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UMP: Le Maire, en pointe sur la réforme du collège, la primaire dans son viseur

Bruno Le maire, à l'Assemblée nationale, le 12 mai 2015.

Bruno Le maire, à l'Assemblée nationale, le 12 mai 2015. - Eric Feferberg - AFP

La réforme du collège est l'occasion pour les caciques de l'UMP d'incarner le rôle qu'ils se sont eux-mêmes assigné, avec en ligne de mire la primaire de 2017. Prenant l'initiative en fédérant autour de lui les parlementaires, Bruno Le Maire a distancé ses rivaux sur ce dossier devenu au fil des jours éminemment politique.

Aux avant-postes de la contestation de la réforme du collège, Bruno Le Maire, qui débattra jeudi soir avec Najat Vallaud-Belkacem, a pris de vitesse son propre camp. L'ex-ministre UMP de l'Agriculture espère ainsi renforcer sa position de futur candidat à la primaire pour 2017. A l'origine, il avait demandé à débattre avec Manuel Valls. A défaut, il affrontera la ministre de l'Education nationale.

Lors de sa demande, Bruno Le Maire ambitionnait de faire plier le gouvernement en réclamant "le retrait" d'"une réforme inefficace et profondément injuste", comme il le dit dans une interview au magazine Valeurs actuelles, publié jeudi. Trop tard, le décret réformant le collège a été publié mercredi au Journal officiel.

Il n'empêche. Aux yeux du public, il apparaît comme le meneur de l'opposition sur ce dossier, une image que pourrait renforcer son débat avec Najat Vallaud-Belkacem, à une heure de relative grande écoute (19 heures), sur Europe1 et iTélé.

Pour rappel, sa fronde a débuté le 6 mai avec sa lettre-pétition adressée à François Hollande ("26.000 signataires" dont "300 parlementaires" aujourd'hui selon lui).

Le Maire en pointe sur ce dossier a pris l'initiative

La réforme, écrit l'ancien ministre dans un style incisif, est un "naufrage pour notre Nation", "l'histoire retiendra que c'est une majorité de gauche qui propose de couper la langue française de ses racines en réduisant l'enseignement du latin à de simples notions de civilisation", de "rendre facultatif l'enseignement des Lumières au collège", de "fragiliser l'apprentissage de l'allemand", ce dernier point étant perçu par ce germaniste agrégé de lettres comme "une faute politique".

S'il apparaît comme le frondeur-en-chef, Bruno Le Maire, qui a aussi fait ses propres propositions (remplacement du collège unique par un "collège diversifié", suppression de la deuxième langue vivante obligatoire au collège) est pourtant loin d'être le seul dans son camp à avoir contesté cette réforme. Le jour où il publiait sa lettre au chef de l'Etat paraissait sur le site du Figaro une tribune de François Fillon, qui dénonçait lui aussi "un nivellement par le bas" et reprochait à "notre jeune et dédaigneuse ministre" d'avoir traité de "pseudo-intellectuels" les intellectuels qui contestaient sa réforme.

Sarkozy frappe fort, mais un peu tard

"L'école de la République est en danger", lançait Nicolas Sarkozy lors d'un meeting en Seine-Saint-Denis le 11 mai. "Dans le combat effréné pour la médiocrité, Christiane Taubira est en passe d'être dépassée par Najat Vallaud-Belkacem", ajoutait l'ex-chef de l'Etat, sans s'embarrasser de nuances.

Mercredi, il a dénoncé "le coup de force" de l'exécutif. "Nous étudions tous les moyens parlementaires et juridiques pour nous opposer au décret" publié au JO, a-t-il averti. Une attaque réitérée, où l'ancien président de la République a aussi dénoncé le "mépris" affiché, selon lui, par François Hollande et Manuel Valls.

Juppé en retrait, veut incarner le sage

Dans le rôle du sage, qu'il affectionne, Alain Juppé affirmait le 13 mai sur son blog que "tout n'est pas mauvais dans la réforme du collège" (comme "le renforcement de l'accompagnement personnalisé des élèves"), même si "d'autres dispositions sont franchement détestables" ("rabaissement" du latin, suppression des classes bilangues...). Le maire de Bordeaux a toutefois tweeté mercredi que Christian Jacob, patron des députés UMP, avait eu "raison de demander l'abrogation de ce décret brutal".

Le Maire vers un destin à la Valls?

Sarkozy, Fillon, Juppé, Le Maire: de ces quatre candidats ou presque à la primaire (Le Maire ne se déclarera qu'en janvier prochain), lequel arrachera en novembre 2016 son ticket pour la présidentielle de l'année suivante? A droite, Nicolas Sarkozy fait pour le moment la course en tête. Les deux anciens Premiers ministres espèrent évidemment lui griller la politesse. Une chose est sûre: pour chacun des trois, ça passe ou ça casse.

Quant au jeune député de l'Eure (46 ans), seul à s'être confronté à Nicolas Sarkozy pour la présidence du parti, "il fonce, car il n'a rien à perdre", analyse un cadre UMP.

"S'il fait un petit score à la primaire, il peut espérer un destin à la Manuel Valls", aujourd'hui chef de gouvernement, après avoir fait 5,6% à la primaire PS de 2011.

David Namias avec AFP