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Affaire Benalla: la commission d'enquête de l'Assemblée menacée d'implosion

Alors que de nouvelle auditions sont prévues dans les heures qui viennent, le corapporteur Guillaume Larrivé menace de claquer la porte. Il reproche à la présidente de refuser de faire venir des membres de l'Elysée pour les interroger.

Les deux commissions d'enquête parlementaire lancées dans l'affaire Benalla ne vont pas à la même vitesse. Ce jeudi matin, celle du Sénat auditionne Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée. Celle de l'Assemblée nationale est quant à elle menacée d'implosion, l'opposition dénonçant une "mascarade démocratique". Au centre de ces tensions, le bras de fer entre sa présidente, la députée LaREM Yaël Braun-Pivet, et son corapporteur, le député LR Guillaume Larrivé. Yaël Braun-Pivet refuse de faire auditionner d'autres membres de l'entourage d'Emmanuel Macron ou des représentants de l'Elysée, alors que le ministre Gérard Collomb et le chef du cabinet du président, Patrick Strzoda, ont déjà été entendus. D'après elle, leurs auditions "ont montré qu'ils n'avaient aucun lien avec cette affaire".

L'opposition réclame l'audition d'autres proches du président

Elle souhaite concentrer les prochaines auditions sur des membres de la préfecture de police et des forces de l'ordre. Après un vote lors d'une séance houleuse mercredi, la majorité de la commission des Lois a suivi sa présidente pour convoquer une nouvelle audition du directeur de l'ordre public de la préfecture de police de Paris, Alain Gibelin, et du préfet de police de Paris Michel Delpuech, et ajouter le responsable de la compagnie de CRS 15 qui était place de la Contrescarpe le 1er mai. 

"Elle a refusé que nous puissions voter dans des conditions normales", a déploré mercredi soir la députée insoumise Danièle Obono, au sortir de la commission. "Il est invraisemblable que les députés en marche aux ordres de l’Elysée empêchent la commission d’enquête de travailler", a renchéri Guillaume Larrivé, parlant d'entrave à la démocratie.

Ismaël Emelien dans le viseur

Sous les protestations, Yaël Braun-Pivet a accusé l'opposition, corapporteur en tête, d'"une approche polémique et politique qui vise à tirer profit de l'actualité loin de tout souci de la vérité".

Sur la liste des noms soumise par Guillaume Larrivé figuraient Alexis Kohler, mais aussi Christophe Castaner, le chef de la République en marche, qui avait accepté le principe de l'audition, et Bruno Roger-Petit, le porte-parole de l'Elysée. Depuis ce jeudi, il réclame aussi la venue d'Ismaël Emelien, un proche conseiller d'Emmanuel Macron, dont BFMTV a révélé qu'il avait visionné les vidéos du 1er mai transmises de manière illégale à Alexandre Benalla par trois fonctionnaires de la préfecture de police de Paris.

"C'est un nouvel élément qui appelle évidemment de notre part un travail très sérieux, et je n'accepterai pas que cette commission d'enquête soit entravée, que les travaux de l'Assemblée nationale soient empêchés", a expliqué le député de l'Yonne sur RMC ce jeudi.

Ultimatum

Comme le rapporte Le Parisien, Guillaume Larrivé a lancé mercredi soir un ultimatum à Yaël Braun-Pivet, menaçant de claquer la porte de la commission si la liste des auditions n'étaient pas conformes aux attentes de l'opposition. Il a fixé comme limite ce jeudi à la mi-journée, alors que de nouvelles auditions sont prévues dans l'après-midi et dans la journée de vendredi. Plusieurs membres de cette commission d'enquête, composée par la commission des lois de l'Assemblée, ont menacé de la boycotter dans le cas où le corapporteur partirait, ce qui remettrait sa pertinence en question. C'est le cas notamment de députés de la France insoumise, dont Ugo Bernalicis.

"Dans cette hypothèse, nous boycotterons la commission en espérant que le Sénat, lui, poursuivre ses travaux d'enquête", déclare-t-il dans les colonnes du Parisien.
Charlie Vandekerkhove