ces patients fragiles dont on sait qu'elles ont porté un lourd tribut hélas lors de l'épidémie Covid", a insisté la professeure en pharmacologie.

En France, lors de la semaine précédant le 14 janvier, troisième de la campagne de vaccination, six effets indésirables graves ont été recensés par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) après administration du vaccin Comirnaty de Pfizer/BioNTech. Tous ont favorablement évolué. En outre, une trentaine de cas d'effets indésirables non graves en lien avec ce vaccin ont par ailleurs été enregistrés dans la base nationale de pharmacovigilance.

Pfizer et BioNTech se veulent rassurants

Pfizer et BioNTech ont indiqué lundi à l'AFP "travailler avec l'agence norvégienne du médicament pour réunir toutes les informations pertinentes", en rappelant que la campagne de vaccination norvégienne a commencé par les personnes âgées vivant dans des établissements médicalisés.

"La plupart d'entre eux sont très âgés avec des maladies et certains sont en phase terminale", a souligné Pfizer.

Selon le dernier pointage disponible, plus de 48.000 personnes ont été vaccinées en Norvège, sur une population de 5,4 millions d'habitants.

Clarisse Martin avec AFP