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Covid-19: après une deuxième vague brutale, le spectre d'un reconfinement

Des équipes médicales s'occupent d'un patient dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Lariboisière, le 14 octobre 2020 à Paris

Des équipes médicales s'occupent d'un patient dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Lariboisière, le 14 octobre 2020 à Paris - LUCAS BARIOULET © 2019 AFP

"Le mois de novembre sera éprouvant" et "le nombre de morts va continuer d'augmenter", a notamment déclaré le Premier ministre Jean Castex.

L'espoir de traverser l'automne sans casse est balayé: en quinze jours, la France a brutalement basculé dans la 2e vague du Covid-19, une situation prévisible selon des experts, qui ne permet plus d'exclure des reconfinements.

"Le mois de novembre sera éprouvant" et "le nombre de morts va continuer d'augmenter", a résumé le Premier ministre Jean Castex, à la lumière d'une situation hospitalière déjà tendue et alors que le nombre de nouveaux cas positifs détectés, qui annoncent les hospitalisations et les décès de demain, a dépassé les 41.000 en seulement 24h, un nouveau record.

Interventions déprogrammées, transferts de malades

Avec plus de 200 entrées en services de réanimation chaque jour, et plus de 150 décès quotidiens, qui ont porté le bilan total des morts à plus de 34.000, "la situation hospitalière (...) se rapproche de celle observée au cours de la première vague, après la mi-mars 2020", a relevé de son côté Santé publique France.

Interventions déprogrammées, transferts de malades entre régions, saturations dans les services... Les hôpitaux et leurs personnels craignent de revivre la crise du printemps. Mais à l'afflux de patients Covid-19 s'ajoutent les pathologies respiratoires ou cardiaques et les viroses, comme la grippe, plus fréquentes en automne et en hiver.

Depuis un mois, les mesures de restrictions sanitaires, égrenées chaque semaine, sont pourtant allées crescendo. Mais comme une course sans fin, les indicateurs de circulation du virus ont continué en parallèle de s'aggraver, conduisant jusqu'au couvre-feu pour 54 départements et la Polynésie, soit 46 millions d'habitants concernés, du Pas-de-Calais aux Pyrénées-Orientales.

De 77.980 nouveaux cas positifs entre les 28 septembre et 4 octobre, on est passé à 122.169 la semaine suivante, puis à 168.772 la semaine dernière.

L'épidémie est repartie cet été

"Ce qui a changé, depuis quinze jours, alors qu'on était sur une maîtrise de l'épidémie et que les courbes commençaient à s'infléchir, c'est que tout à coup on a assisté à une (courbe) exponentielle", a exposé jeudi le ministre de la Santé Olivier Véran, devant des députés.

Tout en restant prudent, le ministre a évoqué l'hypothèse d'un "refroidissement" du climat sur toute l'Europe, qui aurait poussé "les gens (à se) regrouper à l'intérieur et moins à l'extérieur". Mais pour l'épidémiologiste Dominique Costagliola (Inserm), le gouvernement a trop tergiversé à la fin de l'été.

"L'épidémie a commencé à reprendre à partir de la semaine 29 (13 juillet) chez les jeunes, ça a bougé chez les plus de 40 ans à partir de la 2e quinzaine d'aout. En septembre, c'était clair que c'était inexorable. On a raté cette occasion", assure-t-elle à l'AFP.

"Cette grande tendance de fond on la connaît depuis le mois d'août", a aussi relevé, sans écarter une aggravation à cause du froid, l'épidémiologiste de l'Institut Pasteur Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique qui guide le gouvernement. "C'était là qu'on aurait pu se poser la question de mesures plus fortes mais en septembre comme on ne voyait rien, c'était très peu audible", a-t-il ajouté sur BFM.

"Des mesures beaucoup plus dures"

Le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, prédisait des "décisions difficiles" dès le 9 septembre, alors que la France détectait près de 10.000 nouveaux cas en 24 heures. "Mais il ne s'est rien passé", souligne Dominique Costagliola, pour qui le gouvernement aurait aussi dû être "plus clair" sur le télétravail et avoir une véritable stratégie de dépistage.

Fallait-il donc agir plus vite, mais prendre le risque, du coup, de freiner la reprise économique encore plus tôt et de plomber à nouveau la vie sociale? Le 15 octobre sur France 2, Olivier Véran avait mis en avant les fortes contestations suscitées par les contraintes imposées aux restaurateurs à Marseille: "lorsqu'il y a deux ou trois semaines, j'ai annoncé un certain nombre de mesures de restrictions, l'acceptabilité, le niveau de préparation sociale, sociétale, n'était peut être pas celui qu'il est aujourd'hui".

Face aux critiques de plus en plus fortes de l'opposition, le gouvernement espère que les couvre-feux vont permettre de diminuer le taux d'incidence, avec des "premiers signes, un frémissement" espérés dès la semaine prochaine. Mais Jean Castex n'a pas exclu d'"envisager des mesures beaucoup plus dures ".

"Les mesures qu'on prend aujourd'hui ne vont pas permettre de contrôler ce qui se passe à l'hôpital dans trois semaines. Je ne sais pas s'il sera possible d'éviter le reconfinement, je ne suis pas très optimiste", souligne Dominique Costagliola. Et d'ajouter: "On peut se dire que c'est le cas dans toute l'Europe. C'est une maigre consolation".
S. V. avec AFP