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Révision constitutionnelle: l'Assemblée nationale paralysée par l'affaire Benalla

Richard Ferrand devant le Congrès le 9 juillet 2018.

Richard Ferrand devant le Congrès le 9 juillet 2018. - Ludovic Marin - AFP

L'examen du projet de révision constitutionnelle a été bloqué pendant deux jours et n'a repris que péniblement en fin de matinée.

Depuis jeudi, le quotidien de l'Assemblée nationale est fait d'interruptions de séances et de rappels au règlement. Les révélations en chaîne sur l'affaire Alexandre Benalla, qui ont commencé mercredi soir avec la publication d'un premier article du Monde, ont provoqué un séisme chez l'opposition. En particulier la nouvelle indiquant que Gérard Collomb était au courant dès le 2 mai des violences commises par l'ancien chargé de mission de l'Elysée sur des manifestants le 1er mai. Elle a réclamé la création d'une commission d'enquête et exigé que le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre viennent s'expliquer. Deux commissions ont vu le jour, au Sénat et à l'Assemblée, qui seront chargées d'auditionner plusieurs personnalités sur l'affaire Benalla.

Depuis deux jours, les débats sur le projet de révision constitutionnelle, qui était en cours dans l'hémicycle, étaient par conséquent bloqués. La commission des Lois, dotée des prérogatives d'enquête et présidée par Yaël Braun-Pivet, a annoncé que Gérard Collomb serait auditionné lundi matin à l'Assemblée, alors que certaines voix de l'opposition réclamaient que son audition ait lieu dès ce vendredi. Edouard Philippe, en visite sur le Tour de France, a esquivé en expliquant qu'il s'exprimerait mardi lors des questions au gouvernement, appelant d'ici là à la "responsabilité" face à "l'obstruction parlementaire" et la "récupération politique".

Encore 1470 amendements à examiner

Comme le réclamaient les oppositions, le groupe majoritaire a accepté la publicité de l'ensemble des auditions, sauf dans le cas où un fonctionnaire demanderait le huis clos. Mais la commission, dont les travaux doivent durer un mois, n'a pas été en mesure d'acter la suite du programme. La liste des personnes à entendre fait notamment débat. Les Républicains réclament d'entendre jusqu'au secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, et jusqu'à Christophe Castaner, le délégué général de La République en marche, Les Insoumis demandant impérativement la présence d'Alexandre Benalla, toujours en garde à vue ce samedi alors qu'il devait se marier dans la journée. 

Dans l'hémicycle du Palais Bourbon, la séance devant porter en principe tout le week-end sur la révision constitutionnelle a péniblement repris en fin de matinée par des rappels au règlement, après une suspension pendant la réunion de la commission des Lois. Il reste encore 1470 amendements à examiner sur le projet de loi constitutionnelle, dont plus personne n'ose pronostiquer la fin de l'examen.

"Bordelliser le travail parlementaire"

"Nous devons nous remettre au travail", a plaidé plus tôt sur France Inter Gilles Le Gendre, un vice-président du groupe LaREM, demandant: "Est-ce que nos oppositions veulent bloquer ou non les institutions?" Le député dit avoir senti chez certains membres de l'opposition une "volonté de partir en vacances autant que celle de faire de l'obstruction politique". 

"Le boycott devient un principe de fonctionnement chez vous. Vous voulez bordelliser le travail parlementaire", avait lancé vendredi soir Richard Ferrand, le chef de file des députés marcheurs.

A la majorité, Jean-Luc Mélenchon a répondu dans un entretien au Monde en agitant le spectre de la motion de censure, puisque "le parlement ne peut pas interpeller le chef de l'Etat".

"Le comportement de la majorité est celui d’un avion sans pilote. On dirait que personne ne veut porter le chapeau. Ils sont tétanisés. Ironie de la situation: l’assemblée étudie un texte constitutionnel qui va affaiblir davantage le parlement. Et tout ce que nous dénonçons dans cette réforme constitutionnelle est en train de se vérifier avant même que cette réforme soit en place", a estimé le député insoumis, qui a comparé l'affaire Benalla au Watergate.

Charlie Vandekerkhove avec AFP