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"Il y en aura d'autres": les députés sur le qui-vive après l'infection d'un des leurs par le coronavirus

Illustration - l'hémicycle de l'Assemblée nationale - BERTRAND GUAY / AFP

Illustration - l'hémicycle de l'Assemblée nationale - BERTRAND GUAY / AFP - -

À la veille des vacances parlementaires, le député LR Jean-Luc Reitzer et un salarié de l'Assemblée nationale ont contracté le Covid-19. Conscients que leur métier implique de nombreuses rencontres, les élus se veulent sereins.

À l'Assemblée nationale, pas question de céder à une quelconque panique. C'est en tout cas le sentiment que traduisent les échanges que nous avons pu avoir avec quelques députés après que l'un des leurs, le LR Jean-Luc Reitzer, a contracté le coronavirus. Actuellement en réanimation, l'élu alsacien était absent du Palais-Bourbon cette semaine. Un salarié de la buvette a également été contrôlé positif au Covid-19 et est actuellement confiné, tandis qu'un membre du personnel de restauration souffre de symptômes suspects.

"J'ai reçu quelques messages inquiets de collaborateurs", rapporte la députée du Bas-Rhin Martine Wonner, actuellement en déplacement à l'étranger. Référente de Santé publique France pour l'Assemblée nationale, l'élue La République en marche y avait organisé une réunion mercredi matin en présence du médecin infectiologue Daniel Levy-Bruhl.

"Il n'y avait pas grand-monde car ça s'est fait à la dernière minute, 25 députés tout au plus, mais tout le monde a posé des questions", raconte-t-elle. 

Vacances parlementaires

Les parlementaires s'interrogent mais ne se font pas d'illusion: leur mandat implique des rencontres permanentes, multiples et variées. "Que ça soit dans le métro, en circo, on est susceptible de croiser Pierre, Paul ou Jacques", constate le député LaREM de l'Eure Bruno Questel, d'après qui Jean-Luc Reitzer ne sera pas le dernier collègue à contracter le virus.

"Il y en aura d'autres, inéluctablement. Il faut se rendre compte, 70% des députés prennent l'avion une à deux fois par semaine. À la rigueur cela montre qu'on vit comme tout le monde. Il n'y a pas d'immunité qui serait liée à l'exercice de telle ou telle fonction", nous rappelle-t-il.

Le hasard du calendrier fait coïncider ce nouveau rebondissement avec le début des vacances parlementaires, qui s'achèveront au lendemain du second tour des élections municipales. Après l'adoption du projet de loi organique de réforme des retraites jeudi, l'Assemblée nationale s'est comme vidée. Plus de séance publique dans l'hémicycle pendant deux semaines. "Une chance", nous glisse Philippe Gosselin, député LR de la Manche.

Les visites ouvertes au public, événement régulièrement organisé au Palais-Bourbon, sont annulées pour les 15 prochains jours. La présidence de l'Assemblée, elle, est en lien avec l'Agence régionale de Santé, qui va faire une enquête épidémiologique. 

"Personne ne doit s'affoler"

Certains élus vont en profiter pour lever un peu le pied après une période éprouvante marquée par les débats autour de la réforme des retraites. D'autres vont battre le pavé pour soutenir des candidats en campagne dans leur fief. Ce sera le cas par exemple de l'insoumis Alexis Corbière, qui doit se rendre sur les marchés à Montreuil et surtout Bagnolet, où sa compagne Raquel Garrido se présente en deuxième place d'une liste LFI-PCF. 

"On se surveille, on prend sa température. Mais bon, quand vous êtes sur le terrain, les gens vous parlent, vous leur serrez la main, vous ne pouvez pas leur dire d'éviter de vous postillonner dessus", résume le député de Seine-Saint-Denis. 

Bruno Questel estime quant à lui qu'il y a "une forme de sérénité dans la population, pas de psychose".

"Les Français savent que c'est une épidémie, il faut appeler un chat un chat. S'agissant des députés, il faut prendre les dispositions adéquates", mais ne céder à aucune panique, poursuit-il.

"Personne ne doit s'affoler", abonde Alexis Corbière. 

"L'Assemblée a connu des épidémies"

S'il dit voir un "grand changement" en cette pénétration d'un nouveau virus dans l'enceinte de l'Assemblée nationale, où il a été élu la première fois en 2007, Philippe Gosselin rappelle que le phénomène n'est pas totalement nouveau. 

"L'Assemblée a connu des épidémies de grippe et de gastro comme n'importe qui et n'importe quel lieu. Par définition nous sommes un lieu de passage et de brassage. Donc ouvert aussi au brassage des virus", développe-t-il. 

Et le parlementaire de s'interroger sur ce qu'il en a été pour ses devanciers de la IIIe République, qui ont fait face à la grippe espagnole après la Première Guerre mondiale. En novembre 1918, un élu de la Chambre des députés, Pascal Ceccaldi, a succombé quelques jours après avoir contracté ce virus qui avait ravagé la planète.

Jules Pecnard