BFMTV

Européennes: Macron envoie ses ministres au charbon pour soutenir Loiseau et la liste LaREM

Le Premier ministre Édouard Philippe et Sébastien Lecornu, ministre en charge des Collectivités territoriales, le 8 avril 2019 à Paris

Le Premier ministre Édouard Philippe et Sébastien Lecornu, ministre en charge des Collectivités territoriales, le 8 avril 2019 à Paris - AFP - Philippe Lopez

Bloqués autour de 22% dans les intentions de vote, parfois dépassés par la liste du RN, les candidats de La République en marche vont être activement épaulés par ministres et Premier ministre durant la dernière ligne droite de la campagne.

Opération de com' ou non, les faits sont têtus. Et à trois semaines du scrutin des européennes, ils dessinent la réalité suivante: la liste de La République en marche patine dans les sondages et court le risque, à en croire certaines enquêtes, d'être dépassée le 26 mai par celle du Rassemblement national. Autre fait: Emmanuel Macron s'est donné pour objectif absolu, très tôt, d'arriver en tête de ces élections.

D'où les échos, la semaine dernière, de l'agacement exprimé par le chef de l'État vis-à-vis de ses ministres, à qui il aurait reproché de ne pas suffisamment se mobiliser pour soutenir la liste chapeautée par Nathalie Loiseau. Les vieux routiers de la politique française sont habitués à ce genre de "coup de gueule", destiné à fuiter dans la presse afin qu'en émane l'image d'un président volontariste et exigeant.

Reste que dans la dernière ligne droite de cette étrange campagne, sans cesse reléguée au second plan d'une actualité nationale surchargée, les membres du gouvernement se démultiplieront pour soutenir "leur" liste.

Philippe à Caen, Le Maire à Orléans

Dès ce lundi, parmi les meetings inscrits à l'agenda de LaREM, celui prévu à Caen comptera plusieurs invités issus du gouvernement. Sébastion Lecornu, ministre des Collectivités territoriales et ex-animateur du grand débat national, Gabriel Attal, secrétaire d'État chargé de la mise en place du service national universel, et le Premier ministre Édouard Philippe seront présents, rapportent L'Opinion et Le Parisien.

Au même moment, dans le Loiret, Bruno Le Maire et Julien Denormandie se rendront à deux événements distincts, notamment une réunion publique à Orléans. Le ministre des Finances a par ailleurs tenu meeting vendredi dernier à Pauillac, en Gironde, aux côtés de Gilles Boyer, ex-conseiller d'Édouard Philippe et 12e de liste. Vendredi prochain, le locataire de Bercy sera à Villers-lès-Nancy, à la veille du grand meeting de Nathalie Loiseau à Strasbourg.

"Référendum contre Macron"

Ce déploiement d'efforts est bien éloigné de ce que les socialistes avaient mis en œuvre lors des européennes de 2014. Hormis le Premier ministre de l'époque, Manuel Valls, peu de membres du gouvernement de François Hollande avaient bousculé leur agenda pour mouiller la chemise. Les corrélations sont difficiles à établir en politique, mais le résultat de la liste PS il y a cinq ans (moins de 14%, loin derrière l'UMP et le Front national) demeure un contre-exemple de ce que souhaite accomplir Emmanuel Macron. Il l'est d'autant plus que le chef de l'État a fait de l'Europe l'un des principaux axes de sa politique.

"Il a été demandé à tout le monde de se mobiliser. Les ministres doivent mener une véritable campagne pour éviter le référendum pour ou contre Emmanuel Macron", a précisé une source à Matignon auprès de L'Opinion. 

Ancien porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux a repris ce leitmotiv ce lundi matin sur notre antenne, fustigeant la tactique employée par les partis d'opposition:

"Leur programme, c'est (...) 'il faut faire de ces élections un référendum contre le président de la République'. Ce n'est pas le sujet. (...) Ils sont en train de voler une élection importante aux Français."

Mobiliser le socle

Dissuader les électeurs de s'exprimer uniquement sur des enjeux nationaux en missionnant ceux qui cristallisent la colère de beaucoup de Français. L'équation paraît compliquée, mais répond à un impératif qui s'impose désormais au parti présidentiel: celui de mobiliser davantage son socle électoral originel. En l'absence d'un tissu d'élus locaux ancrés sur le territoire et avec une tête de liste qui peine à séduire, Emmanuel Macron est contraint d'envoyer ses ministres au charbon. "Toute seule, Loiseau va avoir du mal à passer le mur du son", raillait récemment un élu centriste auprès de BFMTV.com.

Pour l'heure, les intentions de vote en faveur de LaREM tendent vers un résultat bien inférieur à celui d'Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle, à savoir plus de 8,6 millions de bulletins sur son nom. Avec près de moitié moins de participation annoncée le 26 mai prochain et des scores qui oscillent entre 21 et 23%, le parti au pouvoir est loin du compte. 

Jules Pecnard