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Une étude pointe les limites du renouveau chez les candidats En Marche

Un panneau électoral avec l'affiche d'une candidate investie par La République en marche.

Un panneau électoral avec l'affiche d'une candidate investie par La République en marche. - Pascal Guyot - AFP

Le Cevipof a étudié le profil de tous les candidats investis par La République en marche pour les législatives. Il en ressort que de nombreux candidats issus de la "société civile" ont déjà été sensibilisés à la politique d'une manière ou d'une autre. L'étude note aussi une surreprésentation des classes professionnelles supérieures parmi ces prétendants à l'Assemblée.

Parité hommes-femmes, candidats issus de la société civile, plutôt jeunes... La République en marche a très tôt mis en avant sa volonté d'engager un renouveau politique, qui devait être porté en particulier par les candidats investis aux législatives. Une étude du Cevipof, le centre d'études politiques de Sciences Po, a analysé le profil de ces candidats, et les résultats montrent que cette mission n'est qu'en partie remplie.

Au total, 529 candidats ont été retenus sur 19.000 prétendants à l'investiture. Dans cette liste, on trouve une parité réelle entre hommes et femmes, qui sont respectivement 262 et 267, comme le précise l'étude du Cevipof. Cependant, la proportion est différente parmi les novices et parmi les candidats ayant déjà eu une expérience en politique. Les femmes sont présentes en plus grand nombre (67%) parmi les nouveaux, alors qu'elles ne sont que 43% chez les candidats ayant déjà eu ou ayant actuellement un mandat. L'âge moyen est de 47 ans, 48 chez les hommes et 46 chez les femmes précisément. Les novices sont sensiblement plus jeunes (44 ans en moyenne), que les candidats politiquement expérimentés (51 ans).

Sur le plan du genre et de l'âge, La République en marche a donc tenu ses engagements. Sur d'autres plans, les choses se compliquent.

Définition ambiguë du terme "société civile"

Dans son étude, le Cevipof relativise tout d'abord le concept même de "société civile". Pour une raison simple: la définition employée par le mouvement du président de la République fait l'impasse sur de possibles proximités politiques ou des adhésions à des partis, puisqu'elle se concentre principalement sur l'idée qu'un mandat politique ait été exercé ou non. 

"Elle fait alors l’impasse sur les phénomènes de socialisation politique qui ont pu déclencher l’acte de candidature à des élections législatives, décision qui n’est pas anodine et révèle une volonté d’engagement qui peut trouver ses racines dans des parcours marqués, sinon par des candidatures, du moins par des proximités professionnelles au monde politique ou par des adhésions militantes", précise le Cevipof, qui a analysé les mandats qu'ont pu exercer les candidats, mais qui a aussi calculé le "niveau de politisation" de chacun. 

35% seulement sont de vrais "novices" en politique

Sur la question des mandats, les chiffres parlent d'eux-mêmes: 222 candidats en ont exercé ou en exercent un. Parmi eux, 25 députés, 32 conseillers régionaux, mais aussi 76 maires, notamment. Pour ce qui concerne le "niveau de politisation", calculé de 0 à 5, seulement 35,5% des candidats au total se situent à 0, et n'ont en effet jamais été politisés.

"On prend en compte ici le fait d’avoir détenu au moins une fois un mandat électif, d’avoir été candidat à une élection, même sans être encarté, ou d’avoir participé à des appareils politiques comme conseiller, d’avoir été membre de cabinets ministériels, d’avoir été nommé au Conseil économique, social et environnemental ou d’avoir des responsabilités dans des établissements publics locaux", précise l'étude, pour expliquer sa méthode de calcul.

Des membres de la société civile anciens assistants parlementaires

Un tiers des novices n'ayant jamais été élus ont en revanche été socialisés politiquement au cours de leur parcours. Plusieurs candidats se présentant comme issus de la société civile, parce qu'ils sont par exemple chefs d'entreprises, ont en outre été assistants parlementaires. Cette "socialisation politique" concerne plusieurs profils de candidats et plusieurs types de professions. 

"Un certain nombre de gérants ou de directeurs d’entreprises privées sont également membres des organismes consulaires tels que les chambres de commerce ou d’industrie, des médecins sont les responsables du Samu départemental, des agriculteurs sont des dirigeants d’associations professionnelles et les cadres territoriaux, du fait de leurs fonctions, par exemple, de directeurs des services municipaux, sont en contact étroit avec les autorités politiques", fait valoir l'auteur de l'étude, après analyse. 

68,6% issus des classes supérieures

En ce qui concerne le profil professionnel et social des candidats, l'étude met en avant une absence d'ouverture ou de réelle diversification. 

"Le renouvellement du personnel politique ne passe pas seulement par le recrutement de candidats qui n’ont pas d’expérience électorale. Il implique également une ouverture et une diversification de leur recrutement social afin que les élus ne puissent plus être considérés comme les représentants d’une oligarchie qui s’auto-reproduit. Sur ce terrain, le renouvellement n’a pas eu lieu, bien au contraire", peut-on lire dans le document. 

Parmi les candidats, plus de 17% sont chefs d'entreprise, de PME et TPE principalement. 20% sont cadres supérieurs ou dirigeants d'entreprises, 12% sont issus de professions libérales. Les candidats issus de classes supérieures représentent 68,6% des effectifs, ceux des classes moyennes 23% et ceux issus des classes populaires 8,5% seulement. La situation est encore plus contrastée chez les novices. Seul point positif, un équilibre entre les candidats issus du secteur privé et ceux venant du secteur public. 

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- © Capture d'écran Cevipof

Effets secondaires de la recherche d'un renouveau

En conclusion, l'étude souligne les effets secondaires de la tentative de renouvellement portée par La République en marche. "La recherche de nouveaux profils a renforcé une fermeture sociale que les partis politiques traditionnels avaient pu compenser par l'organisation de carrières au sein de leurs appareils qui permettaient à des candidats d’origine modeste de progresser sur le plan social", pointe le document, qui prévient:

"Cette fonction de mobilité sociale ascendante par la politique pourrait être remise en cause par la généralisation d’un recrutement direct ne profitant qu’à des personnes déjà suffisamment dotées en ressources sociales pour tenter l’aventure électorale". 

Charlie Vandekerkhove