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Banlieues: Macron n'annonce pas de plan et garde ses distances avec les propositions de Borloo

Le président a vanté dans un discours fleuve un "changement de méthode" mais aussi une "politique pour tous les territoires" et pas seulement les plus défavorisés.

"Je ne vais pas vous annoncer un plan banlieue ou un plan ville, car cette stratégie est aussi âgée que moi". Le suspens n'aura pas duré bien longtemps. Dès le début de son discours ce mardi, pour présenter des mesures sur les banlieues, Emmanuel Macron a enterré l'idée d'un Plan Marshall pour les quartiers défavorisés, alors qu'il avait confié à Jean-Louis Borloo la tâche de lui remettre un rapport sur cette question. Cette méthode "a apporté des choses" mais "on est au bout" de ce que cela a pu produire, et "aujourd'hui poursuivre dans cette logique est poursuivre dans l'assignation à résidence, la politique spécialisée" et "je n'y crois pas", a martelé le président de la République. 

"Deux mâles blancs qui ne vivent pas dans les banlieues s'échangent un rapport, l'autre disant 'on m'a remis un plan, je l'ai découvert...' non, ça ne marche plus comme ça", a-t-il prévenu.

Borloo "très satisfait" du discours

Ceux qui ces derniers jours craignaient un enterrement du plan Borloo peuvent donc dire qu'ils avaient raison, car la cérémonie a eu lieu en quelques minutes ce mardi à la mi-journée. L'exécutif avait envoyé des signaux laissant peu de place au doute, l'Elysée prévenant notamment qu'il n'y aurait pas "un avant et un après rapport Borloo", ni un "avant et un après 22 mai". "Ce n'est pas à Borloo de décider", affirmait aussi Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, jeudi sur LCP. 

Remis en avril, le plan de l'ancien ministre de la Ville avait été très bien accueilli par les élus de banlieue, très mobilisés autour de sa rédaction. Intitulé Vivre ensemble - vivre en grand la République, il appelle à une "réconciliation nationale" avec notamment une relance de la rénovation urbaine, à l'arrêt dans de nombreux quartiers, même si le financement promis par l'exécutif a été doublé à 10 milliard d'euros. A l'issue du discours, le principal intéressé s'est dit "très satisfait" des annonces du président de la République.

"Tous les sujets du rapport ont été cochés", a estimé Jean-Louis Borloo à l'AFP. Après c'est un art de l'exécution, a-t-il ajouté". 

"Je veux m'engager sur une philosophie"

Lors du discours fleuve du président - plus d'une heure trente avec des improvisations - il n'a pas été question de budget ce mardi. Avec une première partie très axée sur le domaine sécuritaire, Emmanuel Macron a déroulé de nombreuses idées déjà annoncées par le passé: l'expérimentation de la police de sécurité du quotidien dans 30 quartiers notamment, et le déploiement de 1.300 policiers dans les quartiers les plus difficiles. Sur l'éducation, il a évoqué le dédoublement des classes de CP mais aussi Parcoursup, la nouvelle plateforme d'orientation post-bac.

"Je veux m'engager sur une philosophie et une méthode", a-t-il affirmé, éludant la question de l'application concrète de ces dizaines de propositions pour n'aborder que le calendrier. Une politique qu'il veut pour "tous les territoires" et pas seulement pour les banlieues.

"Rien de très concret"

"Il ne m'a pas convaincu", a réagi Stéphane Gatignon, l'ancien maire écologiste de Sevran, interrogé sur notre antenne après le discours.

"Il n'y a rien de très concret", a-t-il déploré, citant plusieurs propositions du plan Borloo qu'il regrette de ne pas avoir annoncées par Emmanuel Macron. "Il faut qu'on travaille tous ensemble mais il faut le faire bien", a-t-il ajouté. 

Même déception pour le député communiste de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu.

"Jean-Louis Borloo n'est pas parti en vrille ou dans une aventure solitaire", mais "a répondu à la lettre de mission extrêmement claire d'Emmanuel Macron de décembre, et fabriqué un consensus autour des attentes de terrain", a déclaré l'élu à l'AFP. "Il y a un risque de balkanisation de la République" et pour l'éviter, "cela ne pourra pas se faire avec des demi-mesures", a-t-il prévenu, regrettant que le président "s'obstine dans sa logique des premiers de cordée".

Une "logique de premier de cordée"

Dans un communiqué, Stéphane Troussel, le président du département de Seine-Saint-Denis, regrette quant à lui que le président ait "posé un lapin" aux banlieues et juge ses annonces "très décevantes".

Son discours "sur la politique de la ville est un formidable hors sujet avec son lot de déceptions et de caricatures, mais sans aucun acte fort", estime-t-il. 

"Macron vient de liquider le plan Borloo dans un long stand-up d'un président des riches. Aucune vision stratégique pour un Plan banlieue, aucune annonce de financements comme pour les places en crèche. Les associations écartées et les élus locaux stigmatisés", a aussi dénoncé le député socialiste Luc Carvounas sur Twitter.

"Macron a décidé de laisser les banlieues en plan", a pour sa part estimé le député insoumis Alexis Corbière. 

Charlie Vandekerkhove