BFMTV

Coronavirus: les morts à domicile, autre zone d'ombre du bilan?

Chaque soir, la direction générale de la Santé communique le nombre de morts en milieu hospitalier. Depuis quelques jours, c'est aussi le cas pour les Ehpad. Mais sans prendre en compte les personnes qui meurent à domicile, le bilan communiqué au jour le jour est forcément incomplet.

Chaque soir, c'est devenu un triste rituel. En général par la voie de Jérôme Salomon, la direction générale de la Santé communique le nombre de morts en France en lien avec le coronavirus. Mais si ce décompte dénombre les morts en milieu hospitalier, ainsi que dans les établissements sociaux type Ehpad, les morts à domicile, sans passer par une hospitalisation, ne sont pas mentionnés.

Mais les chiffres de l'Insee, publiés ce vendredi, laissent à penser que cela pourrait représenter un nombre non-négligeable de morts. En effet, en mars, la mortalité à domicile, sans en préciser les causes, a augmenté de 9,8% en France par rapport à l'année dernière. Ces chiffres ne permettent pas de faire un lien direct avec l'épidémie du coronavirus. Mais ils montrent un pic dans les régions Ile-de-France et Grand-Est. Egalement les zones les plus touchées par le Covid-19.

Jérôme Salomon a tenu à apporter une précision sur ces chiffres, ce samedi soir, lors de son bilan quotidien, assurant que "les décès qui sont déclarés à l'Etat civil sont tous les décès".

"Quand vous décédez à l'hôpital, dans une institution ou à la maison, ça arrive forcément à la mairie. Donc c'est là que l'Etat civil recense l'ensemble des décès qui lui sont adressé. Les chiffres de l'Insee sont bien des mortalités toutes causes et tous lieux confondus. Cette augmentation est réelle. Je l'ai citée, elle est très importante en semaine 14 au niveau national. Il y a 10 régions et 40 départements qui sont en excès, 7 départements qui ont un excès exceptionnel. On aura un jour la part des décès survenus à l'hôpital, que je donne, ceux survenus en institution et le delta qui correspond aux décès en ville, à domicile", a-t-il poursuivi. 

Le dépistage post-mortem pas systématique 

La méthodologie du décompte des morts est à l'origine de ce bilan sans doute incomplet. En France, contrairement à l'Italie par exemple, le dépistage post-mortem n'est pas systématique. Une personne non testée, morte en Ehpad ou à domicile, ne sera jamais comptabilisée dans les bilans des morts du Covid-19. De fait, le Haut conseil à la santé publique expliquait dans un avis daté du 24 mars ne pas "recommander de réaliser un test de diagnostic d’infection par le SARS-CoV-2 chez les personnes décédées". 

"Les gens qui décèdent chez eux, on n’en a aucune idée, on ne les voit pas", admettait au Monde David Heard, de l’ARS Ile-de-France. Mais selon Santé Publique France, citée par le quotidien du soir, "on ne meurt pas du Covid-19 brutalement, c’est une maladie qui évolue en plusieurs jours et les hôpitaux sont encore en mesure d’accueillir les cas graves".

Le bilan du nombre de morts à la suite d'une épidémie est toujours approximatif. Et demande du temps pour pouvoir analyser l'ensemble des données. Difficile donc de donner, au jour le jour, un chiffre reflétant l'exacte réalité. Une fois l'épidémie derrière nous, il sera plus simple d'établir un chiffre plus exact, en prenant notamment en compte les certificats de décès, comme c'est le cas pour la grippe saisonnière ou une canicule.

Ivan Valerio