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Coronavirus: qui sont les neuf députés français contaminés?

Illustration - l'hémicycle de l'Assemblée nationale - BERTRAND GUAY / AFP

Illustration - l'hémicycle de l'Assemblée nationale - BERTRAND GUAY / AFP - -

Ils sont deux élus marcheurs, deux socialistes, une députée UDI et un député Les Républicains à avoir contracté le nouveau coronavirus. Leur infection coïncide avec les vacances parlementaires, censées courir jusqu'au lendemain des élections municipales.

C'est le cœur de la démocratie française qui se trouve touché par le nouveau coronavirus. En l'espace d'une semaine, six députés ont contracté le Covid-19. Le premier d'entre eux, le LR Jean-Luc Reitzer, est toujours en réanimation dans son fief du Haut-Rhin. Parmi les cinq autres, il y a deux parlementaires La République en marche, deux socialistes et une élue UDI.

Le député Les Républicains est sans doute le cas le plus inquiétant. Âgé de 68 ans, Jean-Luc Reitzer souffrait de "difficultés respiratoires" au moment de son hospitalisation, selon un membre du groupe LR. Les autres sont soit désormais confinés chez eux (c'est le cas pour les deux LaREM), soit encore hospitalisées (c'est le cas pour les deux PS). S'agissant de ces cinq-là, les retours semblent pour l'heure rassurants. 

  • Jean-Luc Reitzer, le vétéran LR

Élu puis réélu sans discontinu dans la 3e circonscription du Haut-Rhin depuis 1988, Jean-Luc Reitzer est l'un des vétérans de cette XVe législature. Il siège à l'Assemblée nationale depuis la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République. Maire de la commune d'Altkirch pendant 34 ans, conseiller général de son département pendant 23 ans, ce parlementaire gaulliste est dans la vie politique active depuis 1977. Une incarnation s'il en est de ce que certains marcheurs qualifient d'"ancien monde". 

Membre de la commission des affaires étrangères, Jean-Luc Reitzer a été réélu pour son 7ème mandat aux législatives de 2017 avec plus de 55% des suffrages exprimés au second tour. Depuis, il s'est surtout illustré en créant la polémique sur le thème de la rémunération des parlementaires. C'était lors d'une séance d'audition de membres de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), 22 mai 2018.

Le député LR s'était agacé en affirmant que "s'il y a beaucoup de députés" qui cumulent leur mandat avec un emploi, "c'est peut-être qu'ils ne sont pas assez bien payés". "J’ai entendu que certains collègues devaient manger des pâtes parce qu’avant ils gagnaient 10.000 ou 15.000 euros et maintenant ils se retrouvent avec 5300 euros", déclarait-il, suscitant l'ire de nombreux internautes. 

  • Élisabeth Toutut-Picard, en pointe sur le glyphosate

Déjà candidate "société civile" sur la liste du LR Jean-Luc Moudenc aux municipales de 2008 à Toulouse, Élisabeth Toutut-Picard a été élue en 2017 dans la 7e circonscription de Haute-Garonne, sur laquelle régnait jadis Lionel Jospin. Implantée dans un département qu'elle connaît bien, elle est membre de la commission développement durable de l'Assemblée nationale.

À ce titre, Élisabeth Toutut-Picard, 65 ans, s'est beaucoup penchée sur les questions relatives à l'usage de produits phyto-pharmaceutiques et à l'alimentation industrielle. Lors des débats autour de la loi Egalim en 2018, la députée LaREM avait voté un amendement - rejeté par le gouvernement - exigeant l'interdiction du glyphosate à l'horizon 2021. 

  • Guillaume Vuilletet, de Chevènement à Rugy

Il est passé de la sphère chevènementiste au Parti écologiste de François de Rugy. Élu pour la première fois député en 2017 en saisissant la vague LaREM (dans le Val-d'Oise), Guillaume Vuilletet n'est pas un novice en politique. Avant de devenir conseiller régional d'Île-de-France en 2004, il a été directeur de cabinet du maire du Kremlin-Bicêtre, à une époque où il s'agissait de Jean-Luc Laurent, un fidèle de Jean-Pierre Chevènement. 

Évoluant donc au sein du Mouvement des Citoyens (devenu MRC en 2003), d'obédience à la fois socialiste et souverainiste (Chevènement était l'un des leaders du camp du "non" au traité de Maastricht), Guillaume Vuilletet a travaillé au ministère de l'Intérieur avant de se rapprocher de la sphère écologiste.

Aujourd'hui âgé de 52 ans, il a intégré Europe Écologie-Les Verts en 2010 puis a rejoint le Parti écologiste de François de Rugy après la scission de 2015. Il est resté proche du député de Loire-Atlantique, devenu président de l'Assemblée nationale en 2017. En tant que parlementaire, Guillaume Vuilletet a particulièrement été en première ligne sur la question des violences conjugales. 

  • Sylvie Tolmont, l'ex-suppléante de Stéphane Le Foll

Première socialiste à contracter le Covid-19, Sylvie Tolmont a occupé le siège de député de Stéphane Le Foll lorsque celui-ci officiait en tant que ministre de l'Agriculture de François Hollande, de 2012 à 2017. Native du Mans, elle a temporairement perdu son mandat de parlementaire après la défaite du PS à la présidentielle et aux législatives. 

C'est lorsque Stéphane Le Foll a récupéré la mairie du Mans en juin 2018 que Sylvie Tolmont a retrouvé son siège à l'Assemblée nationale. Durant ce gap d'un an, Sylvie Tolmont a eu quelque démêlés numériques avec la Marlène Schiappa. En décembre 2017, lorsque la secrétaire d'État en charge de l'Égalité Femmes-Hommes a reçu le Prix spécial laïcité du Grand Orient de France, la députée PS a "liké" le tweet d'un militant révélant la scolarisation des enfants de la ministre dans une une école privée du Mans. "Vive la laïcité pour les autres", pouvait-on y lire.

Dans la foulée, Sylvie Tolmont a dévoilé un texto envoyé par Marlène Schiappa dans lequel celle-ci la qualifiait d'"inculte, méprisable, aigrie" et mettait son "like" sur le compte de son "incapacité" à avoir elle-même des enfants. 

  • Michèle Victory, à la poursuite des groupuscules d'extrême droite

Professeure d'anglais, la socialiste Michèle Victory, 61 ans, a accédé à la députation pour la première fois en 2017. Suppléante d'Olivier Dussopt, élu dans la 2ème circonscription de l'Ardèche, elle a pris sa suite en décembre 2017 lorsque l'ancien proche de Martine Aubry a été nommé secrétaire d'État à Bercy auprès de Gérald Darmanin. 

Au Palais-Bourbon, Michèle Victory est membre de la commission des affaires culturelles et d'éducation. Elle a co-dirigé une mission d'information sur la réglementation de l'usage du cannabis, ainsi qu'une mission flash sur les quotas de chansons francophones à la radio.

En mai 2019, son nom a fait la une de l'actualité lorsque sa permanence ardéchoise, à Annonay, a été la cible de dessins antisémites, notamment une croix gammée. Quelques mois auparavant, Michèle Victory avait intégré une commission d'enquête parlementaire sur la lutte contre les groupuscules d'extrême droite en France. Commission dont le rapport a été publié en juin 2019

  • Maina Sage, premier cas en Polynésie française

La députée UDI d'Outre-mer a annoncé avoir été contaminée mercredi, après avoir eu des premiers symptômes lundi. Son état de santé est "correct". La semaine dernière, elle participait, aux côtés du ministre de la Culture Franck Riester à la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale.

"Quand j'ai vu que Franck Riester était touché, j'ai tout de suite accéléré la procédure car j'étais en contact avec lui juste avant de partir (...) Je suis quasi certaine que ça vient de là", a-t-elle déclaré à Polynésie 1ère.

Âgée de 45 ans, Maina Sage a été élue pour la première fois à l'Assemblée nationale en 2014, en succédant ainsi à Édouard Fritch, l'actuel président de la Polynésie française. Consultante en communication de formation, elle participe à la vie politique de l'île depuis près de 20 ans.

  • André Chassaigne, le tribun communiste

Comme Jean-Luc Reitzer, il est un des vétérans de l'Assemblée nationale. André Chassaigne, 69 ans, est le patron des députés communistes depuis bientôt huit ans. Il a été pour la première fois élu député de la 5e circonscription du Puy-de-Dôme en 2002. Comme Jean-Luc Reitzer aussi, il est élu local depuis la fin des années 70. 

Hospitalisé au CHU de Clermont-Ferrand, le président du groupe GDR a écrit dans son communiqué avoir été mis en "chambre d'isolement pour quelques jours avant d'être confiné" à son domicile pour deux semaines. "Je suis en pleine forme, sans aucun problème de santé. En quelque sorte, un simple repos forcé!", ajoute-t-il.

Membre de la commission de la Défense du Palais-Bourbon, André Chassaigne est bien connu à la fois des parlementaires et des journalistes chargés de les couvrir. À l'instar de Jean-Luc Mélenchon, mais dans un style différent, le député du Puy-de-Dôme s'est fait une spécialité des interventions enflammées à la tribune.

  • Sandrine Mörch, marcheuse opposée à la loi "anti-casseurs"

Membre LaREM de la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale, Sandrine Mörch planchait encore la semaine dernière sur le projet de loi portant sur l'audiovisuel public. Un texte porté par le ministre de la Culture Franck Riester, récemment diagnostiqué positif au coronavirus alors même qu'il venait d'assister aux nombreuses séances de discussion du texte. 

Députée de la 9e circonscription de Haute-Garonne, cette ancienne journaliste de 58 ans avait battu l'insoumis Manuel Bompard lors des élections législatives de 2017 à Toulouse. Depuis, elle s'est à plusieurs reprises distinguée de la majorité, notamment lors de l'adoption de la proposition de loi "anti-casseurs" en février 2019.

Sandrine Mörch faisait partie des 50 parlementaires qui se sont abstenus lors du vote de ce texte déposé à l'origine par le patron des sénateurs Les Républicains, Bruno Retailleau, et approuvé par le gouvernement pour faire face à la crise des gilets jaunes. Quelques mois plus tard elle a apporté sa signature, comme d'autres députés issus de l'aile gauche de LaREM, à une tribune appelant à la répartition des migrants sur le territoire français en fonction de la pénurie de main d'œuvre.

  • Raphaël Gérard, LaREM impliqué sur la bioéthique

L'un de ses amendements avait fait polémique lors de la discussion en première lecture, en septembre dernier, du projet de loi relatif à la bioéthique. Député LaREM de Charente-Maritime, Raphaël Gérard avait proposé d'ajouter la phrase suivante à l'article 1er du texte, qui porte sur la procréation médicale assistante (PMA): "L’assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à un projet parental."

De quoi provoquer un tollé dans les rangs Les Républicains après l'adoption de l'amendement. Très présent durant ces débats, Raphaël Gérard est un pur produit de cette XVe législature - sans engagement politique préalable, il a rejoint LaREM en 2017 en tant que candidat "société civile" à la députation. Diplômé d'histoire de l'art, il est membre du Haut conseil des Musées de France. Il a par ailleurs été chargé d'une mission temporaire portant sur le développement des métiers d'art et du patrimoine vivant. 

Jules Pecnard