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Présidentielle 2022: le parcours semé d'embûches de Xavier Bertrand

Xavier Bertrand à Saint-Saulve, dans le Nord, le 22 mai 2019

Xavier Bertrand à Saint-Saulve, dans le Nord, le 22 mai 2019 - AFP / François Lo Presti

Devenu de facto candidat putatif de LR après l'effacement de François Baroin, le président des Hauts-de-France aura fort à faire pour rassembler son camp et raviver la flamme de la droite.

Il n'est pas le seul sur la ligne de départ. L'abandon officieux, bientôt officiel, de François Baroin n'a pas purgé la droite des ambitions individuelles qui y pullulent. Xavier Bertrand est toutefois devenu, de facto, le candidat ayant à ce jour les plus solides chances d'incarner une candidature Les Républicains à l'élection présidentielle de 2022.

Face au vide que s'apprête à libérer le maire de Troyes, le vent médiatique a tourné. Dans sa famille politique, également. D'où le déjeuner prévu ce mercredi par le patron de LR, Christian Jacob, avec celui des Hauts-de-France. Premier tête-à-tête en date depuis l'élection du chiraquien à la présidence du parti, en octobre 2019. Les deux hommes n'entretiennent pas des relations chaleureuses. Officiellement, ils vont causer régionales, mais nul doute que le menu inclura d'autres sujets.

Mais avant même de pouvoir s'affirmer en tant que chef de file de son camp, Xavier Bertrand aura plusieurs étapes à franchir. Et pas des moindres.

Gagner les régionales... sans LaREM

"Ma primaire, ça sera le scrutin régional des Hauts-de-France", déclarait-il à La Voix du Nord début août. Manière, pour l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, à la fois de faire de cette élection un marqueur fort de sa capacité à rassembler à une échelle large et de prendre ses distances avec le processus de sélection interne de LR pour 2022.

"Si les gens estiment que je n’ai pas rempli ma mission, il faudra que j’en tire les conséquences", a-t-il récemment renchéri auprès du Monde. "Si je n’obtiens pas la confiance des six millions d’habitants de la région des Hauts-de-France, je ne chercherai pas à gagner celle de 67 millions de Français."

Même s'il en dispose a priori les principales cartes (connaissance du terrain, de ses élus, des attentes d'un électorat frappé par la désindustrialisation), cette "primaire" est loin d'être gagnée. D'abord parce qu'elle surviendra cinq ans après une victoire obtenue dans des circonstances très particulières.

Le 13 décembre 2015, Xavier Bertrand a été élu avec 57,77% des suffrages exprimés face à Marine Le Pen, grâce aux voix provenant de la gauche. Or, ce "front républicain" est aujourd'hui plus friable, quand bien même le Rassemblement national peine à faire émerger une figure capable de réitérer la performance de la patronne.

Qui plus est, les dirigeants de La République en marche sont prêts à tout pour faire vaciller la statue du commandeur nordique. Quitte à envoyer un ministre de poids qui, sans pour autant espérer gagner le scrutin, rognerait dangereusement le socle de Xavier Bertrand. Dans une configuration où le RN serait en position de force au second tour, l'aide apportée par LaREM au président sortant pour qu'il soit réélu pourrait s'avérer décisive. Et vénéneuse.

"Il faudra lui injecter du jaune. S'il gagne grâce à nous face au RN, il dira quoi à ses électeurs pour 2022? Bonne chance à lui", sourit un macroniste de premier plan auprès de BFMTV.com.

Esquiver la primaire LR...

Il y a ensuite la question de la primaire, qui met LR sous tension. Au sein du parti, le pudique terme de "départage" est de mise pour éviter d'éveiller le traumatisme de la précédente présidentielle. Celle où la droite s'est liée au destin de François Fillon par le truchement d'une primaire qui a mobilisé un électorat plus conservateur que la moyenne, masquant l'aversion d'une grande partie des Français pour le programme économique du candidat. Candidat qui, malgré les affaires qui ont ensuite plombé sa campagne, s'est paré de la légitimité induite par la primaire pour justifier son maintien.

La primaire est toujours inscrite dans les statuts de LR. Certains leaders du parti, comme Bruno Retailleau, désirent ardemment qu'elle y reste, quitte à en modifier les règles. Le format intéresse également la présidente de la Région Île-de-France, Valérie Pécresse. Elle a quitté LR mais cherche un ticket d'entrée pour 2022. Rachida Dati avance de moins en moins discrètement ses pions.

De son côté, Xavier Bertrand n'entend participer à aucun prix à un tel scrutin, quelles qu'en soient les conditions. Le risque étant, en cas d'entêtement des pro-primaires, d'aboutir à une double candidature LR. Pour un parti qui plafonne entre 10 et 12% dans les sondages, un tel scénario serait mortifère. Même s'il venait à être éphémère. "Ça va être un poker menteur jusqu'aux régionales. Jacob se chie dessus", résume crument un député LR.

...tout en obtenant le soutien du parti

Si de nombreux cadres de la droite sont soudainement beaucoup plus élogieux vis-à-vis de celui que Nicolas Sarkozy qualifiait de "petit assureur de province", ils s'accordent sur autre chose: pour l'heure, Xavier Bertrand n'a pas les moyens de ses ambitions. Son mouvement, La Manufacture, peine à décoller. "C'est faiblard. Il a ouvert des nouvelles antennes ici et là, mais ça ne pèse pas grand-chose", souffle un élu de poids.

S'il veut défendre les armoiries de LR en 2022, le président de la Région Hauts-de-France aura bien du mal à le faire sans s'appuyer sur le parti, ses moyens et ses militants. Or, pour parvenir à cette greffe, il faudra que sa candidature s'impose - dans les urnes régionales et dans les sondages - et que les militants lui pardonnent son départ tonitruant de décembre 2017, lorsque Laurent Wauquiez a remporté la présidence de LR. Il faudra, autrement dit, une réconciliation qui ne se limite pas aux seuls cadres du mouvements.

D'ailleurs en parlant de Laurent Wauquiez, certaines réconciliations seront beaucoup moins aisées que d'autres. Les deux hommes se détestent et rien ne dit que le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui demeure un des barons de la droite, accepte une paix à l'amiable avec Xavier Bertrand. Surtout s'il est réélu plus confortablement que son homologue des Hauts-de-France en mars prochain.

"Ce qui pourrait changer la donne, c'est le soutien officiel de Guillaume Peltier à Xavier Bertrand", évoque un parlementaire LR. Vice-président du parti, le député du Loir-et-Cher est un proche de l'ancien ministre de la Santé. Il défend sa candidature, comme récemment dans Le Parisien, sans pour autant trop sortir du bois.

"Si Peltier le fait, je vois bien une proposition de rencontre au sommet entre Bertrand et Wauquiez. Bertrand le veut, mais Wauquiez refusera. Il demandera une primaire", poursuit notre élu. Amour vache.

Manque d'espace

Reste, enfin, le principal frein à l'éventuel essor électoral de Xavier Bertrand: le manque d'espace au sein de la droite. Hier avec Édouard Philippe, aujourd'hui avec Jean Castex et Gérald Darmanin, Emmanuel Macron ne cesse de s'adresser à l'électorat LR hostile au Rassemblement national.

Ce travail a porté ses fruits aux européennes de 2019 et, visiblement, continue d'être payant. Selon un sondage Ifop publié le 5 septembre par Le Journal du Dimanche, 43% des personnes interrogées considèrent que le chef de l'État incarne la droite. Xavier Bertrand pointe devant Emmanuel Macron dans cette enquête, mais pâtit de la tenaille dans laquelle se trouve immanquablement l'électorat de droite, dont une grande partie est raccord avec les orientations - notamment économiques - de l'exécutif.

Un motif d'espoir: d'après une autre enquête réalisée par l'Ifop, sept Français sur dix ne veulent pas d'un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Peut-être est-ce dans cet interstice que le héraut autoproclamé de la droite sociale pourra se faire une place. La route pour y parvenir est encore longue.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV