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Les zones d'ombre de l'étude "The Lancet", très critique à l'égard de l'hydroxychloroquine 

Le quotidien britannique The Guardian a notamment relevé que des données sur des patients issus d'un hôpital australien se trouvaient en réalité être celles d'un établissement hospitalier localisé en Asie.

C’est une étude qui a été jugée suffisamment alarmante pour que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) suspende l'inclusion de nouveaux patients dans les essais cliniques avec l'hydroxychloroquine. Vendredi dernier, la revue britannique The Lancet a dévoilé une étude qui concluait que le traitement par hydroxychloroquine ou par la chloroquine n’apportait pas de "bénéfice" thérapeutique aux patients, et que ces traitements étaient associées à une augmentation de la mortalité. Cette même étude a poussé le gouvernement français à stopper la dérogation permettant son utilisation en milieux hospitaliers. Pourtant, celle-ci n’est pas exempte de toute critique. 

  • Un hôpital asiatique dans les chiffres australiens

Les travaux de recherche ont porté sur l’analyse des données d'environ 96.000 patients infectés par le coronavirus admis dans 671 hôpitaux entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020, sortis ou décédés depuis. Environ 15.000 d'entre eux ont reçu quatre combinaisons différentes à base de chloroquine et d'hydroxychloroquine. Résultat, cette "première étude à large échelle" a montré une "preuve statistique robuste" que ces traitements "ne profitent pas aux patients du Covid-19", selon les mots de son auteur principal, le docteur Mandeep Mehra.

Mais les données de certains hôpitaux ont depuis été remises en cause. Comme le relève le Guardian, celles sur les patients australiens ont montré une incohérence, voire une erreur. 

Les conclusions de l’étude indiquent avoir eu accès à “cinq hôpitaux enregistrant 600 patients australiens contaminés au Covid-19 et 73 décès australiens au 21 avril”. Or, l'université Johns Hopkins ne comptait à cette date que 67 morts. 

Le département fédéral de la santé australien a depuis confirmé au Guardian que leurs données de surveillance des maladies n’avaient effectivement pas servi pour l’essai.

Il s’agissait en réalité de chiffres issus d’un hôpital en Asie, qui a été “accidentellement” placé dans les résultats australiens, a fait savoir le docteur Sapan Desai, également auteur de l’étude.

Les détracteurs de l’étude s’interrogent donc sur de possibles erreurs dans les données d’autres établissements hospitaliers.

  • Critères d'inclusion "flous"

Par ailleurs, Checknews rapportait récemment que l’étude du docteur Mandeep Mehra a été réalisée de façon “rétrospective” et non selon “un protocole de recherche interventionnel”. Une méthode tout à fait assumée par l'auteur, qui expliquait dans sa publication avoir procédé à une analyse de registres. Toutefois les critères de sélection de patients ne sont pas clairement expliqués selon le collectif “Covid-19 Laissons les médecins prescrire”, critiquant dans un communiqué des “critères d’inclusion flous”. 

Enfin, les partisans de l’antipaludique n’ont pas manqué de souligner que Mandeep Mehra avait reçu des fonds de société “financièrement concernés par les retombées médicales d’un traitement ou d’un vaccin”, rappelle Ouest-France, citant notamment le géant pharmaceutique Bayer.

Autant d’éléments qui ne permettent pas, pour l’heure, de clore définitivement la controverse autour de l’hydroxychloroquine.

Esther Paolini