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Manifestations anti-CPE de 2006: quand Sarkozy laissait entrer "des hordes sauvages dans Paris"

Patrick Buisson révèle dans un livre à paraître que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, aurait laissé perdurer des émeutes en plein Paris. Pour en tirer un bénéfice politique à un an de la présidentielle de 2007.

Nous sommes en 2006. Jacques Chirac achève son dernier mandat à la présidence de la République, et Dominique de Villepin mise sur la création du Contrat Première Embauche (CPE) pour achever son passage à Matignon sur un projet de loi d'envergure. Alors ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy n'a qu'un objectif en tête: l'Elysée. Il va alors tirer profit du mécontentement populaire pour faire grimper sa cote de popularité. 

Manifestations historiques en France

Dès son annonce, la création du CPE soulève les foules. Rapidement, la contestation s'organise et plusieurs manifestations d'envergures se tiennent dans toute la France, menées par les étudiants qui y voient une régression sociale. 

Ayant réuni jusqu'à un million de personnes dans les rues, la mobilisation anti-CPE ne refroidit pas Dominique de Villepin qui tient bon. Mais une journée va faire basculer l'opinion, et forcer le gouvernement à faire marche arrière. Le 16 mars, en marge d'une nouvelle mobilisation contre le projet de loi, des violences éclatent entre manifestants et forces de l'ordre à Paris. Pendant plus d'une heure, le boulevard Saint-Michel et l'esplanade des Invalides sont le théâtre d'affrontements entre militants masqués et policiers. Aux cris de "Police nationale, milice du capital" répondent les gaz lacrymogènes et les canons à eau. Des affrontements qui auraient pu être stoppés bien plus tôt selon l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson. 

"Des bandes de blacks et de beurs"

Le lendemain de ces violences, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, se félicite de l'opération de police selon lui réussie, et dénonce les militants "de l'extrême gauche, de l'extrême droite", alliés à des "hooligans" et à des "voyous d'un certain nombre de quartiers" qui ont attaqué les CRS. 

Pour Patrick Buisson, l'histoire ne s'est pas déroulée exactement de la manière dont Nicolas Sarkozy la décrit. Pour l'ancien conseiller, le ministre de l'Intérieur d'alors a volontairement laissé faire les casseurs pour apparaître ensuite, en "sauveur" de la situation. 

"Nous avions pris la décision de laisser les bandes de black et de beurs agresser les jeunes Blancs aux Invalides, tout en informant les photographes de Paris Match" se souvient Patrick Buisson.

Et le conseiller de Nicolas Sarkozy de détailler la stratégie choisie par le ministre de l'Intérieur de l'époque:

"Il était prévu que, dans un premier temps, les casseurs puissent s'ébrouer sans intervention de la police. 'On les laissera faire leurs courses chez Darty et à Go Sport' avait intimé l'homme fort du gouvernement. L'émotion fut en effet à son comble, après la publication de photos (...) dont l'opinion ne retiendrait qu'une chose: des hordes sauvages étaient entrées dans Paris".

Le 31 mars 2006, le président Jacques Chirac annonce à la télévision que la loi portant création du CPE sera promulguée par le Parlement, mais demande au gouvernement de "prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu'en pratique, aucun contrat ne puisse être signé". Le Contrat Première Embauche est définitivement enterré et Nicolas Sarkozy devient le ministre le plus puissant du gouvernement de Villepin. Un an presque jour pour jour avant son élection à l'Elysée.

Paul Aveline