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Covid-19: après le million de vaccinés, la crainte d'une pénurie de doses

Alors que les listes d'attente s'allongent pour recevoir un vaccin, deux laboratoires ont déjà annoncé des retards de livraison, faisant craindre un ralentissement de la campagne vaccinale. Certains médecins tirent la sonnette d'alarme.

Alors que la campagne vaccinale en France est, depuis son lancement, critiquée pour sa lenteur, le million de personnes vaccinées a été franchi samedi. "1,008.720 personnes ont ainsi été vaccinées parmi les publics prioritaires définis par les autorités sanitaires", écrit le ministère de la Santé dans son point quotidien.

Mais des retards dans les livraisons de doses, alors que les listes d'attente pour se faire vacciner courent déjà jusqu'à mars, laissent penser que les chiffres augmenteront plus difficilement dans les prochains jours.

"On a un vrai problème de stock"

"On a un vrai problème de stock de vaccins", s'alarme par ailleurs ce dimanche sur BFMTV Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France, et ce alors que les demandes sont nombreuses. "La vraie question c'est les stocks, tout le monde se bagarre aujourd'hui pour avoir des vaccins", abonde Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine).

Plusieurs personnes, faisant partie des individus prioritaires à la vaccination, n'ont pu obtenir qu'un rendez-vous de vaccination dans plusieurs semaines, voire mois, quand ils y arrivent. "Je suis à l'Hotel Dieu (Paris), on a plein de gens qui viennent spontanément, qui ne prennent pas rendez-vous, qui n'arrivent pas à prendre rendez-vous. On ne peut pas dire qu'il faut se faire vacciner et de l'autre côté que ça ne réponde pas", lance Patrick Pelloux, qui dénoncé une "situation explosive" et va même jusqu'à affirmer "qu'on est pas à l'abri d'émeutes pour se faire vacciner".

"On a à peu près 1,5 million de vaccins pour une cible entre 5 et 6 millions, statistiquement on a 50% d'adhésion: donc on va se retrouver dans une situation où on ne peut pas vacciner tout le monde à cet instant T", explique Benjamin Davido, ajoutant que "la vaccination ça se fait sur plusieurs semaines, plusieurs mois".

Nous vaccinons "au rythme auquel les vaccins arrivent"

Après le laboratoire Pfizer, c'est AstraZeneca qui a annoncé des retards dans ses livraisons en Europe, où il n'est pas encore autorisé, en raison d'une "baisse de rendement" sur un site de fabrication, a indiqué vendredi soir le groupe britannique. Et moins de doses sur le moment signifie fatalement, moins de personnes vaccinées rapidement.

Le gouvernement français a toutefois décidé de ne pas remettre en cause son plan de vaccination à cause de ces délais tardifs de livraison, a assuré samedi la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher. "Nous avons de nouveaux vaccins qui arrivent, nous avons Pfizer qui augmente ses capacités de production", a-t-elle déclaré sur France Inter.

"Nous vaccinons les personnes par priorité, au rythme auquel les vaccins arrivent, soit deux millions aujourd'hui", explique ce dimanche dans Le Parisien le ministre de la Santé Olivier Véran, rappelant que "le public ultra-prioritaire reste les plus de 75 ans".

La campagne vaccinale a en effet été mise entre parenthèses pendant quelques jours pour certains, note Agnès Ricard-Hibon, directrice du Samu 95, sur BFMTV. Elle explique qu'un "frein d'urgence" a été imposé à la vaccination des soignants, afin de privilégier d'autres individus à risque. L'ensemble des soignants de plus de 50 ans ou présentant des comorbidités, soit les plus fragiles, font en effet partie de la liste des personnes prioritaires pour le vaccin.

Des doses repoussées pour les soignants

"Ce qui a été demandé, c'est de décaler les deuxièmes doses des soignants d'une semaine", explique Agnès Ricard-Hibon. La deuxième dose, normalement prévue 21 jours après la première, sera donc réalisée à 28 jours. Mais "à la question: y aura-t-il assez de doses dans une semaine pour vacciner, la réponse a été: 'il n'y a pas de stock de sécurité, il n'y a pas de dose cachée, toutes les doses qui sont livrées sont utilisées. On fait le pari qu'il y aura assez de doses pour vacciner cette deuxième dose des soignants à 28 jours'", rapporte la médecin.

La Haute Autorité de Santé se dit favorable à un allongement du délai jusqu'à 42 jours, dans un avis cette semaine, afin de vacciner plus massivement les personnes à risque avec seulement une première dose. Mais tous les professionnels de santé n'adhèrent pas à cet écart poussé entre les deux vaccins, notamment car la première dose est moins protectrice seule, mais aussi parce qu'ils préfèrent suivre les recommandations de Pfizer, qui conseille 21 jours entre les deux vaccins.

Agnès Ricard-Hibon rappelle que les soignants sont en première ligne face au virus, et que si trop de soignants tombent malades - faute de vaccin ou de protection suffisante avec une seule dose - les hôpitaux seront en difficulté. Or, "on sait dans cette épidémie que le facteur limitant c'est les capacités hospitalières de prendre en charge les patients".

En attendant plus de doses de vaccin, "il faut avoir une certaine résilience, une certaine patience qui est extrêmement difficile je le concède", déclare Benjamin Davido, ajoutant "qu'un million [de personnes vaccinées], c'est insuffisant. Aujourd'hui il y a 15 à 20 millions de Français qui sont susceptibles de faire une forme grave", et pour que la stratégie vaccinale ait de réelles retombées sur le pays, plus de personnes doivent être vaccinées.
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV