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Stéphane Gatignon déplore le manque d'ambition d'Emmanuel Macron pour les banlieues

Stéphane Gatignon, ex-maire de Sevran, regrette: "rien de très concret", dans ce discours d'une heure et demie du président de la République.

Après le discours fleuve d'Emmanuel Macron, la déception. "L'esprit de synthèse est important, il y a des formules intéressantes, mais il ne m'a pas convaincu", tranche Stéphane Gatignon, ex-maire de Sevran, cette commune de Seine-Saint-Denis qu'il a administrée pendant plus de 17 ans avant de jeter l'éponge et de démissionner. "Il n'y a rien de très concret", abonde-t-il après l'intervention d'une heure et demie du président de la République sur les difficultés des banlieues et après la remise d'un nouveau "plan Borloo", par l'ex-ministre de la Ville. Un rapport que certains disaient enterré avant même d'avoir été présenté.

Stéphane Gatignon a pointé le problème principal de ces quartiers qui cumulent des difficultés sociales, d'emploi, de logement, de services publics, d'éducation.

"Il y a un rapport parlementaire qui a été publié par vos collègues du Monde vendredi dernier qui dit qu'en Seine-Saint-Denis, il y a moins de police, il y a moins de justice, qu'il y a moins de tout et, on n'aborde pas ça en premier. On n'est même pas dans la question de ce rattrapage là, déjà. Comment on va faire", s'interroge-t-il.

Et de dénoncer le manque de moyens chronique des maires en proie à toutes sortes de difficultés et qui "ne peuvent financer" l'effort demandé. "Les communes ont été oubliées. Comment monter une politique si tu fais pas gaffe aux communes? Les maires, je peux en parler tranquillement maintenant, se tapent ça au quotidien. Il y a eu ces derniers jours, un peu, une remise en cause des maires. J'ai entendu dire: 'Oui, ils veulent une crèche pour se faire réélire.' Il faut arrêter de dire n'importe quoi. Ce sont des gens (ces commentateurs, NDLR) qui sont dans ce sérail de l'Elysée aujourd'hui."

Quid "des crèches", des "décrocheurs", des "emplois aidés"?

Dans le détail, l'ex-élu relève les distorsions très grandes qui existent entre ce que préconisaient le "plan Borloo" et ce qu'à exposé Emmanuel Macron lors de son intervention. Il déplore ainsi que le système imaginé pour financer les places en crèches soit finalement revu à la baisse. Exit donc le financement "par les excédents de la CAF" laissant "un reste à charge de 1.300 euros aux communes". Stéphane Gatignon rappelle "qu'une place en crèche en fonction coûte entre 11 et 12.000 euros" par an.

"Il (Emmanuel Macron, NDLR) a raison de finir en disant que l'enjeu, c'est les mamans, mais à un moment, c'est important dans les rapports hommes femmes pour la mère de famille d'avoir un lieu d'accueil pour les enfants, de sortir du quartier, de retourner travailler", donnant pour le coup raison au président d'employer le mot d'"émancipation".

Concernant les associations, c'est également la douche froide. Les ambitions qui étaient de financer "quel que soit le sport" ne semblent là aussi plus d'actualité, laissant la préséance au "foot et à la boxe". Stéphane Gatignon s'inquiète aussi de la disparition des emplois aidés. "C'est ce qui permet de tourner, complète-t-il. En Seine-Saint-Denis, il y a 550 matches de foot par semaine. Demain s'il n'y a plus ça (les contrats aidés, NDLR), qu'est-ce que ça va donner?"

"On n'a pas la même vision du terrain"

A propos des 30.000 stages de troisième annoncés par le président, l'ancien maire Stéphane Gatignon modère là aussi son enthousiasme: "Ça va dans le bon sens, mais excusez moi, par rapport à l'immensité de ce qu'il y a à faire..." L'ancien maire de Sevran aurait aimé qu'on parle aussi des "décrocheurs". "On n'a pas la même vision du terrain et de ce qui s'y passe", déplore-t-il.

Stéphane Gatignon est-il déçu? "Non". Mais il ajoute aussitôt qu'il "attentait un discours très politique, qui redonne confiance" et qu'il ne l'a pas eu. Peut être les précisions quant à la mise en oeuvre desdites mesures seront-elles données en juillet, veut croire l'ancien premier magistrat de Sevran.

David Namias