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EDITO - Copé-Fillon: petits arrangements entre… ennemis!

Anna Cabana

Anna Cabana - -

Mardi, François Fillon et Jean-François Copé se sont vus pour finir de se mettre d’accord sur le référendum militant qu’ils vont organiser à la fin du mois. Leur objectif: que les militants votent contre le "revote"…

Ce sont des petits arrangements entre ennemis, que François Fillon et Jean-François Copé cherchent à planquer derrière une parodie de démocratie! Mardi soir, les deux hommes se sont vus pour finaliser le texte qui sera soumis aux militants à la fin du mois.

L’histoire, c’est qu’aucun des deux rivaux ne veut de ce "revote" - vous vous souvenez, en décembre, pour sortir de la crise ouverte par l’élection honteuse et ratée du président de l’UMP, François Fillon et Jean-François Copé avaient conclu un accord prévoyant que les militants revoteraient en septembre pour élire (vraiment, cette fois) le président de leur parti. Aujourd’hui, ils veulent enterrer ce revote. Et pour que cela n’ait pas l’air d’avoir été décidé uniquement à deux - ce qui est pourtant le cas -, Fillon et Copé ont eu l’idée de faire mine d’organiser une consultation militante.

Pour cela, il faut trouver deux questions à poser aux adhérents de l’UMP, mais attention, pas n’importe quelles questions, des questions auxquelles les militants vont répondre "oui" - c’est tellement plus chic que le "oui" gagne, quand on organise un référendum. Trouver la bonne formulation des questions, c’était l’objet du rendez-vous de mardi entre Copé et Fillon.

Un vote formidablement grotesque

La rédaction est en train d’être finalisée, elle doit être validée ce mercredi par un bureau politique de l’UMP. Et, là encore, il s’agit de faire comme si tout cela suivait un cours hautement démocratique. Mais je m’égare… Je parlais de la formulation. Le but, c’est de "poser deux questions pour recueillir un seul oui." C’est ainsi que l’expose un proche de François Fillon. La première question concerne les nouveaux statuts de l'UMP, qui prévoient notamment – et c’est essentiel - l’organisation d’une primaire ouverte en 2016 pour la désignation du candidat du parti à la présidentielle.

Les militants sont appelés à approuver ou à rejeter, en bloc, ces nouveaux statuts. Puis ils devront dire s’ils souhaitent que la "direction collégiale" reste en place jusqu’en novembre 2015. Comment voulez-vous que les militants, qui sont excédés par la guerre des chefs, répondent "non" à une question formulée de façon aussi tranquillement consensuelle?

Du 28 au 30 juin, les adhérents de l’UMP vont donc voter pour dire qu’ils ne veulent pas revoter en septembre. Il fallait que Copé et Fillon s’y mettent à deux pour inventer cela. C’est formidablement grotesque, d’organiser un vote sur un vote, dans le but que le deuxième vote n’ait pas lieu. Un truc pareil, ça se brevète…

Les militants en otage

Au final, vous avez deux rivaux qui ont confisqué leur parti, qui prennent les militants en otage de leur guerre et qui se payent le luxe d’organiser un référendum pour légitimer pseudo-démocratiquement cette prise en otage.

Tout ce que font Copé et Fillon, ils ne le font que dans un but: se neutraliser mutuellement. Ils s’épuisent à cela alors qu’ils devraient mettre leur ardeur à lutter contre celui qui peut faire capoter tous leurs plans: Nicolas Sarkozy. L’homme qui, selon l’expression de Max Gallo, exerce un "leadership fantôme" sur la droite.

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