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Abstentions, départ: "frondinette" ou cote d'alerte pour le groupe LaREM?

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- - LIONEL BONAVENTURE-AFP

Les quelques dizaines d'abstentions lors du vote de la proposition de loi "anti-casseurs", suivies du départ de Matthieu Orphelin, ont échaudé le groupe majoritaire à l'Assemblée nationale.

"50, ça fait beaucoup..." Que ce soit parmi les abstentionnistes ou chez les loyalistes du groupe La République en marche, le résultat fait parler. Et qu'importe s'ils ne sont en fait que 49 de la majorité à avoir réellement boudé la proposition de loi dite "anti-casseurs" - l'une des délégations de vote, celle de la députée Barbara Ballot, n'ayant pas été bien répercutée.

Malgré ce correctif technique, le chiffre fait tâche. Toute la question est de savoir s'il s'agit d'une tâche d'eau ou d'huile. Il témoigne en tout cas des tensions qui traversent le groupe LaREM depuis plus d'une semaine. Débats internes insuffisants, manque de temps pour "co-construire" un texte jugé trop répressif, électrons libres difficilement gérables... Un brouhaha législatif suivi de l'annonce brutale du départ de Matthieu Orphelin, qui incarnait (presque à lui seul) la composante écologiste de la majorité.

Majorité toujours écrasante

Dans le mail interne qui a circulé mercredi, le proche de Nicolas Hulot évoque les avancées insuffisantes du gouvernement sur les "enjeux climatiques, écologiques et sociaux". Le lendemain sur notre antenne, Matthieu Orphelin a employé un ton plus apaisé, réaffirmant sa grande "estime" pour Emmanuel Macron. 

Au plan strictement numérique, il est important de rappeler que la majorité parlementaire du chef de l'État demeure écrasante, avec 303 députés sous bannière LaREM, 305 si l'on compte les apparentés. Si l'on y ajoute les partenaires du MoDem, le bloc frôle les 350.

"Gestion d'individus"

Une fronde, donc? Quelle fronde? "Il ne peut pas y avoir de fronde ou de fracture, car notre groupe n'est pas solide, il est liquide", a coutume de dire le député du Rhône Bruno Bonnell qui, la veille, assurait auprès de BFMTV.com qu'il ne voyait pas Matthieu Orphelin quitter les bancs de LaREM. Raté.

"On n'est pas comme les socialistes de la mandature précédente", veut croire l'ancien développeur de jeux vidéos.

Sous-entendu: le phénomène des "frondeurs" n'est pas près de se reproduire.

"Aujourd'hui, on est dans la gestion d'individus, avec des tempéraments et des positions diverses... Les grands courants idéologiques, c'est terminé."

Députés "en roue libre"

Stella Dupont, qui s'est abstenue lors du vote mardi, est d'un avis semblable.

"On a une liberté d'expression interne, aucune consigne, contrairement à ce qu'on a pu entendre. Après, il est vrai que le projet présidentiel comportait essentiellement des grandes mesures économiques, qui provoquent moins de questionnement", reconnaît-elle. "Dès que tu sors du programme, c'est le bordel", abonde-t-on au sein du groupe.

Au début de l'hiver, lorsque les députés LaREM commençaient vraiment à se faire bousculer par les gilets jaunes, un pilier du groupe résumait les choses plus crûment auprès de BFMTV.com:

"Dans la majorité, il y en a un tiers qui sont en roue libre, qui se réveillent sur un sujet la veille du vote." 

"Plus simple de créer des courants"

Ce fonctionnement, aussi erratique soit-il, peut s'avérer plus simple à gérer qu'un pan entier de députés tenant mordicus à gêner le gouvernement. Exemple: en marge du vote solennel sur la loi "anti-casseurs" mardi, un communiqué "commun" a été publié à la hâte par une poignée d'abstentionnistes. Il a été signé par moins du tiers des 49 concernés. 

"On n'a pas affaire à un groupe constitué, qui s'oppose par principe au gouvernement. Aurélien Taché et Martine Wonner ont publié le communiqué très vite, sans savoir combien voteraient comme eux. Je ne sais pas si je l'aurais signé; j'aurais préféré qu'il contienne des contre-propositions", regrette une abstentionniste. 

Ancien socialiste devenu marcheur, le député du Doubs Frédéric Barbier se montre plus inquiet:

"49 personnes, ce n'est plus un hasard. Je pense que ce serait plus simple de créer des courants, comme au PS. La démocratie fonctionne parce qu'il y a des sensibilités - droite, gauche, centre... Or, dans la majorité, je sais que beaucoup, lorsqu'ils siègent dans l'hémicycle, n'ont aucune idée de la sensibilité politique de leur voisin." 

Seul frondeur socialiste à avoir conservé son siège en 2017, le député hamoniste Régis Juanico estime que "la seule question pour LaREM, c'est de voir à quelle moment les abstentions deviennent des votes 'contre'".

"Les électrons libres, ça crée un manque d'homogénéité. Mais tant qu'ils s'abstiennent, ça ne prendra pas", pressent-il.

La crainte réelle, au sein du groupe, ce sont les départs individuels. Une source interne, prémonitoire, l'évoquait sans fard à BFMTV.com il y a quelques jours:

"Impossible qu'on termine à 300 d'ici la fin de la législature." 
Jules Pecnard