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Covid-19: comment le laboratoire Moderna a développé son vaccin en seulement deux jours

Photo d'illustration réalisée le 16 novembre 2020 à Paris : une seringue et un flacon avec une étiquette Moderna / vaccin Convid-19

Photo d'illustration réalisée le 16 novembre 2020 à Paris : une seringue et un flacon avec une étiquette Moderna / vaccin Convid-19 - JOEL SAGET © 2019 AFP

Grâce à une nouvelle technologie appelée ARN messager, les scientifiques ont rapidement pu, par ordinateur, séquencer des brins d'instructions génétiques afin de lutter contre la maladie.

Lors de son allocution mardi dernier, Emmanuel Macron l’a assuré: le début de la campagne de vaccination contre le coronavirus pourrait commencer dès décembre ou janvier pour les personnes les plus fragiles et le personnel hospitalier. Moins d’un an après l’explosion de la pandémie de Covid-19 d’abord en Asie, puis en Europe, et enfin dans le reste du monde, l’apparition si rapide de plusieurs modèles de vaccins est une réponse à un défi sanitaire intense, relevé par plusieurs laboratoires.

Parmi les laboratoires engagés dans cette course figure Moderna, qui a récemment communiqué sur une protection actuellement efficace à 94,5% contre le coronavirus. La société américaine a déposé ce lundi une demande d'autorisation aux États-Unis et en Europe pour son vaccin, qui a été développé en deux jours seulement.

ARN messager

Comme le signale le laboratoire sur son site officiel, les autorités chinoises ont diffusé le 11 janvier dernier la séquence génétique du nouveau coronavirus. Dès le 13 janvier, d'après sa chronologie, l'équipe de recherche de Moderna, associé aux Instituts américains de la santé (NIH), a finalisé la séquence de son vaccin à ARNm-1273.

Comment expliquer un délai si court? Afin de gagner un temps précieux, la société s’est appuyée sur l'ARNm, ou plus simplement ARN messager. À l’inverse des vaccins traditionnels, qui ont pour but d’entraîner notre organisme à répondre à la maladie, cette technologie innovante, jusque là jamais utilisée dans la vie réelle, s'appuie sur des brins d'instructions génétiques appelées ARN messager, qui dictent à nos cellules ce qu'il faut fabriquer, en l'occurrence ici un antigène spécifique au Covid-19.

"Donc le vaccin a été fait en deux jours, sur ordinateur, sans jamais avoir le virus. C’est ça qui est extraordinaire: avec notre technologie, nous n’avons pas besoin des cellules du virus pour travailler, ni de passer des mois en usine avant de démarrer des essais cliniques", expliquait en mars le PDG de Moderna, Stéphane Bancel, dans les colonnes de Libération. À titre de comparaison, il avait fallu vingt mois pour démarrer les essais cliniques du vaccin contre le Sras.

Plusieurs mois d'essais cliniques

Logiquement, ces deux jours sont un délai bien trop court pour finaliser le vaccin. Une fois l’ARNm-1273 séquencé, il a fallu fabriquer les premiers lots et obtenir les autorisations des autorités sanitaires américaines afin de procéder aux premiers tests de la protection. La première phase a débuté le 16 mars passé.

"Le premier essai clinique d’un vaccin contre le nouveau coronavirus a débuté dans l’État de Washington, l’un des plus touchés par la pandémie aux Etats-Unis, pays qui dénombre à ce jour près de 7 800 cas et 118 morts. Le vaccin expérimental est testé sur 45 patients sains, âgés de 18 à 55 ans, qui vont recevoir deux injections intramusculaires à vingt-huit jours d’intervalle", détaillait encore Stéphane Bancel en mars.

Après une seconde phase, une troisième a récemment pris fin, avec des résultats très encourageants, cette fois-ci sur une cohorte de plus de 30.000 personnes, dont la moitié environ ont testé le vaccin, l'autre un placebo.

Sur 196 participants à cet essai clinique qui sont tombés malades, 185 étaient dans le groupe placebo et 11 dans le groupe de personnes vaccinées, selon les résultats dévoilés par Moderna - et aucune des personnes vaccinés n'a développé de forme sévère du Covid, a précisé Séphane Bancel ce lundi sur BFMTV.

160 millions de doses pour l'Europe

En ce qui concerne une mise sur le marché des vaccins, Moderna a annoncé ce lundi demander une autorisation aux États-Unis et en Europe. Sur le Vieux-continent, c'est l'Agence européenne des médicaments qui doit autoriser sa diffusion, en analysant les données cliniques complète du laboratoire.

L'Union européenne a conclu un accord avec Moderna pour la fourniture de 160 millions de doses, a indiqué à la mi-novembre la présidente de la Commission, Ursula van der Leyen. La biotech américaine a également signé avec le Canada, le Japon, Israël, le Royaume-Uni... Sans compter les 100 millions de doses promises début août aux États-Unis.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV