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Ces raisons qui poussent l'exécutif à ne pas reconfiner l'Île-de-France

La population parisienne, profitant du soleil au jardin des Tuileries à Paris, le 23 février 2021, malgré l'épidémie de covid-19

La population parisienne, profitant du soleil au jardin des Tuileries à Paris, le 23 février 2021, malgré l'épidémie de covid-19 - ALAIN JOCARD © 2019 AFP

Malgré la saturation des hôpitaux franciliens, l'exécutif semble avoir fait le choix d'attendre encore avant de reconfiner la région parisienne.

Alors que plusieurs médecins ont alerté ces derniers jours sur la situation épidémique préocuppante dans la région Île-de-France, craignant notamment que les hôpitaux arrivent à saturation, la mise en place d'un confinement sur ce territoire semble toujours écartée par les autorités.

"Le confinement de l'Île-de-France n'est pas d'actualité", déclarait mardi sur RTL le Directeur Général de la Santé Jérôme Salomon. "C'est une mesure de dernier recours qui ne sera proposée au gouvernement et au chef de l'État que si nous avions l'impression que l'hôpital ne pourrait pas tenir".

· Les hôpitaux franciliens résistent encore

"On est en train de se noyer tout doucement", "les systèmes sont saturés", déclaraient dès la semaine dernière des médecins d'hôpitaux franciliens, appelant à l'ouverture de plus de lits et à de nouvelles restrictions pour freiner la hausse du nombre de cas. Depuis, le nombre de personnes en réanimation a franchi la barre des 1000 patients, avec un taux d'occupation des lits au-dessus des 90%.

Pour contenir cette envolée, l'Agence Régionale de Santé a demandé que 40% des opérations non vitales soient déprogrammées, pour libérer des lits en Île-de-France. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé de son côté mercredi un "certain nombre d'évacuations sanitaires dans les jours qui viennent de patients hospitalisés, notamment en Île-de-France", où la "situation est préoccupante".

"Nous sommes en très forte tension, nous libérons des lits (...) et nous suivons la situation jour après jour", a assuré Jérôme Salomon.

En choisissant de reconfiner le département du Pas-de-Calais, mais pas la région Île-de-France, l'exécutif s'était exposé à des critiques, certains élus dénoncant une politique du deux poids deux mesures. Mais dans les faits actuellement, la tension hospitalière est bien plus forte dans le département des Hauts-de-France (113,5% d'occupation des lits) qu'en région parisienne.

· Des départements compliqués à isoler

La situation en Île-de-France n'est toutefois pas homogène. "Il y a trois départements où ça continue à augmenter en terme d'incidence, c'est la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et la Seine-et-Marne. Sur les autres départements on a vraiment une dynamique qui s'est complètement calmée", expliquait mercredi sur BFMTV Martin Blachier, médecin épidémiologiste, président de Public Health Expertise.

Or, confiner seulement un département de cette région très dense en terme de population s'avère un exercice bien trop complexe selon les autorités sanitaires.

"La Seine-Saint-Denis c'est toute l'Île-de-France parce qu'il y a de telles interactions sociales entre un département francilien et un autre que mettre en place des mesures le week-end en Seine-Saint-Denis ça voudrait dire les mettre en place dans toute l'Île-de-France", déclarait vendredi dernier le ministre de la Santé Olivier Véran. "Or si cela pouvait se discuter dans le département de la Seine-Saint-Denis, dans un certain nombre de départements limitrophes ce n'était pas indispensable à ce stade," a-t-il souligné.

· Un coût psychologique et économique

"Le confinement de l'Île-de-France était extrêmement redouté par beaucoup d'élus. Les Franciliens, pour beaucoup, ont passé le cap de l'acceptation", assurait la semaine dernière sur BFM Paris Jean-Philippe Dugoin-Clément, maire UDI de Mennecy (Essonne) et vice-président de la région Île-de-France. "C'est quelque chose que nous craignons énormément, tant d'un point de vue économique, que sociologique, que du point de vue de la santé mentale des Franciliens".

En un an, il a été plusieurs fois souligné que la mesure très restrictive qu'est le confinement est un facteur d'anxiété qui peut avoir de lourdes conséquences sur la santé mentale des Français, notamment dans les zones urbaines, comme l'Île-de-France, où une grande partie de la population vit dans des espaces réduits. Côté économique, "l'Île-de-France est une plaque tournante, on n'est pas tout à fait comme à Dunkerque", a souligné Anne Genetet, députée LaRem des Français établis à l'étranger, selon France Info. L'élue a évoqué le "poumon économique" que représente ce territoire.

"Si on confine l'Île-de-France le week-end, on sait très bien qu'il y en a certains qui pourront la quitter et pas d'autres. Et là on crée des inégalités", a également déclaré sur notre antenne mardi Sacha Houlié, député LaRem de la Vienne, ajoutant que "les gens en ont marre et on ne peut pas leur reprocher (...) on est obligé de prendre en compte le degré d'acceptabilité ou le seuil de patience".

· Les élus pas favorables

De nombreux élus franciliens, comme la maire de Paris Anne Hidalgo, ont déjà dit de leur côté, et à plusieurs reprises, leur désaccord avec la mise en place d'un confinement le week-end. Or le gouvernement a établi toute sa politique de mise en place des restrictions en assurant des concertations avec les élus locaux. Sans désirer forcément un confinement, des élus du Pas-de-Calais avaient par exemple réclamé des mesures plus fortes dans sur leur territoire, face à la propagation de l'épidémie.

"Éviter ce reconfinement c'est la meilleure chose qui pouvait arriver", appuie Jean-Philippe Dugoin-Clément. "Sur la région nous [les élus d'Île-de-France] avions demandé à ce que ce soit vraiment le dernier recours. Mainenant cela nécessite de poser la question d'avancer beaucoup plus vite sur la vaccination, sur les tests, la traçabilité et l'isolement également".

· Des moyens de compenser le non-confinement

En absence de confinement, sur les zones les plus touchées par le Covid-19 en Île-de-France, le choix qui a été fait, c'est la "surveillance active", expliquait vendredi dernier Olibier Véran, "d'aller tester massivement, d'alerter massivement, d'avoir des démarches d'aller vers les populations en Seine-Saint-Denis pour les aider à accéder à la vaccination lorsqu'elles sont éloignées et donc de gagner encore du temps sur ce virus et cette épidémie".

"Il faudrait dépister massivement dans ces départements, très probablement aller distribuer des tests aux gens pour qu'ils puissent se tester en disant aux gens que s'ils sont positifs ils restent chez eux", abonde Martin Blachier.

44.000 doses de vaccin supplémentaires ont été distribués à la région ces derniers jours, et une vaste campagne de vaccination a par exemple eu lieu ce week-end.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV