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Coronavirus: pourquoi les morts au sein des Ehpad ne sont pas comptabilisés dans les bilans

Image d'illustration - Une personne âgée tenant le bras d'une aide-soignante dans un établissement EHPAD parisien

Image d'illustration - Une personne âgée tenant le bras d'une aide-soignante dans un établissement EHPAD parisien - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

En pleine pandémie de coronavirus, les EHPAD, accueillant des personnes âgées particulièrement vulnérables, déplorent depuis quelques jours plusieurs morts. Mais ces décès ne sont pas comptabilisés pas dans les bilans quotidiens du gouvernement.

Chaque soir, le Directeur Général de le Santé Jérôme Salomon donne le bilan de la pandémie de Covid-19. Selon les derniers chiffres datés de lundi, la France compte 19.856 personnes contaminées et 860 morts. Mais ces décès pourraient être sous-estimés, car certains ne sont pas comptabilisés, notamment ceux des EHPAD (Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes).

Comme le note CheckNews, Jérôme Salomon parle depuis quelques jours du nombre de morts à déplorer "en milieu hospitalier". Sous le nombre de décès quotidiens, Santé Publique France, qui comptabilise chaque jour le nombre de personnes touchées par le nouveau coronavirus, précise également que ces chiffres sont établis "à partir des données remontées quotidiennement des hôpitaux SI-VIC (un plateforme de regroupement des données, nldr)".

"Ces établissements ne sont pas reliés au système"

Pourtant, les cas de décès dans les EHPAD inquiète. En trois jours, le nombre de morts dans l'EHPAD de la Fondation Rothschild à Paris est passé de 5 à 16, et un EHPAD de Cornimont (Vosges) déplore 20 morts "en lien possible avec le Covid-19", ont annoncé lundi l'Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est et la préfecture des Vosges. En Haute-Marne, dans le Bah-Rhin ou encore dans le Doubs, d'autres établissements ont annoncé plusieurs morts.

"Ces établissements ne sont pas reliés au système qui permet de faire le lien avec les hôpitaux, ce qui complique les remontées d’informations. Par ailleurs, certaines personnes vivant dans des Ephad sont hospitalisées quand elles sont malades, quand d’autres demeurent sur place", explique à Check News à l'Agence Régionale de Santé.

Face à un manque critique de masques de protection et à la multiplication des cas de décès, les EHPAD ont pourtant tiré la sonnettes d'alarme vendredi, redoutant la mort de 100.000 personnes âgées à cause du coronavirus.

Difficile de savoir si ces décès sont liés au Covid-19

Le manque de dépistages dans les EHPAD nuit également à la comptabilité de potentiels malades. Ainsi, à Thise (Doubs), l'Ehpad compte 15 victimes qui présentaient les symptômes du coronavirus. N'étant pas systématiquement testées, il n'est pas possible de lier officiellement ces décès au virus. "Il y a une vingtaine de personnes qui ont encore de la température, on est dans une situation d'attente et d'inquiétude", a déclaré à l'AFP le maire de la commune, Alain Loriguet. 

"C'est difficile de savoir si ces décès sont liés (à l'épidémie) car, comme partout en France, on ne dépiste plus systématiquement les nouveaux cas", explique un porte-parole de cet établissement. "Les deux premiers cas sont testés, et à partir du moment où la présence du Covid-19 est confirmée, on ne fait plus de tests", confirme Olivier Obrecht, directeur général adjoint de l'ARS Bourgogne-Franche-Comté.

Il est donc difficile d'établir un nombre exact de décès liés au coronavirus actuellement.

Des règles strictes pour les EHPAD

Avec des résidents très vulnérables, les EHPAD sont particulièrement à risque face au coronavirus, qui fait majoritairement des victimes parmi les personnes âgées. Ces établissements ont mis en oeuvre depuis plusieurs semaines de strictes "mesures-barrières"pour bloquer l'entrée du virus: visites supprimées, prise de température, gel hydroalcoolique et masques.

"C'est d'autant plus compliqué pour ces malades qui ne comprennent pas qu'il faut porter un masque et rester confinés dans leur chambre. On ne peut pas les enfermer", souligne Eric Lacoudre, directeur de l'établissement d’hébergement pour personnes âgée dépendantes Le Bosquet de la Mandallaz.
Salomé Vincendon avec AFP