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Après un passage à vide estival, Alain Juppé peut-il se relancer?

Alain Juppé a maintenu son voyage en Polynésie française malgré les attentats de Nice et de saint-Etienne-du-Rouvray.

Alain Juppé a maintenu son voyage en Polynésie française malgré les attentats de Nice et de saint-Etienne-du-Rouvray. - Fred Payet - AFP

Juste après l'attentat de Nice, le candidat à la primaire de la droite avait crée la polémique avec ses déclarations, avant d'être absent, médiatiquement et en terme de propositions, au moment de l'assassinat du père Jacques Hamel.

Quelques heures après l'assassinat du père Jacques Hamel, Nicolas Sarkozy prenait la parole publiquement pour appeler le gouvernement à mettre en place "toutes les propositions que nous (Les Républicains, NDLR) avons présentées depuis des mois". Une riposte immédiate dans laquelle Alain Juppé ne semble pas s'être retrouvé. En déplacement en Polynésie, il a fallu attendre trois jours pour que le maire de Bordeaux affiche son programme sur ce thème qui pourrait pourtant être décisif lors de la primaire à droite.

Vendredi 29 juillet dernier, trois jours après l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, Alain Juppé, tout juste rentré de visite officielle en Polynésie française et Nouvelle-Calédonie, dévoilait ses idées pour lutter contre le terrorisme. Lors d'une conférence de presse mais surtout sur les réseaux sociaux. "Dans notre situation, nous avons besoin de sang-froid et de fermeté", a martelé le candidat à la primaire de la droite, énumérant ses six leviers d'action.

Voyage en Polynésie

Refusant tout positionnement "va t'en guerre", comme Nicolas Sarkozy, Alain Juppé se prononce en faveur des centres de déradicalisation pour les personnes condamnées pour terrorisme. Toutefois, il adopte une position médiane estimant que les dispositions législatives restaient insuffisantes. Le maire de Bordeaux propose alors la création d'un "délit de séjour" pour tout individu qui reviendrait ou qui tenterait de partir en Irak et en Syrie. 

Sans faire de réelles annonces, le but de cette intervention avait pour but de faire oublier son absence lors des attaques entre droite et gouvernement sur les mesures de sécurité. Car le 26 juillet, Alain Juppé avait bien tenté de réagir. Sur Twitter, il postait un message depuis la Polynésie où il était en déplacement. "Je partage l’émotion, la colère de nos concitoyens (...), déclarait l'ancien Premier ministre. Il nous faut maintenant nous mobiliser tous pour mener cette guerre sans merci."

Un message qui a semblé inaudible dans la cacophonie parisienne. "Il a souhaité après Nice respecter son engagement vis-à-vis de nos compatriotes d'outre-mer, avec des sujets très importants dans ces deux territoires, tempère sur LCI Benoist Apparu, l'un des soutiens du maire de Bordeaux. Il a souhaité maintenir ses engagements, du coup effectivement il n'a pas été là pendant 10 jours."

Violentes critiques après Nice

Toujours en tête dans les sondages pour la primaire à droite, Alain Juppé est beaucoup moins présents dans le paysage médiatique. Selon le baromètre mensuel du JDD, l'ancien Premier ministre a été exposé deux fois moins que son principal rival, Nicolas Sarkozy. Un fait qui intervient alors que le maire de Bordeaux, juste après l'attentat de Nice, brisait lui-aussi l'unité nationale, en se livrant à une passe d'arme frontale avec le gouvernement.

Le 15 juillet, au lendemain de l'attaque menée par Mohamed Lahouaiej Bouhlel qui a fait 84 morts, Alain Juppé estimait que "tous les moyens n'avaient pas été pris" pour lutter contre le terrorisme. "Le rôle des responsables politiques c’est d’être dignes, dénonçait Manuel Valls au Journal du Dimanche. Si certains dans l’opposition s’y refusent, si même ceux qui étaient considérés comme modérés participent à cette dérive démagogique, c’est très grave."Expliquer que tout n’aurait pas été fait, c’est mentir aux Français", poursuivait-il dans Le Monde.

"Epouvantail"

Dans son propre camp, on profite de cette mauvaise séquence pour attaquer le candidat à la primaire. Le président de Les Républicains juge la réaction d'Alain Juppé "pas raisonnable". Réitérant ses propos sur BFMTV, le maire de Bordeaux s'engage dans la contre-attaque estimant servir d'"épouvantail" au gouvernement. Des éléments de langage repris par sa garde rapprochée. "Beaucoup de commentateurs ou acteurs de la vie publique véhiculent une image d'Alain Juppé sans regarder réellement ce qu'il dit, dénonce sur Atlantico l'eurodéputé Arnaud Danjean. Il est vrai qu'Alain Juppé refuse les postures martiales et “va t'en guerre”, mais cela n'empêche ni la lucidité du constat (...)"

Pour mettre fin à cette polémique, Benoist Apparu a dénoncé ces attitudes de surenchère. "Il se trouve que sur ce sujet-là, si vous voulez être entendu, il faut dire tout et n'importe quoi. La phrase la plus dure possible, bomber le torse pour montrer qu'on est durs. Et celui qui adopte une position mesurée (…), il est souvent peu audible, regrette le député de la Marne. Alors arrêtons avec ce concours Lépine de la proposition, qui consiste à dire que c'est cette proposition-là qui peut tout changer."

Une pique lancée à l'attention de Nicolas Sarkozy mais aussi à Gilles Boyer. Selon la Lettre A, la sortie d'Alain Juppé après l'attentat de Nice aurait été inspirée par son directeur de campagne.

Justine Chevalier