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Coronavirus: pourquoi les chiffres annoncés chaque jour fluctuent-ils autant?

Image d'illustration - Hôpital de Levallois-Perret le 9 avril 2020

Image d'illustration - Hôpital de Levallois-Perret le 9 avril 2020 - LUCAS BARIOULET / AFP

La semaine dernière, le nombre de morts du coronavirus annoncé chaque jour dans les bilans de la Direction générale de la santé a fluctué de quelques dizaines à plusieurs centaines de décès.

Depuis une semaine, le nombre de personnes mortes chaque jour des suites du coronavirus en France varie entre quelques dizaines et plusieurs centaines. Après l'annonce de 96 morts samedi soir, dimanche dans son point quotidien, la Direction générale de la santé a annoncé que 483 personnes étaient décédées du Covid-19 depuis le bilan de samedi. Un chiffre important et donc potentiellement inquiétant en plein déconfinement, alors que la peur d'une seconde vague du coronavirus persiste.

"Depuis le 1er mars, nous déplorons 28.108 décès liés au COVID-19 (+ 483), 17.466 décès dans les hôpitaux et 10.642 décès dans les établissements sociaux et médico-sociaux", explique le communiqué de dimanche.

Le chiffre entre parenthèses représente le nombre de morts supplémentaires depuis le dernier bilan donné, 24 heures plus tôt, en l'occurrence 96. Mais cet écart important d'un jour à l'autre tient plus à un problème de transfert des données qu'à une hécatombe dominicale. 

Selon les informations qu'a pu obtenir BFMTV, la semaine dernière, certains Ehpad (Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) n'avaient pas immédiatement remonté leurs informations sanitaires aux autorités, ce qui a entraîné un cumul factice sur une même journée. Le chiffre de 483 morts ne représente donc pas le nombre de décès du Covid-19 dimanche, mais sur plusieurs jours.

Sollicitée par l'AFP, la Direction générale de la santé (DGS) n'a pas été en mesure de donner de raison à cette hausse importante, en indiquant seulement que tous les bilans quotidiens procédaient d'une "actualisation des données transmises par les ARS (agences régionales de santé) à Santé publique France", l'agence sanitaire nationale.

De précédentes fluctuations dans les chiffres

Ces derniers jours, les chiffres des Ehpad avaient fait l'objet de plusieurs corrections a posteriori, témoignant de la difficulté à collecter et faire remonter ces données. Ce qui pourrait expliquer les grands écarts de chiffres annoncés la semaine dernière: vendredi 104 morts supplémentaires annoncés depuis le bilan de la veille, jeudi 331, mercredi 83, mardi 348...

Les lundis par exemple, le nombre de morts annoncé est presque systématiquement plus conséquent que ceux donnés le weekend. Contactée sur cette montée subite des bilans en début de semaine, la DGS répond à BFMTV.com que: "depuis le début de l’épidémie il existe des variations selon le jour de la semaine. En effet, comme il s’agit de remontées humaines, il y a moins de déclaration le weekend. Souvent ces déclarations sont décalées au lundi et mardi".

Il peut en effet être difficile de faire remonter les données de tous les établissements du pays à la DGS en 24 heures. Ainsi, les premiers chiffres concernant les morts du coronavirus donnés en mars étaient en bonne partie sous-estimés, car les données des Ehpad n'étaient pas comptabilisées, alors même que plusieurs établissements alertaient sur la propagation meurtrière du coronavirus dans leurs structures.

A partir du 2 avril, des premiers chiffres ont été remontés des Ehpad, concernant progressivement de plus en plus d'établissements. Ainsi, si début avril, le nombre de morts dans les Ehpad concernait à peine 10% du nombre total de morts recensés du Covid-19, selon les derniers bilans, c'est près de 40% du nombre des décès qui est survenu dans ces établissements.

Les morts à domicile difficiles à comptabiliser

Ces chiffres nationaux, s'appuyant sur les données remontées par les hôpitaux et les structures médico-sociales, restent encore inexacts. Le nombre de personnes mortes à domicile du coronavirus pourrait en effet venir alourdir le bilan français de cette pandémie.

"Entre 2019 et 2020, l’Insee enregistre environ 6300 décès supplémentaires à domicile entre le 1er mars et le 27 avril. Cette croissance des décès à domicile suit pour partie la géographie de l’épidémie", explique un rapport de l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) sur la mortalité totale en France.

Si cette partie n'est pas encore affichée dans les bilans quotidiens, c'est notamment parce qu'il faut vérifier que les personnes décédées soient mortes des suites du coronavirus. Car comme l'explique très clairement l'Insee, les 6300 décès supplémentaires enregistrés par rapport à 2019 ne sont pas forcément à attribuer au coronavirus. "Nous n’aurons de la visibilité sur cette information que lorsque les données du CépiDc (Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès) concernant la mortalité en ville seront consolidées", explique à BFMTV.com la DGS.

"Cette analyse des causes de décès des morts à domicile et dans les autres lieux pendant la durée de l’épidémie reposera sur les données issues de la certification des décès, procédure hélas peu dématérialisée, ce qui explique que les données quotidiennes de la Direction générale de la santé ne puissent pas en faire état à ce jour", explique également l'Insee.
Salomé Vincendon