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Séparatisme: Jean-Luc Mélenchon ne veut pas ranimer "trois siècles de guerre de religion" en France

Invité ce dimanche de BFM Politique, le député LFI estime que ce qui est visé dans la loi sur les séparatismes préparée par le gouvernement, "c'est l'islam" et "pas autre chose".

Interrogé ce dimanche sur BFM Politique au sujet de la loi contre les séparatismes, qui devrait être présentée d'ici la fin de l'année, le chef de file de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon demande au gouvernement de ne pas toucher à la loi de 1905, sur la séparation des églises et de l'État, mais également d'arrêter de pointer du doigt l'Islam.

D'une part, pour le leader LFI, créer de nouvelles lois à ce sujet est inutile, car il existe déjà un arsenal juridique pour règlementer les abus en matière de religion. Il donne en exemple la possibilité actuelle de fermer des lieux de culte pour cause de radicalisation, ou celle de dissoudre une association qui "porte atteinte à l'intégrité du territoire national".

"Ce qui est visé, c'est l'islam"

Pour le député des Bouches-du-Rhône, avec cette loi, "ce qui est visé, c'est l'islam, ce n'est pas autre chose". Une affirmation que le gouvernement avait déjà démentie: le séparatisme, "ce n'est pas que l'islam radical, mais c'est aussi et principalement l'islam radical parce que c'est la principale menace à l'heure actuelle en France", a déclaré vendredi dernier la ministre déléguée à l'Intérieur Marlène Schiappa.

"Je veux bien admettre que dans l'esprit [d'Emmanuel Macron, NDLR] c'est l'islam intégriste ou politique. Dans ce cas je suis d'accord pour dire que, que ce soit l'islam, le catholicisme ou le judaisme, la religion n'a rien à faire dans la politique", estime-t-il sur notre plateau. Rappelant les principes de la loi de 1905, il ajoute également que "la politique n'a rien à faire dans les religions. Ce n'est pas au gouvernement de dire aux gens comment ils doivent prier (...) ni comment, ni pourquoi".

Fin août, Marlène Schiappa évoquait la possibilité de "renforcer" la loi de 1905, afin de lutter contre les séparatismes, ce qui est une aberration pour notre invité. "Il ne faut surtout pas y toucher, ceux qui veulent y toucher sont ceux qui n'ont pas lu les débats de 1905", prévient l'élu.

"En 1905 on a parlé de tout, y compris 'est-ce que les curés avaient le droit ou pas d'aller en soutane dans les rues' (...) quelqu'un a eu le bon sens de dire 'par pitié ne faisons pas cela, n'allons pas interdire cela, cela va être une pagaille indescriptible'."

"Il ne faut pas mettre le doigt là dedans"

Le risque avec ce nouveau texte, qui n'aura pas réellement d'impact selon Jean-Luc Mélenchon, c'est avant tout de mettre le doigt dans un engrenage qui va créer "une ambiance épouvantable" dans la société française.

Emmanuel Macron "sans doute a de bonnes intentions, mais ce n'est pas des intentions dont on doit discuter", juge Jean-Luc Mélenchon. "La France a eu trois siècles de guerre de religion, il ne faut pas mettre le doigt là dedans, il ne faut pas ranimer cela, si peu que ce soit. On a besoin que tout le monde soit au coude à coude pour faire face à la crise sanitaire. S'il y a des dingos on saura les arrêter".

Également interrogé sur la sortie de députés d'une commission de l'Assemblée nationale à cause du hijab porté par la vice-président de l'Unef (Union nationale des étudiants de France), Jean-Luc Mélenchon pointe du doigt "une double erreur": "La première c'est que la loi ne prévoit pas telle ou telle tenue. Il n'y a pas de police du vêtement. Deuxièmement, c'est le syndicat qui désigne ses dirigeants, ce n'est pas nous. Donc ils choisissent qui ils veulent". Il déplore enfin que ce comportement, ait "tué le contenu de la commission" qui concernait les étudiants. Des regrets similaires à ceux exprimés par la présidente de la commission parlementaire en question, l'élue LaREM Sandrine Mörch.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV