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"Droite Trocadéro" contre "Droite Solférino": le ton monte d'un cran entre LR et LaREM

Nathalie Loiseau et Édouard Philippe lors du meeting de Caen, le 6 mai 2019

Nathalie Loiseau et Édouard Philippe lors du meeting de Caen, le 6 mai 2019 - AFP - Damien Meyer

Dans les jours qui ont suivi une interview musclée accordée par Édouard Philippe au Figaro, dans laquelle il distribue les coups à son ancienne famille politique, plusieurs ténors LR ont répliqué. Notamment leur chef, Laurent Wauquiez.

La campagne des européennes de 2019 a enfin démarré. À moins de deux semaines d'un scrutin qui promet d'être marqué (comme celui de 2014) par une très forte abstention, les coups commencent à pleuvoir. Un signe qui ne trompe pas. Depuis dimanche, le ton monte particulièrement entre La République en marche et Les Républicains, avec force petites phrases et dénigrements mutuels.

Les hostilités ont été ouvertes par Édouard Philippe dimanche. Au cours d'un long entretien accordé au Figaro, le Premier ministre a tapé à bras raccourcis sur la tête de liste LR, François-Xavier Bellamy, lui reprochant d'éveiller la "droite Trocadéro"

"Est-ce qu’elle se rapproche de la droite moderniste, proeuropéenne, pour laquelle je militais aux côtés d’Alain Juppé? Je ne le crois pas", assénait dimanche le locataire de Matignon.

"Droite Mercato"

Il s'agit d'une référence à l'électorat conservateur qui, à la dernière présidentielle, en dépit des mises en cause judiciaires de François Fillon, a soutenu ce dernier jusqu'au bout. Notamment à l'occasion d'un meeting de la dernière chance tenu au Trocadéro par le candidat le 5 mars 2017, sous une pluie presque élégiaque.

Dans les rangs du parti que dirige Laurent Wauquiez, le tollé a été immédiat. L'un des premiers à répliquer fut Julien Aubert, député du Vaucluse. Dès le lendemain, aux aurores, le secrétaire général de LR a écrit sur Twitter qu'il préférait "appartenir à la droite Trocadéro qu'à la droite Mercato". Autrement dit, à cette frange modérée des Républicains, à laquelle appartient Édouard Philippe, qui a choisi de se rallier à Emmanuel Macron. 

Mardi soir, riposte du chef. Dans une interview accordée au Parisien, le président de LR accuse Emmanuel Macron, son Premier ministre et Nathalie Loiseau de montrer "une forme d'arrogance par rapport à ceux qui croient dans les valeurs de la droite et du centre". 

"Pourquoi Édouard Philippe attaque-t-il la 'droite Trocadéro'? Parce qu'il est abîmé dans une fausse droite Solférino qu'il incarne parfaitement. Il a trahi les valeurs de la droite", estime Laurent Wauquiez. 

Haines recuites

Ces échanges d'amabilités traduisent d'abord les haines recuites entre l'actuel patron de LR et ses ex-camarades. Sur Édouard Philippe, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes disait fin 2017, selon un indiscret du Point, qu'il "a toujours été de gauche, c'est un libéral-libertaire, c'est son ADN". De quoi expliquer la référence à Solférino, ancienne place forte du Parti socialiste... Et, par là même, relancer le débat sur les "droites irréconciliables", qui a poussé plusieurs ténors LR (Darmanin, Le Maire, Lecornu...) à rejoindre la macronie et qui, désormais, sert de justification à leur choix. 

La montée de température a été ressentie lundi, aussi, lors d'un débat sans caméra entre Nathalie Loiseau et François-Xavier Bellamy. Un échange souvent tendu, marqué par de sévères piques adressées par l'une à l'autre, et vice-versa. 

"Moi, je ne suis pas rentrée en politique pour promettre à mes concitoyens de les ramener dans une France en noir et blanc", a asséné la tête de liste LaREM à son homologue LR, lequel lui a rétorqué: "Toute nouveauté n’est pas forcément un progrès et le nouveau monde n’est pas nécessairement meilleur que l’ancien." 

C'est sur le climat que le dialogue, suivi entre autres par Le Figaro, s'est le plus envenimé. "On ne peut pas déplorer la catastrophe écologique sans appeler en même temps à une légitime prudence à l’égard des décisions que nous prenons aujourd’hui", a déclaré le philosophe conservateur. 

Réponse de l'ex-ministre des Affaires européennes: "Nous n’avons plus le temps de nous demander ce qui a été fait dans le passé pour la question climatique; nous avons le devoir de regarder nos enfants en face. Vous n’en avez pas encore, j’en ai quatre..."

Stratégie réussie?

De nouveau en tête dans les sondages pour le 26 mai (23,5% d'intentions de vote), LaREM a donc décidé de taper prioritairement sur LR en ce début de semaine. Retombée à 11%, malgré la récente bouffée d'air attribuée à la fraîcheur de la candidature Bellamy, la droite est en sérieuse perte de vitesse. La stratégie fait-elle donc mouche? Certains membres du parti présidentiel soupçonnent pourtant leurs candidats de se tromper de cible:

"On perd le narratif médiatique. Bellamy est un candidat survendu. Je dis régulièrement à mes marcheurs de ne pas se laisser intoxiquer par sa prétendue 'remontada'. Si on était à 17% dans les sondages, là oui, ce serait une catastrophe, et il faudrait taper tous azimuts. Mais là, ce qu'il faut viser, c'est l'électorat écolo", s'inquiétait récemment un député LaREM auprès de BFMTV.com. 

Ce mercredi soir, le duel LaREM-RN reprend ses droits: Nathalie Loiseau doit affronter sur notre antenne Jordan Bardella, tête de liste du parti de Marine Le Pen, qui talonne sa rivale avec 22% d'intentions de vote. 

Jules Pecnard