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Montebourg fait monter la pression, Hollande attaque Aubry

Arnaud Montebourg (au centre), arbitre du duel entre François Hollande et Martine Aubry pour l'investiture socialiste à la présidentielle de 2012, maintient sous pression les finalistes, dont la rivalité tourne à l'aigre. /Photo d'archives/REUTERS/Vincent

Arnaud Montebourg (au centre), arbitre du duel entre François Hollande et Martine Aubry pour l'investiture socialiste à la présidentielle de 2012, maintient sous pression les finalistes, dont la rivalité tourne à l'aigre. /Photo d'archives/REUTERS/Vincent - -

par Sophie Louet PARIS (Reuters) - Arnaud Montebourg, arbitre du duel entre François Hollande et Martine Aubry pour l'investiture socialiste à la...

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Arnaud Montebourg, arbitre du duel entre François Hollande et Martine Aubry pour l'investiture socialiste à la présidentielle de 2012, maintient sous pression les finalistes, dont la rivalité tourne à l'aigre.

Le député de Saône-et-Loire, arrivé en troisième position du premier tour de la primaire dimanche avec 17,2% des voix, continue d'entretenir le suspense sur le soutien éventuel qu'il pourrait apporter à l'un ou l'autre des "impétrants" pour le deuxième tour du scrutin, le 16 octobre prochain.

Le chantre de la "démondialisation" conditionne une consigne de vote à la prise en compte par François Hollande (39,2%) et Martine Aubry (30,7%) de ses thèmes de campagne - mise sous tutelle des banques, protectionnisme européen, lutte contre la corruption, avènement d'une "VIe République".

Il devait envoyer une lettre ouverte en ce sens aux deux prétendants dont les réponses seront publiées pour permettre aux électeurs qui lui ont fait confiance de se prononcer.

Le débat télévisé qui opposera mercredi soir le député de Corrèze et la maire de Lille détermina également sa décision.

"Je ferai certainement un choix", a dit Arnaud Montebourg mardi sur Europe 1, prolongeant le suspense au lendemain d'une intervention sur France 2 dans laquelle il précisait réserver sa décision - dont il n'est pas exclu qu'elle soit un "non-choix".

L'équation est délicate pour l'imprévisible élu, qui juge que François Hollande et Martine Aubry sont "les deux faces d'une même pièce".

Ses inimitiés personnelles et politiques avec les deux candidats sont autant d'entraves à une possible entente.

"MÉPRIS ET CONDESCENDANCE"

En 2007, lors de la campagne présidentielle, Ségolène Royal avait suspendu temporairement Arnaud Montebourg de ses fonctions de porte-parole après qu'il eut déclaré : "Le principal défaut de Ségolène Royal, c'est son compagnon".

En l'occurrence François Hollande, qui avait rejeté son concept de "VIe république" lors du congrès du PS de 2005.

A Martine Aubry, avec laquelle les points de convergence sont plus manifestes - il l'avait soutenue au congrès de Reims de 2008 -, il reproche les dérives de l'affaire Guérini.

Auteur d'un rapport sur la question, il a critiqué les atermoiements de la direction du PS face à la gestion "mafieuse" de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône par Jean-Noël Guérini, mis en examen début septembre.

Dans une interview publiée mardi dans Libération, Arnaud Montebourg est sans indulgence avec les duellistes qui, dit-il, ont eu à son égard "des marques de mépris et de condescendance".

"Ce sont des dirigeants fermés aux idées nouvelles. Ils risquent de faire perdre la gauche. Je n'ai pas l'intention de leur épargner mon intransigeance", prévient-il.

François Lamy, soutien de Martine Aubry, a souhaité qu'Arnaud Montebourg "fasse attention sur le ton".

"Il faut qu'il reste respectueux et qu'il n'oublie pas que les deux premiers ont 70% des voix", a dit à des journalistes le bras droit de la maire de Lille.

"POTS DE CONFITURE"

Les deux finalistes lui ont répondu mardi par médias interposés en affirmant leur indépendance et leur "cohérence", tout en consentant des ouvertures vers son électorat.

"Je ne défends que ce à quoi je crois, et donc je ne changerai pas", a prévenu la maire de Lille sur France 2 tout en relevant des points communs avec Arnaud Montebourg sur les banques, la "République nouvelle" et l'industrie européenne.

François Hollande s'est pour sa part refusé à tout "zigzag" idéologique tout en rappelant sa volonté de rassemblement.

"Je ne courrai pas pour faire toutes les chansons à tous ceux qui demandent un peu plus", a-t-il souligné.

Un ton plus incisif qu'à l'habitude pour le député de Corrèze, qui avait jusqu'à présent opposé sa placidité aux attaques du camp de Martine Aubry, qui l'accuse d'incarner une "gauche molle".

"Je ne me ferai donner aucune leçon, de qui que ce soit", a-t-il dit. "Je n'ai jamais fait d'alliance avec le Centre, je n'ai jamais été comme une espèce de mouche qui va autour des pots de confiture pour savoir laquelle elle est la plus offrante".

Une allusion voilée à l'alliance que Martine Aubry avait scellée avec le Mouvement Démocrate du centriste François Bayrou lors des élections municipales de 2008.

Le camp d'en face n'est pas en reste, ce qui augure d'un débat plus acide mercredi soir sur France 3 après les trois confrontations policées d'avant-premier tour.

Ainsi le porte-parole du PS Benoît Hamon, tout en se défendant de viser François Hollande, a-t-il mis en garde les électeurs contre une "gauche gestionnaire qui attendrait tranquille, peinard, pépère, que Sarkozy tombe comme un fruit mûr pour pouvoir s'installer à la place".

François Hollande peut se prévaloir pour l'heure des soutiens de Manuel Valls, qui a obtenu plus de 5% des suffrages au premier tour, et de Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche (0,60%).

Ségolène Royal, grande perdante du premier tour avec quelque 7% des voix, fera connaître son choix d'ici mercredi soir.

Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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Martine Aubry