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Chloroquine: des dizaines de scientifiques expriment leurs "inquiétudes" sur l'étude du Lancet

Le directeur d'un laboratoire pharmaceutique syrien fait l'inventaire de ses stocks d'hydroxychloroquine (illustration)

Le directeur d'un laboratoire pharmaceutique syrien fait l'inventaire de ses stocks d'hydroxychloroquine (illustration) - LOUAI BESHARA / AFP

Dans une lettre ouverte, ces cliniciens, statisticiens et chercheurs remettent en cause la méthodologie de cette enquête qui conclut que l'hydroxychloroquine peut s'avérer néfaste pour traiter les patients atteints du Covid-19.

Des dizaines de scientifiques ont publié une lettre ouverte exprimant leurs "inquiétudes" sur les méthodes de la vaste étude parue dans The Lancet, évoquant l'absence d'"examen éthique" et des problèmes d'intégrité des données.

Le retentissement de cette étude a "conduit de nombreux chercheurs à travers le monde à examiner minutieusement, en détail, la publication en question", écrivent les auteurs de la lettre ouverte publiée jeudi soir. "Cet examen a soulevé à la fois des inquiétudes liées à la méthodologie et à l'intégrité des données", soulignent-ils avant de faire une longue liste de points problématiques, du refus des auteurs de donner accès aux données à l'absence d'"examen éthique".

Notant que la médiatisation autour de cette étude a provoqué "une inquiétude considérable chez les patients et les participants" aux essais cliniques, ils appellent à la mise en place par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou une autre institution, "indépendante et respectée", d'un groupe chargé de mener une analyse indépendante des conclusions de l'étude.

L'intégrité de la recherche en question

Parmi les signataires de cette lettre ouverte se trouvent des cliniciens, des statisticiens et autres chercheurs du monde entier, de Harvard à l'Imperial College de Londres, mais aussi le Français Philippe Parola, collaborateur du Pr Didier Raoult à Marseille, promoteur français de l'hydroxychloroquine qui a largement contribué à populariser ce traitement. 

"J'ai des doutes sérieux sur les bénéfices d'un traitement à la chloroquine/hydroxychloroquine contre le Covid-19 et j'ai hâte que cette histoire se termine, mais je crois que l'intégrité de la recherche ne peut pas être invoquée uniquement quand un article ne va pas dans le sens de nos préconceptions", a commenté sur Twitter le Pr François Balloux, du University College de Londres. Aussi, "c'est avec le coeur lourd que j'ai ajouté mon nom à la lettre ouverte", a-t-il ajouté.

Suspension temporaire de la molécule pour traiter le coronavirus

Parue le 22 mai, l'étude se fonde sur les données de quelque 96.000 patients hospitalisés entre décembre et avril dans 671 hôpitaux, et compare l'état de ceux qui ont reçu le traitement à celui des patients qui ne l'ont pas eu. Elle conclut que la controversée hydroxychloroquine ne semble pas être bénéfique aux malades du Covid et pourrait même être néfaste.

La publication de l'étude du Lancet la semaine dernière a conduit l'OMS à suspendre "temporairement", par précaution, l'inclusion de nouveaux patients dans les essais cliniques avec l'hydroxychloroquine, menés avec ses partenaires dans plusieurs pays. Et la France a décidé de bannir la molécule pour traiter le Covid-19.

Mélanie Rostagnat avec AFP