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Covid-19: comment Emmanuel Macron a changé d'avis sur la levée des brevets des vaccins

Le président Emmanuel Macron visite un centre de vaccination contre le Covid-19 à Paris le 6 mai 2021

Le président Emmanuel Macron visite un centre de vaccination contre le Covid-19 à Paris le 6 mai 2021 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

A la surprise générale, le président de la République a finalement annoncé être favorable à la levée des propriétés intellectuelles, quelques heures après que Joe Biden a ouvert la voie.

Le revirement est aussi soudain qu'inattendu. Jeudi, alors qu'il inaugurait le plus grand vaccinodrome parisien situé porte de Versailles, dans le XVe arrondissement de la capitale, Emmanuel Macron a surpris son monde en assurant qu'il était "tout à fait favorable à ce que la propriété intellectuelle soit levée" sur les vaccins anti-Covid. "Oui nous devons évidemment faire de ce vaccin un bien public mondial", a ajouté le président de la République.

L'influence de Biden

Ces derniers mois, ce dernier s'était montré inflexible à ce propos, et avait estimé à plusieurs reprises que le "bon débat", "le débat utile", ne devait pas d'abord porter sur la question des brevets, mais sur "le transfert de technologie et la mobilisation des capacités de production".

Cette nouvelle prise de position peut toutefois s'expliquer par les récentes déclarations du nouveau président des États-Unis, Joe Biden. Plus tôt dans la semaine, le tombeur de Donald Trump s'était de son côté montré favorable à la levée des protections de propriété intellectuelle pour les vaccins contre le Covid-19, afin d'accélérer la production et la distribution des précieux sérums à travers le monde.

"Il a changé d’avis, et celui qui l’a fait changer d’avis, c’est Joe Biden qui la veille a surpris en prenant cette mesure extraordinaire compte tenu de circonstances extraordinaires. Cela hérisse les laboratoires, car ils vont voir disparaître la propriété intellectuelle de leurs vaccins, mais la demande était portée par une soixantaine de pays dont l’Afrique du Sud ou l’Inde et à laquelle s’étaient toujours opposés les occidentaux dont Emmanuel Macron", rappelle Matthieu Croissandeau, éditorialiste politique à BFMTV.

Ouvrir à tous?

Pourtant, dans la nuance, Emmanuel Macron ne s'était jamais montré entièrement contre la levée des brevets.

"Il y a un changement, personne ne peut le contester, mais cela mérite de la nuance. En juin 2020, lors d’un sommet sur la vaccination, Emmanuel Macron est le premier à parler d’un bien mondial. Le vaccin est hypothétique mais son idée à l’époque est de passer par un soutien financier à la recherche et à la diffusion afin qu’il soir abordable pour tous", rembobine Matthieu Croissandeau.

Le 23 avril dernier pourtant, ce même Emmanuel Macron s'était dit opposé à la levée immédiate de la propriété intellectuelle, expliquant une nouvelle fois que le sujet n'était pas celui-là mais celui du transfert de technologie. "Ce que j'ai dit simplement, ce qui est une réalité, c'est qu'aujourd'hui, vous avez un goulot d'étranglement, ce qui rend difficile l'accès au vaccin", rappelait-il ce jeudi.

Une réticence qui avait trouvé un appui dans les faits et déclarations de proches et ministres du gouvernement actuel, dont Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l'Industrie, qui avait repris les propos du chef d'Etat.

"Par la suite, la France va s'opposer plusieurs fois à la levée des brevets, à Bruxelles ou les députés macronistes votent contre lors d’un vote symbolique et devant l’OMC, où il était proposé par une soixantaine de pays", rappelle Matthieu Croissandeau, qui ajoute que de futurs alignements avec Joe Biden sont à prévoir. "Il y a des risques, ce n’est pas le 'Sleepy Joe' qu’on redoutait, il renverse la table, il est en train de ringardiser Emmanuel Macron."

L'importance du brevet

Que devrait changer la levée de ces fameux brevets? Pour l'heure, les entreprises privées comme publiques déposent des brevets pour interdire ou limiter l'utilisation par des tiers. Dans le cas des vaccins contre le Covid-19, les laboratoires ont donc protégé leurs secrets de fabrication pour éviter une reproduction illicite.

La levée des brevets serait avant tout symbolique. Quand bien même les fabricants de vaccins jouaient le jeu en révélant tous leurs secrets de fabrication, la chaîne d'assemblage des vaccins est très complexe et demande d'importants investissements. C'est particulièrement vrai pour les vaccins ARN messager dont une stricte chaîne du froid à -70°C doit être maintenue pour assurer la production. Aujourd'hui, peu de sites dans le monde ont les moyens de le faire et construire un nouveau site prendrait des mois, sans compter les homologations indispensables pour assurer la bonne réalisation du vaccin.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV